"Steven aurait progressé de la même manière s'il était resté au Racing Genk"

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DILSEN-STOKKEM Jos Vaessen est omniprésent à Genk en cette fin de saison. Il n'est plus président, mais il demeure l'homme fort du club. À ce titre, il prépare activement le renouveau du Racing. Mais jamais il ne pardonnera le départ pour le Standard de Steven Defour...

Quel est votre état d'esprit au matin de Genk - Standard : vous découvrez-vous toujours en état de colère ?

"Je n'éprouve plus de colère depuis longtemps. Il y a simplement quelqu'un (NdlR : Luciano D'Onofrio) que je ne désire plus jamais rencontrer."

Le titre remporté par le Standard est-il un beau titre ? Le club liégeois a-t-il mérité de s'imposer ?

"Oui, aux deux questions. Le sacre du Standard est justifié. L'équipe de Sclessin s'est révélée la plus régulière, la plus forte d'un bout à l'autre de la saison. Elle s'est imposée comme la meilleure à tous les niveaux. Savez - vous que, dans ma jeunesse, le Standard était mon club favori ? Je ne me distinguais pas, à l'époque, de nombre de riverains de la Meuse. Adolescent, adulte puis président du Racing Genk, j'ai continué d'éprouver beaucoup de sympathie pour ce club. Jusqu'il y a deux ans. Toute l'affection que je pouvais éprouver pour ce club s'est évaporée après l'affaire Defour."

Il y a dix ans, on vous avait même prêté l'intention de racheter le Standard. Pourquoi avez-vous renoncé à cette opération ?

"On travestit quelque peu la vérité en affirmant que j'ai failli l'acheter. D'abord, les tractations ont été nouées il y a douze ans. Le président du Standard se nommait André Duchêne. Je l'avais contacté pour savoir si son club n'était pas à vendre. Il s'apparentait toujours à un des plus beaux fleurons du football belge. Nous nous sommes vus deux fois. Nous en sommes restés au stade des discussions préliminaires. Je n'ai plus insisté quand M. Duchêne m'a fait comprendre que les négociations entamées avec les propriétaires actuels étaient sur le point d'être conclues positivement."

Vous n'avez toujours pas digéré le transfert de Defour ?

"Non. Et je ne le digérerai jamais. D'ailleurs, je ne l'ai jamais assimilé à un transfert mais à un vol."

Pourtant, le Racing Genk a accepté l'indemnité que lui a proposée le Standard...

"Je ne suis pas disposé à rediscuter le transfert de Defour. Si vous n'avez pas d'autre question à me poser, nous en resterons là."

Vous en voulez toujours à Steven Defour ?

"Je vous invite une dernière fois à ne plus me parler de Defour et de D'Onofrio. La situation entre D'Onofrio et moi est une situation hostile."

On assure que Logan Bailly intéresse le Standard. Vous opposerez-vous farouchement à un transfert éventuel ?

"J'ai pris connaissance de cet intérêt éventuel en lisant la presse. Pour le reste, je ne suis pas au courant. Ma position en ce qui concerne Bailly est très claire : je préfère qu'il reste chez nous. On va tout tenter pour le garder. Mais si ce garçon estime que le moment est venu pour lui de prendre son envol et si nous pouvons conclure un accord sur un prix de transfert correct avec son club recruteur potentiel, nous ne nous opposerons pas au départ de Logan. J'aimerais toutefois lui dispenser un petit conseil : à mes yeux, il commettrait une erreur s'il voulait nous quitter pour un autre club belge. Il recèle des aptitudes suffisantes pour s'imposer en Angleterre, par exemple."

Revenons à vous : on a le sentiment que vous êtes encore plus influent au Racing depuis que vous n'êtes plus président. C'est d'ailleurs vous qui vous exprimez toujours le plus volontiers dans les médias.

"Vous vous abusez en prétendant que je suis resté le dirigeant le plus influent. Au contraire, même. J'assume simplement le nouveau rôle qui est le mien. Je suis le président du Conseil d'Administration. À ce titre, il est de mon devoir de descendre dans l'arène quand la situation sportive est devenue délétère. On m'a demandé de réagir. Je l'ai fait. Ce sont donc les circonstances qui ont braqué de nouveau sur moi les feux des projecteurs. Mon plus grand souhait est de cesser d'être le porte-parole du club et de retourner dans l'ombre le plus tôt possible. Ce retrait volontaire signifiera que ma mission aura été menée à bien."

