Les conditions de séjour des supporters belges à Recreio dos Bandeirantes s’annoncent spartiates. Pierre Perret pourrait ajouter un couplet à sa chanson…

"Il y a cinquante ans, ma grand-mère venait passer ses vacances dans ce camping…"

Telle fut la réflexion spontanée de notre guide-taximan lorsqu’il nous déposa au Devillage , coupé du monde car situé à une bonne heure de route du centre de Rio quand tout va bien. Une fois le petit pavillon d’accueil franchi sans qu’il nous ait été demandé de montrer patte blanche, c’est la stupéfaction la plus totale.

Pour faire court, la vétusté et le caractère désuet des lieux presque à l’abandon nous laissent pantois. Si les stades brésiliens ont eu toutes les peines du monde à achever leur lifting, que dire alors du Devillage ?

"Je suis profondément déçu" , nous confie Dominique Kovacs qui a été mandaté par la RTBF pour relater au jour le jour sur VivaCité la vie de la petite colonie belge : "Cela démarre très mal, rien n’est prêt. Les rares supporters déjà présents sont mécontents."

Et il y a de quoi. Si les tentes (deux catégories de confort, doux euphémisme) sont dressées dans un bel alignement de part et d’autre du camp, le reste des infrastructures laissait plus qu’à désirer lors de notre récent passage. Wi-Fi inexistant, bar Jupiler dans l’attente de recevoir ses premiers fûts, écran géant invisible mais le pompon revient aux sanitaires.

Deux douches en état de fonctionnement et quatre lavabos vieillots pour un demi-millier d’occupants attendus, il y a tout lieu d’imaginer une grogne collective lorsque le plus gros du contingent débarquera aujour- d’hui. Comment expliquer un tel retard ?

En fait, l’Union belge a sous-traité le dossier avec Oranje Camping , spécialiste dans l’installation de bivouacs pour les supporters bataves à l’étranger et tout naturellement la mise en place du Devillage noir-jaune-rouge n’a jamais été la préoccupation première dans le cahier des charges de la firme hollandaise.

Le seul point positif relevé, la proximité de la mer et de la plage. Il est toutefois vivement conseillé de traverser la route avec un maximum de lucidité car les Brésiliens n’en ont que faire des limitations de vitesse. Bref, beaucoup trop peu pour justifier le prix exorbitant exigé par les organisateurs. Vous avez dit arnaque ?


"Nous n’étions pas attendus"

C’est une société des… Pays-Bas qui gère l’endroit

"La vidéo de présentation était très belle, j’en conviens, mais ça s’arrête là" , déplore Didier Moulart (48 ans), de Lasne, un de nos premiers compatriotes à avoir pris ses quartiers au Devillage et qui nous dévoile le montant de ce dol grandeur nature : 887 euros hors tickets d’avion et de match.

"Pour tout vous dire, j’ai eu le sentiment profond que nous n’étions pas attendus lorsque nous sommes arrivés le 12. Ce qui me sidère également, c’est qu’il n’y a aucun Belge à la tête de ce camp. Ce sont les Hollandais qui s’occupent de tout."

De fait, Simon Deglain (23 ans, Bruxelles) qui est un des volontaires embauchés par Oranje Camping nous révèle : "Mon interview d’embauche s’est déroulée intégralement en néerlandais, ce qui ne m’a pas dérangé vu que je suis parfait bilingue. Or, il faut savoir que 80 % des supporters qui seront présents ici sont des francophones" , avant de poursuivre : "Je suis venu au Brésil à mes frais. J’en ai eu pour 1.000 euros d’avion. Je suis juste logé et nourri. Ma motivation ? Sur papier, une Coupe du Monde au Brésil, c’est exceptionnel, non ?"

Autre belge à avoir adhéré à une des formules proposées par l’Union belge, Cédric Zanello (26 ans, Bruxelles) : "Je suis venu ici avec ma propre tente mais n’allez pas croire que ma facture a été moins salée pour autant. Pour un séjour du 12 au 21 en demi-pension, j’en ai eu pour 1.150 euros."

Reste à espérer que les Diables l’emportent demain à Belo Horizonte. La pilule sera moins amère à avaler. D’ores et déjà, nous souhaitons bien du courage à tous ces fans qui méritaient une autre considération que celle-là. Sur ce coup-là, c’est plutôt raté pour l’URBSFA.