Roland Juhasz était un Frutos jusqu'à ses 19 ans


ANDERLECHT Il n'est pas le plus bavard ni le plus populaire des Anderlechtois. Mais si Anderlecht a rattrapé ses deux buts de retard à Bruges, c'est grâce à lui, Roland Juhasz. Hier, le Hongrois a montré qu'il avait aussi des choses intéressantes à raconter. "Jusqu'à mes 19 ans, j'étais un Frutos, un pivot en attaque au MTK Budapest . À 18 ans, j'avais mis 35 buts en équipe espoirs, dont environ la moitié de la tête. Arrivé en équipe première, j'ai dû dépanner l'entraîneur Sandor Egervari en défense, puisqu'il avait trop de blessés. Je n'ai plus quitté cette position. Sauf pour revenir au score en fin de match, comme à Bruges."

Au début, Roland râlait. "J'avais toujours rê- vé d'être un buteur à la Batistuta, ma grande idole. J'ai rêvé d'être joueur professionnel en 1994, l'année de la Coupe du Monde aux Etas-Unis, où Batigoal était à l'oeuvre. Pour être une star, on pouvait se cacher 90 minutes, à condition qu'on marque deux buts. Je me disais que c'était beaucoup plus facile d'être défenseur. Il ne fallait que museler des attaquants et arrêter les ballons. Je m'étais trompé. Un moment d'inattention en tant que défenseur peut être fatal à l'équipe."

À Bruges, Juhasz a profité de son passé comme attaquant. "J'avais dé- jà marqué en fin de match en équipe nationale . Et à Bruges, il fallait aussi prendre des risques. Ce n'est qu'après le match qu'on m'a dit que le Standard avait aussi marqué sur une rentrée en touche. Et je vais vous dévoiler un autre secret : puisque j'étais entre Clement et Pris- ke, je n'ai pas vu le ballon en le prolongeant. Non, je ne suis pas candidat pour remplacer Frutos quand il est blessé. Quand il saute, Mbo peut aussi aller haut."

"Je cherche en vainl'e-mail de Hannu"

Malgré son rôle de héros à Bruges, Juhasz sait qu'il pourrait se retrouver... sur le banc contre Mouscron, comme contre Westerlo. Et le brave Hongrois ne va pas faire la guerre dans le vestiaire. "Parfois, ce n'est pas facile à accepter . Mais le coach applique la tournante, vu le grand nombre de défenseurs."

Apparemment, tous les Hongrois ne sont pas les mêmes. Le dernier à avoir porté la vareuse d'Anderlecht aurait osé accrocher l'entraîneur au portemanteau s'il avait été réserviste. "C'est Ladinski ? essaie Juhasz. Ah non, je sais qui : Florian Urban ! Vous savez qu'il était entraîneur de REAC, une équipe de D1 en Hongrie ? Il criait comme un fou le long de la ligne. Il mettait trop de pression sur ses joueurs et s'est fait virer."

Urban n'est visiblement pas l'exemple à suivre pour Juhasz. "Mon exemple, c'est Hannu Tihinen. J'ai demandé son e-mail à Zitka mais je ne le trouve pas. Il était fort important dans le vestiaire mais aussi sur le terrain. Sa vision du jeu, son coaching..." Ce dernier élément - la communication - est un gros problème dans la défense. Que voulez-vous, avec un Tchèque, un Polonais, un Argentin, un Hongrois, deux Belges et bientôt un Suédois ? "On se débrouille en anglais , dit Juhasz. Il ne faut pas parler parfaitement le français pour se comprendre sur le terrain."



© La Dernière Heure 2007