Entraîneur des Mauves voici 50 ans, Pierre Sinibaldi évoque quelques souvenirs en exclusivité pour la DH

BRUXELLESDépêché par le président Albert Roosens pour succéder à l’Anglais Bill Gormlie, Pierre Sinibaldi avait à peine 36 ans lorsqu’il débarqua au Parc Astrid.

L’élégant Corse, qui s’était auparavant appliqué à rendre très pétillant le football pratiqué par le Stade de Reims, n’allait toutefois pas tarder à prouver que la valeur d’un bon entraîneur n’attendait pas forcément le nombre des années.

Comme de juste, après une saison où il prit le temps de faire plus ample connaissance avec un groupe aussi jeune que talentueux, il s’engagea résolument sur les sentiers de la gloire, aussi bien nationale qu’internationale.

Parmi ses grands principes, relevons son souci de priver l’adversaire de ballon et donc de le monopoliser ainsi que l’occupation de ses pions le plus haut que possible dans la portion de terrain adverse.

Un demi-siècle après, son séduisant parcours avec les Mauves est encore tout frais dans sa tête. “Et comment que je me souviens de mes deux passages à Anderlecht. Non seulement nous jouions très bien au football mais, parallèlement au spectacle produit, nous obtenions de très bons résultats.”

On vous parle évidemment d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et où la tactique (le 4-2-4 initié par le Brésil en Suède en 1958) s’érigeait en credo sur le tableau noir du Parc Astrid.

“J’avais adapté ce schéma avec une défense en ligne que d’autres ont voulu copier par la suite. D’aucuns ont prétendu à l’époque que tendre systématiquement le piège du hors-jeu n’était pas sans risque, mais je peux vous assurer que quand un de mes arrières partait au duel avec un opposant quel qu’il soit, la couverture s’opérait automatiquement”, nous rappelant au passage, si besoin en était, que son intention était toujours de camper très haut et si possible, à partir de la ligne médiane.

“C’était devant que le ballon se devait d’être donné mais avec le souci constant de ne pas le perdre.” Pour étayer sa doctrine, il extrait de sa mémoire l’inoubliable partage (3-3) forcé au Real en septembre 1962 et fruit d’un culot collectif qui laissa pantois les travées de Chamartin (devenu Bernabeu).

“La même rencontre de nos jours se préparerait dans l’optique d’obtenir un nul blanc. Peu importent les ténors madrilènes auxquels nous avions à nous frotter, ma conviction était que le Sporting avait suffisamment d’atouts pour jouer l’offensive.”

Et Mister Europe, alias Jef Jurion, d’achever le travail entamé au terme d’un match-retour négocié avec une extrême intelligence. “Ce fut terrible d’éliminer pareil géant, nous petit club belge!” (sic)

Le regard de Pierre Sinibaldi devient alors nostalgique. “Je n’ai passé que de bons moments avec cette équipe. Je respectais tous ces gentils garçons et ils me le rendaient bien.”

Aujourd’hui, il avoue encore vibrer devant son petit écran. Lui aussi est sous le charme, celui du Barça. “Le football prôné par Guardiola, c’était un peu le mien, ne trouvez-vous pas ?”

© La Dernière Heure 2011