La fédération a suspendu tous les championnats. Romano Prodi a promis un changement "radical"

ROME La mort d'un policier et les scènes de violence vendredi lors du derby sicilien Catane-Palerme du Championnat italien de football s'ajoutent à une longue série d'épisodes qui passent souvent inaperçus et témoignent de l'impuissance des autorités à lutter contre le phénomène.

Avec une rapidité inouïe, les instances sportives ont suspendu pour tout le week-end les compétitions de football des plus petites catégories jusqu'à l'élite, tandis que le chef du gouvernement Romano Prodi a promis de nouvelles mesures pour un changement "radical".
Cette précipitation n'est pas sans rappeler le traumatisme qui avait secoué la Péninsule après la découverte la saison dernière d'une vaste affaire de matches arrangés impliquant plusieurs clubs, mais qui n'avait finalement conduit que la Juventus Turin en 2e division.

"L'envie de changer existe-t-elle vraiment dans le monde du football? Il nous faut des interventions dures, sinon dans six mois nous nous retrouverons ici à refaire les mêmes discours", prévient d'avance le vice-commissaire de la Fédération italienne de football (FIGC) et ancien joueur Gigi Riva.

Le décès d'un policier de 38 ans vendredi soir lors d'affrontements avec les supporteurs de Catane a provoqué d'autant plus d'émotion qu'il y a une semaine à peine, un dirigeant d'équipe amateur avait trouvé la mort lors d'une altercation avec des supporteurs adverses, en Calabre (sud).

Rivalités

Ces deux événements masquent une réalité moins spectaculaire mais beaucoup plus enracinée, faite d'incidents mineurs ou d'actes antisémites et racistes qui se produisent presque chaque week-end autour des terrains de football.

Ainsi, pas moins de 55 rencontres se sont terminées avec des blessés lors de la première partie de la saison 2006-07 pour les trois premières divisions, avec 65 personnes touchées chez les civils et 202 parmi les forces de l'ordre, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur.

Entre les rivalités qui opposent deux clubs dans une même ville, comme à Milan ou à Rome, et les franges de supporteurs qui se haïssent car elles se réclament de courants politiques opposés, comme la Lazio Rome (extrême droite) et Livourne (extrême gauche), les matches à hauts risques ne manquent pas.

"Depuis une dizaine d'années, plusieurs lois spéciales et répressives ont été votées dans l'urgence par les gouvernements. Ces mesures n'ont jamais réduit la violence", relève le président de l'Union italienne du sport pour tous (UISP), une association qui milite contre la violence et le racisme dans le football.
"Aucune réflexion n'est menée en matière de pédagogie ou de responsabilité des clubs face à leurs supporteurs", ajoute-t-il à l'AFP.

Sans les nommer, le vice-commissaire de la FIGC, Gigi Riva, s'en est pris samedi à "certains présidents (de clubs) qui se tournent vers les franges de supporteurs exaltés avec soumission, presque avec respect", en pointant du doigt le pouvoir détenu par certains groupes d'ultras au sein des clubs.

Ces mouvements de supporteurs, comme celui des Irréductibles, très influent à la Lazio Rome et dont la nostalgie pour le fascisme est notoire, "ont de plus en plus tendance à se détourner du football et de l'amour du maillot au profit d'intérêts politiques ou économiques", explique à l'AFP le sociologue Mauro Valeri, qui a réalisé plusieurs recherches sur les "ultras" en Italie.

"Les stades italiens ne sont plus des lieux conviviaux où l'on se rend en famille pour passer un bon moment", ajoute-t-il, en prenant pour preuve la baisse constante de l'affluence dans les tribunes, un constat partagé par tous les observateurs.