Frédéric Herpoel évoque son passé et son avenir avant de retrouver Anderlecht, dimanche, avec La Gantoise

GENTBRUGGE Frédéric Herpoel, une défaite en Coupe à Lokeren sur un penalty léger, cela reste en travers de la gorge. Surtout que, sur le plan personnel, vous avez à nouveau très bien joué.

«On a une revanche à prendre au match retour dans un mois. Cela fait déjà plusieurs fois qu'on assiste à des situations douteuses qui se retournent chaque fois contre nous. Mais bon, je ne veux plus en parler, c'est du passé. Pour le reste, je ne retiens que la prestation collective. J'essaie toujours de donner le maximum mais je me montre très critique à mon égard.»

Mais vous êtes tout de même conscient de faire une très bonne saison. Une de plus.

«Quand je vois ce qui se passe lors des remises de trophées, je finis par me dire que certains ne m'apprécient pas tant que cela... Mais à 30 ans, je m'en fous. Pour moi, ce qui compte, c'est la prestation sur le terrain. Mais je m'aperçois que, pour beaucoup, d'autres paramètres entrent en compte. Après la remise du Soulier d'Or, je constate qu'on parle plus de la femme d'un tel que de l'aspect sportif. C'est la société actuelle: le sensationnalisme, le show...»

Tout le contraire de vous, qui êtes plutôt discret.

«C'est comme cela que j'ai été éduqué. J'essaie de faire les choses simplement. Je ne fais pas un saut de carpe si ce n'est pas nécessaire... Certains utilisent même leur vie privée pour faire parler d'eux. Moi, je la protège. Les footballeurs sont déjà suffisamment sous les projecteurs. J'ai la chance d'avoir des amis qui font tout autre chose dans la vie. En dehors des terrains, je suis Frédéric. Je vis normalement. Je me promène, je vais boire un verre, je sors avec mes amis. Tout en sachant que le samedi, j'ai un match.»

Et vous affichez une belle régularité chaque semaine. Vous êtes toujours présent dans les classements des divers trophées.

«C'est la plus belle récompense. C'est facile de faire deux bons matches mais c'est autre chose d'être régulier. J'ai été très fier d'être élu Gardien de l'Année par les au- tres joueurs, la saison passée. C'est une belle reconnaissance. Je trouve cela plus représentatif que le Soulier d'Or , qui se joue sur l'année civile. Je me pose des questions sur la valeur du vote quand je vois qu'Oussalah récolte un point au deuxième tour, c'est-à-dire le premier tour de cette saison, alors qu'il n'a, pour ainsi dire, pas joué. Ou alors c'est pour se moquer de lui? Mais je ne suis pas déçu: je ne m'attendais à rien.»

Lorsque vous avez reçu ce trophée du Gardien de l'Année, Michel Preud'homme vous a fait comprendre que le Standard était intéressé par vos services.

«Oui. Et j'ai discuté avec le Standard. Mais les Liégeois me proposaient un tiers de ce que je gagne à Gand. J'ai pris cette proposition com- me un manque de respect. Je ne suis pas du style à supplier et à me mettre à genoux pour jouer dans un grand club. Mais, après 13 ans passés en D 1, je sais comment cela fonctionne: chacun défend ses intérêts. Sportivement, c'est vrai que c'était un beau challenge mais je ne pouvais pas accepter leur offre.»

Les ponts sont coupés avec le Standard?

«Pas que je sache. Je suis toujours resté correct. Mais je défends aussi mes intérêts. Quand j'ai discuté avec le Standard, il me restait un an de contrat. Maintenant, la donne a changé et j'arrive en fin de bail. Contrairement à ce que j'ai lu et entendu, La Gantoise ne m'a pas fait d'offre concrète. Ils ont eu tout le temps de se manifester mais ils ne l'ont pas fait. Je suis libre de discuter avec d'autres clubs.»

Et vous avez des propositions...

«Oui, en Belgique et à l'étranger. Je n'exclus rien. Mais je ne veux pas partir pour partir. Je ne veux par exemple pas jouer le bas de classement à l'étranger. A 30 ans, découvrir un autre championnat me tenterait bien mais je n'aurai pas de regrets si je reste toute ma carrière en Belgique. Mon principal objectif reste de jouer.»

Anderlecht cherche un gardien pour la saison prochaine. Un retour aux sources est-il possible?

«Il ne faut jamais dire jamais mais il y a trois paramètres à considérer. Il reste encore des personnes au club qui n'ont toujours pas accepté que j'aie suivi Boskamp à La Gantoise, il y a huit ans et demi. Certains pensent que je ne suis pas assez fort. Et puis, au point de vue du business, je ne suis pas intéressant pour Anderlecht.»

Vous estimez être passé trop tôt par le Parc Astrid, vu la politique de jeunes actuelle?

«Non. Cela n'aurait rien chan- gé. J'ai eu la chance de faire partie du noyau A du Sporting pendant cinq ans. J'y ai appris énormément au contact de véritables stars. Mais je n'ai jamais reçu ma chance. Un gardien formé à Anderlecht ne reçoit pas sa chance. Quand j'étais là, De Wilde était n°1. Le Sporting a transféré De Vlieger qui avait quelques matches de D 1 dans les jambes. Quand De Vlieger est devenu n°1, le club a demandé au coach de transférer un autre n°2 mais Boskamp a refusé. Quand il m'a proposé de le suivre, je n'ai pas hésité.»

Avec le recul, vous estimez avoir fait le bon choix?

«Je ne l'ai jamais regretté vu le parcours que j'ai réalisé. Par contre, je ne jouerais probablement plus au foot sans Boskamp. Je lui dois beaucoup. Et je ne suis pas le seul: au sein d'un grand club, c'est le dernier entraîneur à avoir pris le risque de faire confiance aux jeunes. Sans lui, on n'aurait peut-être jamais entendu parler de Baseggio.»

Un des seuls rescapés de votre époque, même s'il sera suspendu dimanche.

«Zetterberg sera le seul avec qui j'ai joué. Sauf en équipe nationale. Après notre 2 sur 12, j'espère qu'on pourra se relancer contre Anderlecht. Mais ce sera très difficile. Anderlecht ne peut pas perdre et répond souvent présent sous la pression. Ils ne doivent pas craindre un déplacement à La Gantoise.»

© Les Sports 2005