La der. Cette chronique est la dernière que j’écrirai pour La Dernière Heure/Les Sports, que je quitte après 18 ans de bons (j’espère !) et loyaux services. Ce fut une superbe aventure et je m’estime extrêmement chanceux de l’avoir vécue.

En débarquant dans la rédaction, le 1er août 2002, j’avais été très impressionné de voir "en vrai" les plumes que je lisais depuis mon enfance, telles que celles de Christian Hubert et Michel Dubois. Ils sont restés de grands journalistes. Parce que, malgré le tournant digital, la qualité d’écriture reste une part essentielle du journalisme.

Mon premier papier publié dans La DH s’intitulait : "Ronaldo au Real, c’est non !" Quelques jours plus tard, le Brésilien signait chez les Galactiques. Première leçon : en actu, la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain !

Jeune journaliste, j’ai eu la chance de couvrir le beach soccer, qui m’a offert des amitiés fortes et ouvert des opportunités inattendues. J’ai ainsi pu interviewer, seul, Éric Cantona. Presque impensable, à l’heure actuelle. Canto était l’une des idoles de ma jeunesse et j’étais forcément un peu nerveux. Je comblais le moindre silence par une question de relance. Le King finit par me reprendre : "Attends, petit, laisse le temps au temps, ne me coupe pas, je réfléchis !"

J’avais terminé l’entretien en lui posant une question sur son rapport aux médias. Il avait répondu par cette phrase cantonesque : "Ce n’est pas l’image qui fait la qualité d’un homme, c’est son œuvre !"

Il a bien raison. Le journalisme sportif est un métier plus contraignant que le grand public ne pourrait le croire. Mais c’est aussi, à mes yeux, le plus beau métier du monde. Si vous lui donnez tout, il vous le rendra bien.

C’est ce qui s’est passé pour moi. Je me répète : j’ai eu beaucoup de chance et j’ai vécu en première ligne des moments complètement dingues. Je n’ai jamais vu un tel désarroi que celui dans les yeux des supporters brésiliens à Belo Horizonte, pendant la défaite face à l’Allemagne (1-7). J’ai pu poser des questions à Cristiano Ronaldo - qui s’est un peu vexé que je lui parle de Stijn Stijnen - et à Lionel Messi, qui se contenta de quelques mots dans le couloir d’un hôtel de Doha. J’ai interviewé pas mal de Diables, à l’époque où ils étaient plus accessibles. J’en retiendrai la sympathie naturelle d’Eden Hazard, la simplicité de Simon Mignolet et la gentillesse d’Axel Witsel. Les ambitions, aussi, de Romelu Lukaku, qu’il avait clamées haut et fort dès ses débuts professionnels, que j’ai eu l’opportunité de suivre de près.

Les Diables sont ceux qui m’ont procuré, de loin, les émotions les plus intenses. Lors de Belgique - États-Unis, en 2014, qui fut longtemps un nul blanc, mon compte-rendu devait être prêt au coup de sifflet final. Dès lors, j’ai dû rédiger deux versions. Heureusement, celle de l’élimination des Diables est restée dans mes archives…

Quatre ans plus tard, à Kazan face au Brésil, je plaide coupable : oui, j’ai exprimé ma joie en tribunes de presse. Tous les confrères ne le font pas. J’estime être dans mes droits : ce n’est pas tous les jours qu’on vit un tel moment. C’est aussi pour cela qu’on fait ce métier. Le tout est de très vite surpasser l’émotion, pour prendre suffisamment de distance et rester pertinent.

Ces moments, je les chéris surtout parce que je les ai partagés. Avec des confrères. Après la qualification des Diables à Zagreb, quelle nuit mémorable ! Avec l’ami Jean Derycke, nous chantions à tue-tête, mêlés aux supporters belges…

J’ai aussi partagé ce chemin avec mes collègues, dont je n’ai jamais cessé d’apprendre et dont je suis très fier. Ce fut également un plaisir de partager tout cela avec vous, lecteurs. À eux, à vous, merci pour tout.