L’histoire raconte que Jorginho est réellement devenu le médian qu’il est lors d’une victoire contre le FC Bruges (5-0), avec Naples, le 17 septembre 2015. Ce soir-là, en Europa League, Maurizio Sarri, l’entraîneur napolitain, avait installé l’international italien, né au Brésil, devant la défense, dans un trio complété par Hamsik et Lopez.

Il avait trouvé la place, et surtout la manière de faire jouer celui qui a débarqué en Italie, du Brésil, à l’âge de 15 ans. Jorge Luiz Frello Filho venait de passer deux ans dans une académie de football gérée par un entraîneur italien, à Guariruba (dans la région de Sao Paulo). Là-bas, il a tapé dans l’œil d’un recruteur du Hellas Vérone, qui a réussi à l’attirer en Vénétie.

Les étapes s’enchaînent alors comme les chapitres d’une belle histoire : champion de Serie B avec Vérone en 2013, transféré à Naples pendant le mercato hivernal en 2014, puis une arrivée à l’été 2018 à Chelsea, avec Maurizio Sarri, qui avait fait de son engagement une priorité.

Tout n’a pas été simple toutefois, puisque Jorginho, surnommé “le fils du coach” à Chelsea, est parfois tenu pour responsable des difficultés de l’équipe londonienne. Mais il va finir par se rendre indispensable, en club comme en sélection, en raison de son jeu de passes en un temps, de son bon sens de l’anticipation et de son intelligence tactique. Assimilé à géomètre, il a aussi reçu le surnom de Jorginho Radio, parce qu’il parle tout le temps, replace.

À Chelsea, l’arrivée de Thomas Tuchel lui a donné un espace d’expression plus important qu’avec Frank Lampard. En équipe nationale, Roberto Mancini en a fait un pion essentiel, avec Marco Verratti. Le sélectionneur, nommé en 2018 pour redresser la barre d’une nation qui ne s’était pas qualifiée pour la Coupe du monde, a fait jouer Jorginho à 34 reprises, en 43 matchs. Ce dimanche, il devrait fêter sa 40e cap alors qu’il est international depuis 2016.

Devenu Italien grâce aux origines transalpines de son arrière-grand-père, le médian aurait pu jouer pour le Brésil, quand la fédération l’a sollicité en 2017 et qu’il jouait peu pour la Squadra Azzura. Mais il est resté fidèle à l’Italie, et il en est donc un patron, désormais.

Son Euro, remarquable, et la victoire en Ligue des champions avec Chelsea lui ont d’ailleurs valu le titre de joueur UEFA de la saison. Nommé parmi les candidats au Ballon d’or, comme quatre de ses équipiers (Barella, Bonucci, Chiellini et Donnarumma), il a évoqué la question, ce samedi en conférence de presse, pour dire que “c’est un rêve de gamin de gagner ce trophée”, même s’il partira de plus loin par rapport à Lionel Messi, par exemple. “Ce serait incroyable de le remporter, mais cela ne me met pas plus de pression.”

Roberto Mancini, lui, a fait son choix : “Jorginho mérite de gagner le Ballon d’or, vu son palmarès cette saison.”

Ce serait un chapitre de plus à sa belle histoire, aussi.