Le ton est toujours posé et professionnel, mais les paroles peuvent être très dures: en équipe d'Allemagne, les cadres champions du monde, comme Kroos et Boateng cette semaine, s'autorisent à fustiger publiquement leurs coéquipiers, avec la bénédiction de leur sélectionneur Joachim Löw.

Pour l'heure, aucun des joueurs potentiellement visés n'a réagi négativement. La culture de la Mannschaft est claire: les critiques doivent être exprimées... et acceptées.

Très énervé, Toni Kroos s'est lâché mardi soir après la défaite 1-0 contre le Brésil à Berlin. Sans toutefois nommer personne, comme c'est la règle.

"Nous avions quelques joueurs sur le terrain qui avaient une chance de se montrer à ce niveau. Ils ne l'ont pas fait", a-t-il lancé, du haut de ses 82 sélections. "Nous avons vu que nous ne sommes pas aussi bons qu'on veut bien le dire. C'était clairement insuffisant de la part de certains".

Les "certains" devront lire la presse pour se reconnaître: Kevin Trapp dans les buts, Leroy Sané, le virevoltant ailier de Manchester City, Ilkay Gündogan son coéquipier, ou encore Leon Goretzka, le futur milieu du Bayern, sont les joueurs les plus mal notés parmi ceux qui doivent encore gagner leur place pour le Mondial.

Vendredi, après le nul 1-1 contre l'Espagne, pourtant disputé avec tous les titulaires, c'est Jérôme Boateng qui avait tiré le signal d'alarme. De sa voix douce, presque fluette, il avait distribué les tacles aussi précisément que sur le terrain: "Au début, rien n'a marché", a-t-il dit. "Notre pressing n'a pas fonctionné, nous voulions mieux ressortir le ballon, être mieux positionnés, nous avons péché dans la finition, perdu la balle trop vite (...) Nous nous exposons à trois ou quatre contres, ça ne va pas!"

Partage des rôles

Boateng, capitaine d'un soir contre le Brésil, est conscient comme Kroos de son poids dans le vestiaire: "Mais ça ne marche que si ta propre performance est bonne sur la durée, sinon personne ne croit un mot de ce que tu dis", reconnaît-il.

Avant l'Euro-2016, il avait déjà mis en garde ses coéquipiers, lorsqu'il avait ressenti une dangereuse "auto-satisfaction" dans le groupe champion du monde.

En poste depuis 12 ans, Löw entretient des relations très proches avec ses joueurs cadres. Et il semble tirer profit de ce partage des rôles, du moins en public, puisque lui-même ne s'est pas autorisé des sorties aussi brutales lors de ce rassemblement.

"C'est bien qu'un joueur exprime ce qu'il sent après le match, et qu'il soit critique", a-t-il dit à propos de la saillie de Boateng. "Ca nous fait progresser. On peut travailler à partir de ça et corriger les erreurs. Je soutiens ce qu'a dit Jérôme".

Après la défaite contre le Brésil, le coach champion du monde ne s'est nullement montré inquiet des prestations de la semaine. Il a admis que le changement de sept joueurs entre les deux matches avait mis en difficulté certains éléments moins expérimentés en sélection: "Je sais que l'équipe peut jouer complètement différemment", a-t-il dit. "Dans un tournoi, on ne fait que des changements ponctuels. Et des joueurs comme Hummels, Khedira, Özil ou Müller (absents mardi ndlr) peuvent guider les autres dans les situations difficiles".