Focus sur les distributeurs de caviar agréés par les meilleurs attaquants du Vieux Continent


BRUXELLES

On parle souvent des hommes du dernier geste, de ces buteurs qui nous offrent des raids endiablés, des frappes à en faire frémir les radars autoroutiers ou des déviations aussi infâmes que précieuses. Ces joueurs qui affollent les compteurs buts font la une et trustent les récompenses individuelles, laissant dans la pénombre leurs pourvoyeurs. Pourtant, il existe des joueurs pour qui la dernière passe vaut bien des filets qui tremblent. Des hommes qui nous gratifient chaque semaine de leur vision du jeu périphérique, multipliant les caviars à en faire rougir un oligarque russe.

Ces passeurs de génie méritaient un peu de lumière. D'où ce classement, qui reprend les dix meilleurs passeurs des cinq grands championnats européens, en ajoutant les buts offerts en Coupe d'Europe à leur total d'assists en championnat. Un classement duquel les Pirlo, Xavi ou Xabi Alonso sont étonnamment absents.

10. Eden HAZARD, 12 passes décisives

Pour sa première saison chez les Blues, Eden Hazard confirme ses derniers mois lillois. De feu follet percutant, le Diable rouge est devenu un dynamiteur décisif. Buteur plus souvent qu'à son tour, il occupe surtout la tête du classement des meilleurs passeurs de Premier League, à égalité avec les Gerrard, Rooney ou autre Podolski. Des passes décisives, mais aussi des penaltys provoqués, comptabilisés comme des assists de l'autre côté de la Manche. Et dans ce domaine, les slaloms virevoltants d'Eden dans le rectangle ont déjà fait mouche à plusieurs reprises.


Eden Hazard (Photonews)

9. Juan MATA, 12 passes décisives

Hazard et Mata s'entendent tellement bien sur le terrain qu'ils poussent même le vice à compter le même nombre de passes décisives. Cependant, avec l'Espagnol, on n'est pas vraiment dans le même registre. Mata, c'est plutôt la passe tranchante entre deux défenseurs, voire ces amours de ballons au-dessus d'une défense un peu trop téméraire. Si vous n'êtes pas au pressing sur le 10 des Blues dans les trente derniers mètres, attendez-vous à un cuir caressé tout en finesse en direction d'un attaquant qui n'en demandait pas tant. Et dire que le mec est remplaçant avec la Roja


Juan Mata (AP)

8. Zlatan IBRAHIMOVIC, 12 passes décisives

Quand on pense Zlatan, on pense melon, joueur égoiste et individualiste. Pourtant, le Z, c'est douze passes décisives en plus de la petite trentaine de buts marqués depuis son arrivée à Paname. Dont sept en Ligue des Champions, avec un quadruplé d'assists inédit en phase de poules. Rien que ça. Au-delà du mythe, Ibracadabra a souvent fait partie des meilleurs passeurs depuis sa période italienne. "Faux 9" avant le Guardiolisme, dans son jeu fait de décrochage et de conservation du cuir, Zlatan a toujours distribué les bons ballons. Passe millimétrée dans la course des attaquants toujours véloces qui l'ont secondé en attaque (Pato, Robinho, Lavezzi, Menez…), une recette immuable qui a porté ses fruits à maintes reprises.


Zlatan Ibrahimovic (AFP)

7. Mario GÖTZE, 12 passes décisives

Derrière la gueule d'ange du poupon allemand se cache un sens du jeu démoniaque. Créateur du carré magique de l'attaque des Schwarzgelben, le petit Mario offre des buts à la pelle, que ce soit en Bundesliga (8 assists) ou en Ligue des Champions (4). Des passes dé en une touche bien sûr, dans le jeu sexy d'un Borussia lancé à la conquête de l'Europe. En plus d'une technique au-dessus de la moyenne, d'une vista qui fait déjà de lui l'égal des plus grands, Götze a ce petit truc en plus: le sens du jeu. Toujours à la bonne place, toujours le geste juste et efficace. Soupçon de rigueur allemande chez un garçon qui a pourtant tout de la fantaisie latine.


Mario Götze (Reporters)

6. Wayne ROONEY, 13 passes décisives

À l'heure d'évoquer le futur titre de Manchester United, les lauriers iront certainement à Robin van Persie, buteur compulsif qui a mis les Red Devils sur la voie de la couronne. Ils iront aussi aux éternels Giggs, Scholes et Ferguson, qui empocheront un énième titre dans leur Théâtre des Rêves. On oubliera peut-être un peu Wayne Rooney. Pourtant, en soutien de RvP, l'homme aux implants capillaires les plus célèbres d'outre-Manche a déjà délivré 13 assists. Sans doute grâce à ce rôle un peu en retrait, qui lui permet de faire des merveilles dans ces intervalles si chers à un football moderne qui ne jure que par la zone. Rooney leur dit merci.


