Football Il y a deux mois, Gilberto Martinez a perdu sa femme et ses enfants. Après avoir reçu un message du Standardman Guillermo Ochoa, il a décidé de venir au Mondial pour réaliser le rêve de son fils.

Quand on croise Gilberto Martinez, on est interpellé par un détail : parmi les centaines de milliers de supporters étrangers présents en Russie, il est le seul supporter à porter quatre Fan ID autour du cou. Ce supporter mexicain de 41 ans a une raison bien particulière de le faire. Dans le hall bondé des départs de l’aéroport de Sheremetyevo, il a accepté de nous raconter son histoire, sans doute l’une des plus touchantes de cette Coupe du Monde.

Elle commence en septembre dernier. Les hôtels et les vols viennent d’être réservés, tout est ficelé. Gilberto Martinez s’apprête à vivre l’un des plus beaux voyages de sa vie. En juin, il doit s’envoler pour la Russie avec sa femme, Veronica et ses enfants, Diego (8 ans) et Mia (6 ans), pour supporter la sélection mexicaine.

Mais le 28 avril, le destin bouleverse sa vie : son épouse et ses enfants décèdent dans un accident de voiture, emboutis par une 4x4. Tout s’arrête pour Gilberto.

"Après tout ça, je comptais naturellement annuler le voyage, nous raconte-t-il. Puis le jour des funérailles, j’ai reçu un message de Guillermo Ochoa, le gardien de notre équipe nationale : ‘Votre fils est un ange qui me permettra de m’envoler.’ Pour moi, c’était comme recevoir un message, un signal de mon fils lui-même : ‘Papa, tu dois aller en Russie.’ J’ai donc décidé de faire ce voyage avec des amis pour rendre hommage à ma famille."

Le portier du Standard et Gilberto Martinez avaient une connaissance commune. "Memo est quelqu’un de très humain et de très généreux. Depuis le début du tournoi, on est restés en contact. Après sa superbe prestation face à l’Allemagne, il m’a renvoyé un message : ‘Cette victoire est pour ta famille.’ Je l’ai remercié et félicité pour sa prestation. Je dois encore le rencontrer pour lui remettre les gants avec lesquels mon fils jouait. Je sais que Memo joue au Standard de Liège et qu’il est bien aimé des supporters là-bas. C’est normal : Memo mérite cela. Si un jour il m’invite à venir le voir en Belgique, je viendrai volontiers lui rendre visite. Mais d’abord, je vis à fond mon expérience en Russie. Je suis ici pour vivre, pleurer, profiter et souffrir."

Le père endeuillé sillonne la Russie avec une vareuse du Mexique sur les épaules, sur le dos de laquelle on trouve cette inscription : "Vero, Diego, Mia, siempre conmigo." Pour toujours avec lui. "Lors du premier match du Mexique, j’ai pu sentir qu’ils étaient là, que je réalisais le rêve de mon fils, narre Gilberto, d’un ton fier. Son autre rêve, c’était de voir Messi et Neymar. Je suis dès lors allé voir Islande - Argentine et Brésil - Costa Rica, comme prévu."

Au fil des jours , l’histoire de Gilberto a fait parler d’elle dans de nombreux médias hispanophones. Il a ensuite reçu des centaines de messages de soutien.

"J’ai été touché par toutes ces marques d’affection. Mon histoire, je veux la partager. Le message que je veux faire passer aux gens, c’est qu’il faut profiter de la vie chaque jour, comme si c’était le dernier. Désormais, c’est ce que je fais."

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