Les Louveteaux ont suscité l'interrogation, l'enthousiasme puis la polémique

LA LOUVIERE Allait-il se dérouler ce qu'il se susurrait en coulisse depuis quelques heures? Allait-on assister à un spectacle inédit mettant aux prises une bande de gamins aux futurs champions de Belgique et ce, dans le cadre d'une rencontre totalement officielle et décisive pour le titre des Flandriens? L'interrogation laissa, à l'époque, rapidement place à la stupéfaction, même si les responsables brugeois n'y crurent que peu avant le coup d'envoi. Les alertes négatives se succédèrent: respectait-on, par cette démarche, le public qui payait le droit à un spectacle digne du débours financier? La Louvière ne faussait-elle pas la compétition en offrant trois points à des Brugeois en quête du titre, comme on le pensait avant la partie? Était-ce une vengeance à l'égard d'Anderlecht (les Loups ont reçu les Mauves quinze jours plus tard avec leur... équipe type et arrachèrent une unité) à la suite de l'histoire du ballon crevé? Qui dicta cette opération? Toutes ces légitimes interrogations furent balayées d'une longue transversale lorsque ces jeunots répliquèrent avec leurs tripes. Courageux, volontaires et motivés -tant de vertus qui manquent cruellement aujourd'hui--, la meute de gamins ne rompit qu'après l'heure de jeu. Devant, qui plus est, un vieux de la vieille, en la personne de Gert Verheyen. Les spectateurs ne s'y trompèrent pas et prirent leur pied devant tant d'enthousiasme, alors que les Gazelles l'échappaient belle. Aujourd'hui encore, nombre d'adeptes du Tivoli signalent ce soir-là comme leur meilleur souvenir de supporter des... dix-huit derniers mois. «J'ai été étonné des critiques sur cette manière de jouer. Certains ont oublié qu'on préparait le retour de Coupe, assène Léon Semmeling. Je ne retiens que le coeur gros comme ça avec lequel ils ont défendu les couleurs du club ainsi que la formidable communion avec les spectateurs. Il a fallu que le plus expérimenté des débats débloque la situation. Le public s'est amusé, nous aussi.»

Et si on interdisait maintenant une telle pratique? «Je voudrais qu'on m'explique alors les critères sur lesquels on se baserait, lance P'tit Léon. Je ne vois pas pourquoi les jeunes ne pourraient pas revendiquer une place dans l'équipe s'ils font intégralement partie d'un noyau.»

Toutefois, au vu de la suite des carrières des joueurs, on peut se demander si ce n'était finalement pas un cadeau empoisonné. «Ça a peut-être été trop vite car on s'est rapidement habitué à ce rythme, lâche Laurent Kwembeke. Le retour sur terre a été difficile car il fallait lâcher tout ce bonheur. C'était un basculement mental important. J'ai galéré, pour diverses raisons. L'année qui suivit m'a mentalement endurci. Je suis blindé et prêt à rebondir avec une motivation plus forte que jamais.»

Cette façon de procéder suscita l'indignation du grand Sporting qui envisagea, un moment, l'introduction d'une plainte. La tournure des événements, avec les répétitions fournies par le Lierse, aurait pu légitimer une telle démarche qui aurait lesté la cure de jouvence. Le souvenir est, lui, mémorable.

© Les Sports 2006