Wayne Rooney (Reporters)

5. Lionel MESSI, 14 passes décisives

Oui, parfois, Lionel fait aussi des assists. On a presque tendance à l'oublier. Faut dire qu'avec sa cinquantaine de buts depuis le coup d'envoi de la saison, quatorze passes décisives, ça passe presque inaperçu. Dans sa quête désintéressée de records, La Pulga pense encore à l'occasion à ses coéquipiers. Un petit décalage pour Pedro, histoire de faire penser au monde entier que l'Espagnol est un grand joueur, ou une passe en retrait bien calibrée pour Iniesta, parce qu'à force de lui prendre des ballons d'or, il faut bien que Leo lui donne quelques ballons en cuir pour compenser.


Lionel Messi (Reporters)

4. Philipp LAHM, 14 passes décisives

On peut donc être arrière droit et faire partie des cinq meilleurs passeurs d'Europe. La preuve par Lahm. Il faut dire que le latéral de ce Bayern qui affolle les compteurs a l'embarras du choix. Du centre aérien sur le crâne de Mandzukic au relais avec le génial Thomas Müller en passant par la passe en retrait sur le pied droit atomique de Schweinsteiger, Philipp ne manque pas de solutions. De quoi expliquer un compteur qui affiche 14 passes décisives, dix en Bundesliga et quatre dans une Ligue des Champions que le petit latéral espère enfin remporter en fin de saison. Faudra encore faire un peu de muscu' pour réussir à soulever la Coupe aux grandes oreilles par contre.


Philipp Lahm (Reporters)

3. Mesut ÖZIL, 15 passes décisives

Au cœur du jeu d'un Real tout en vitesse d'exécution, il faut un génie. En retrait, Xabi Alonso fait l'architecte, avec sa jambe droite en guise de crayon pour tracer les plans du jeu madrilène. Mais l'homme de la dernière passe, c'est Özil. Avec ses yeux qui lui offrent un champ de vision qui approche dangereusement les 360 degrés, l'Allemand voit tout, y compris cette passe dont personne ne soupçonne l'existence. L'objet d'art qui lui sert de pied gauche fait le reste. Onze assists en Liga, quatre en Ligue des Champions, autant de passes merveilleuses. On peut disserter longtemps sur les yeux d'Özil, mais pas sur le plaisir qu'il offre aux nôtres.


Mesut Özil (Reporters)

2. Marek HAMSIK, 15 passes décisives

Une crête volcanique. Et ce n'est pas celle du Vésuve. C'est au pied du géant de Campanie que sévit le Slovaque Marek Hamsik. Lavezzi parti, c'est le seul Cavani qui peut faire honneur à son surnom de Matador en se délectant des caviars partis du pied droit de l'homme à l'appareil dentaire le plus célèbre d'Europe. Si les Partenopei font rêver la Botte depuis plusieurs saisons, c'est au meilleur trequartista d'Italie que revient une bonne partie du mérite. Comme quoi, on peut avoir un look improbable, porter un appareil dentaire au-delà de la vingtaine et faire rêver tout un peuple. Une belle leçon d'espoir.


Marek Hamsik (Reporters)

1. Andrés INIESTA, 16 passes décisives

Porter la tunique blaugrana et quitter la pelouse de Santiago Bernabeu sous les applaudissements du public merengue, rares sont ceux qui peuvent s'en vanter. Iniesta, lui, l'a fait. L'Espagnol au teint scandinave est un homme de paradoxes. Élu meilleur joueur d'un Euro qu'il a éclaboussé de sa classe, Don Andrés doit sans doute à son absence de statistiques de PlayStation cette troisième place presqu'injuste au dernier Ballon d'Or. Alors, cette saison, Iniesta prend le relais d'un Xavi sur le déclin pour faire ce qu'il fait le mieux: illuminer le jeu du Barça. Derrière les buts de l'extraterrestre argentin, Andrés est plus souvent qu'à son tour à la baguette. Les deux hommes se trouvent les yeux fermés, et une bonne partie des seize passes décisives du huit du Barça ont été concrétisées par Messi. Ca fait au moins un classement qui n'est pas dominé par la Pulga. Jusqu'au jour où il inventera l'auto passe décisive. Avec lui, on n'est à l'abri de rien…


Andrés Iniesta (Reporters)

© La Dernière Heure 2013