Sacré champion du monde en 1970 avec Pelé, le Brésilien dit ses quatre vérités

MONS Un ancien champion du monde, brésilien qui plus est, en Belgique, c'est rare. Entre deux matches, Paulo César, sacré avec Pelé en 1970, nous a accordé une interview. Commentateur sur les grandes chaînes de TV brésiliennes, il a aussi une chronique régulière dans quelques journaux sud-américains. Il faut dire qu'il ne mâche pas ses mots. Avec lui, c'est noir ou blanc...

Paulo Cesar, on vous a vu dans les tribunes à Mons-Brussels. Le même jour il y avait Liverpool-Chelsea. Un choix étonnant !

"Je suis amoureux du ballon, j'essaye de voir le maximum de matches. J'avais assisté à Lille-Anderlecht en Ligue des Champions et j'ai eu l'opportunité d'aller voir un match de bas de classement de votre championnat."

Et qu'en avez-vous pensé ?

"Honnêtement, je suis parti déçu. Je n'aime pas l'état d'esprit de votre football. Et cette remarque vaut pour la majorité des championnats européens. En tant qu'amateur de beau jeu, je regrette cette évolution de mon sport. Ce manque d'au-dace dans le seul but de faire un résultat. Au détriment du jeu."

Le football brésilien au travers de sa sélection nationale ne nous a pas laissé une bonne image lors de la dernière Coupe du Monde. Votre football est-il en crise ?

"En 1970, nous étions 21 joueurs plus le roi Pelé. L'ambiance était excellente et nous avons été champions du monde. Quatre ans plus tard, sans Pelé, et une myriade de vedettes, on termine quatrièmes. Tout simplement parce qu'il n'y avait pas d'entente dans le groupe. C'est exactement ce qu'il s'est passé en Allemagne. Les ego des vedettes n'ont pas été mis de côté et l'objectif unique de gagner les 7 matches n'était pas clair pour tous. En plus de cela, Parreira et Zagalo ont fait passer leur amitié envers Ronaldo, Cafu, Roberto Carlos avant tout. Mais le football brésilien n'est pas en crise. On est déjà les favoris pour la prochaine Coupe du Monde."

Que pensez-vous de l'Italie championne du monde ?

"Rien. Je n'aime pas le football italien. C'est un football de résultat et de tricheurs. D'ailleurs, c'est bien simple, on ne parle pas du titre de l'Italie mais du geste de Zidane. On parle plus de la France qui a éprouvé des difficultés pour battre le Togo et moins pour battre le Brésil. Cela me fait penser à notre titre en 94 aussi acquis aux tirs au but. Ce n'est pas un bon souvenir."

Est-ce que vous comprenez le geste de Zidane ?

"Difficile pour moi de juger car j'ai aussi un tempérament assez chaud. Il est un fait que les insultes ont toujours existé sur un terrain. C'est une question de self-control. Il faut cependant se rappeler que Zidane avait déjà été exclu 14 fois au cours de sa carrière dont une fois en 98 lorsqu'il s'était essuyé les crampons sur le postérieur d'un adversaire..."

Vous n'êtes donc pas d'accord avec le Ballon d'Or décerné à Canavaro ?

"C'est triste ! Quand je vois ce que fait Thierry Henry avec Arsenal et la façon dont joue Eto'o... Le Ballon d'Or doit être tout simplement donné au meilleur joueur. Ce qui n'est plus le cas. Et cette année, c'est même un joueur qui a été cité dans des affaires de corruption qui gagne..."

Que pensez-vous du football européen ?

"Le championnat anglais est vraiment intéressant. J'admire beaucoup le travail d'Arsène Wenger. Arsenal développe du beau jeu. Dans un autre registre, c'est aussi le cas de Manchester United. Ces deux clubs laissent les jou- eurs s'exprimer sur le terrain. À l'oppo- sé je n'aime pas ce que fait José Mourinho à Chelsea. On retombe dans le football résultat."

Il paraît que vous êtes un grand fan de l'Ajax ?

"Oui, et surtout de Johan Cruyff. C'est vrai que c'est ma génération mais ce joueur était formidable. J'ai eu l'honneur de l'affronter, et cela reste un souvenir mémorable. J'ose croire que c'était la période faste du football mondial. Je ne suis pas nostalgique mais c'est la réalité. Ce joueur a gagné des trophées européens en tant que joueur et entraîneur. Tout en gardant toujours le même état d'esprit. Et celui-ci était positif."

Vous avez joué dans les plus grands clubs brésiliens mais sur votre carte de visite on voit une saison passée à l'Olympique de Marseille. Pourquoi l'OM ?

"J'ai eu la possibilité de jouer à l'Ajax mais des raisons extrasportives, comme la météo, m'ont fait douter. Passer de Rio à Amsterdam pour un Brésilien... Et puis, est venue l'offre marseillaise. J'en garde un souvenir essentiellement lié à l'atmosphère du public. Et cela n'a pas changé. J'avais peur de cela en venant en Europe. Je jouais dans des stades avec parfois 160.000 spectateurs. À Marseille, il y avait moins de monde mais la ferveur était là."

Que changeriez-vous dans le football de 2007 ?

"Je supprimerais le hors-jeu. On n'a pas besoin des juges de ligne ! Quand on joue avec des amis, est-ce qu'il y en a ? Non. Cela permettrait d'ouvrir le jeu, de donner plus de chances aux attaques et moins aux équipes qui défendent !"

Revenons au football belge mais de votre époque. En avez-vous des souvenirs ?

"Deux très précis. D'abord, j'ai affronté deux fois Anderlecht avec l'OM. J'ai eu beaucoup de plaisir à voir jouer Paul Van Himst. Ensuite, vous souvenez-vous que la Belgique avait battu 5-1 le Brésil alors double champion du monde en titre ? C'était lors de la tournée de préparation pour la Coupe du Mon-de 1966. J'étais un ado et je m'en souviens encore ! Un grand exploit..."

Que vous inspire la récente victoire de Michel Platini lors de l'élection de la présidence de l'Uefa ?

"Merveilleux ! Je n'aime pas les dirigeants qui profitent du football ! Il fallait du changement. Et puis, à 78 ans, il était temps que Lennart Johansson profite de son argent... N'oubliez jamais que ce sont les joueurs qui font le spectacle, pas les dirigeants."

Jose Mourinho a récemment proposé de revoir les formules de qualification des phases finales des compétitions internationales. Il ne trouve pas normal que l'Angleterre doive jouer contre Saint-Marin par exemple. Est-ce aussi votre avis ?

"Pas du tout. Il faut jouer contre tout le monde. Jose Mourinho savait très bien en signant à Chelsea que ses joueurs devaient répondre à ces convocations. Et puis, à ce que je sache, Jose Mourinho n'a pas été un grand joueur. Il parle donc de ce qu'il ne connaît pas. Il gagne sa vie comme entraîneur, pas comme joueur."



© La Dernière Heure 2007