À l'inverse du Standard, le Racing a mené une campagne navrante : qu'est-ce qui n'a pas marché à Genk ?

"C'est là une question purement sportive que vous auriez intérêt à poser à la cellule responsable. À Willy Reynders, par exemple. Ce que je peux vous dire, moi, c'est que nous avons dû déplorer un très net déséquilibre dans l'équipe : certaines positions étaient suroccupées alors que d'autres ne l'étaient pas du tout. Nous n'avons pas mené une bonne campagne de recrutement : les joueurs que nous avons acquis sont tous, sur le plan individuel, de bons éléments. Mais ils n'ont pas contribué à composer un ensemble complémentaire. Un exemple : Itzhaki et Barda sont très bons, mais ils brillent surtout à la... place qui valorise l'autre. Il nous a cruellement manqué de la profondeur cette saison."

Regrettez-vous toujours d'avoir cédé Pocognoli ?

"Oui et non. Notre parcours décevant, cette saison, démontre à suffisance que Sébastien aurait été bien utile dans notre effectif. Il exerçait une influence positive non seulement sur la pelouse mais aussi dans le vestiaire. Malheureusement pour nous, son départ a représenté une bouée d'oxygène sur le plan financier. Nous avions besoin de cet argent. Je tiens aussi à préciser que les tractations avec AZ, son nouveau club, ont été menées tout à fait correctement."

Pourquoi avez-vous écarté Hugo Broos ?

"Dans une équipe de football, quand les résultats déçoivent, c'est presque toujours l'entraîneur qui écope. Était-il l'unique responsable ? Certainement pas. Je m'en voudrais d'ailleurs de parler négativement d'Hugo Broos. Dans la situation qui était la nôtre, il apparaît en définitive comme l'unique victime."

Est-il vrai que les joueurs ne voulaient plus de lui ?

"Certains, effectivement, en étaient las. Et quand l'un ou l'autre titulaire est opposé à l'entraîneur, c'est toute l'équipe qui pâtit."

Pourquoi Soetaers, De Decker, Cornelis et les autres patrons de l'équipe de la saison dernière ont-ils à ce point déçu ?

"Je n'ai pas d'explication, mais j'établis le même constat que vous. Je pense, globalement, que nous ne nous sommes pas remis du terrible coup de massue que nous a infligé Sarajevo en nous éliminant d'emblée des Coupes d'Europe. Notre échec (0-5) à La Gantoise en ouverture du Championnat a encore accentué cette terrible désillusion. Nous n'avons jamais pu surmonter ces deux handicaps."

Avez-vous regretté que Sef Vergoossen ne fût plus l'entraîneur du Racing ?

"Regretté ? Sous son égide, nous avons connu une période fabuleuse. C'est lui qui a pris la décision de ne plus occuper une fonction active dans la gestion quotidienne d'un club de football. Il va revenir au Racing, dans un autre rôle, celui de conseiller. C'est une bonne chose. Ronny Van Geneugden sera, lui, confirmé comme entraîneur."

Quel est l'objectif du Racing la saison prochaine ?

"Redevenir une valeur sûre du Top 4. Nous allons nous efforcer de bonifier l'équipe à trois ou quatre places. Mais, surtout, nous cherchons en priorité un attaquant pivot, qui s'impose d'abord dos au but (Ndl R : le profil de Salou). Ensuite un titulaire pour le flanc droit. Ses deux éléments devraient nous permettre de lutter peut - être même pour le titre."

Comment évaluez-vous la campagne de Steven Defour cette saison ?

"J'ai toujours considéré qu'il était - de loin ! - le meilleur joueur évoluant en Belgique. Ses progrès n'ont rien à voir avec le Standard. Ce sont ses capacités qui sont en cause. Il aurait réussi la même évolution s'il était demeuré chez nous."

Comment l'appréciez-vous sur le plan humain ?

"Sur le plan humain, il ne s'est pas amélioré. Chez nous, il me donnait l'impression d'être un garçon correct. Depuis qu'il est arrivé au Standard, quand je lis certaines de ses déclarations, j'ai le sentiment qu'il se montre parfois dikke nek. Je trouve que c'est triste, à son âge, d'attraper un gros cou."



© La Dernière Heure 2008