L’air de Bruxelles ne semble pas l’avoir brusqué. Ni son éloquence ni son style singulier n’auront trébuché au cours d’une année placée sous le sceau de la discrétion. Car après avoir quitté le Standard sous une haie d’honneurs bien plus que par une porte dérobée, Pierre François avait opté pour le silence. Les "rappelez-moi plus tard" , les "pour l’instant, rien d’intéressant" s’étaient ces derniers mois bousculés au cours d’une diète médiatique considérée - avant son arrivée définitive comme administrateur-délégué du Royal White Star Bruxelles - comme une nécessité. Mais même à ses critiques, l’ancien homme fort de Sclessin avait fini par manquer. "Je vous laisse apprécier cela", sourira-t-il en avouant que les dirigeants anderlechtois furent au soir de son départ, parmi les premiers à réveiller son téléphone et à lui adresser des marques de sympathie.

"Mais même lorsque je croise des supporters du Sporting sur une aire d’autoroute en me rendant au Cercle de Bruges, je suis toujours bien accueilli. Je crois que les supporters aiment avant tout les dirigeants qui défendent leur club, quel qu’il soit. Je sais que je suis un peu en terre d’asile ici à Bruxelles mais je m’y sens bien. Les gens finissent toujours par me dire bonjour quand même. Il y a encore un quand même qui traîne."

Le sourire est tiré. Presque jusqu’aux oreilles. La malice n’a pas bougé. À l’entame d’une saison censée ramener le White Star en première division, Pierre François se sera donc confié. Sans la moindre rancoeur. Sans mettre le moindre frein à sa sincérité.

Pierre, au moment de quitter le Standard, personne n’imaginait cette absence d’un an. Est-ce que l’étiquette rouche vous a par instants gêné sur le marché du football ?  

"Non, pas du tout. Je pense simplement que les gens qui me disaient au soir de mon départ qu’il ne me faudrait que quelques jours ou semaines pour retrouver un club n’étaient pas très au fait de l’état du marché. La crise est présente à tous les niveaux. Y compris au niveau des postes dirigeants où ceux qui sont en place n’ont pas la moindre envie de quitter leurs fonctions. Et comme je l’ai parfois confié à certaines personnes, je ne ferai d’ailleurs jamais mon bonheur sur les cendres de quelqu’un d’autre."  

Mais aujourd’hui, même à la tête du White Star Bruxelles, beaucoup ne parviennent pas à dissocier votre image de celle du Standard. Est-ce que cela ne vous pèse pas ?  

"L’étiquette du Standard ne me pèse pas. Si j’ai pu me tailler un nom dans le monde du football belge, je le dois à ce club et jamais je ne le renierai. Mais tout cela ne m’empêche pas de dire que la page est tournée. En réalité, la seule chose que je ressens comme un poids, c’est ce fameux procès concernant trois dossiers de 2003 dans lesquels j’avais veillé à l’intérêt du club sans jamais toucher pour moi-même le moindre centime !"  

Certains avaient d’ailleurs profité de votre départ du Standard pour lancer de nouvelles allégations. Sort-on indemne d’attaques comme celles-là ?  

"Cela m’a profondément touché, c’est vrai. Je crois aujourd’hui savoir par qui tout cela a été lancé mais dans le fond, cela n’a plus d’importance. Certaines personnes à qui j’avais dû dire non en tant que directeur général du Standard, et ce dans l’intérêt du club, ont par la suite tenté de me toucher. Dans ce contexte-là, le second communiqué du président Duchâtelet m’avait vraiment réconforté. Après avoir témoigné de sa reconnaissance d’une façon traditionnelle, il avait clairement fait savoir que toutes ces attaques n’avaient pas le moindre fondement."  

Vous restiez l’homme par qui il était arrivé.  

"C’est totalement faux. Je n’ai jamais introduit le président Duchâtelet au Standard. Madame Louis-Dreyfus avait elle-même mis en place une structure chargée de trouver des repreneurs et c’est par cette entremise que Value 8 comme le président Duchâtelet sont arrivés. Je n’ai jamais été le chercher."  

Votre départ avait surtout frappé les esprits car vous sortiez d’une année d’intense activité. On ne vous avait jamais vu aussi présent au Standard qu’au cours de votre dernière saison. Vous comprenez l’étonnement qui en découle ? 

"Mais il faut bien se rendre compte que durant les six premiers mois, Monsieur Duchâtelet a lui aussi dû prendre ses marques par rapport à une reprise de club qui n’entrait pas forcément dans ses plans. C’est là que j’ai dû être très présent. Après, il est tout de même normal que celui qui a mis l’argent reprenne le commandement. Cela fait partie de ses prérogatives. Certains de mes amis ont parfois du mal à le comprendre. Mais lorsque vous achetez une Ferrari pour 32 millions, vous trouvez logique d’être le seul à pouvoir en tenir le volant. En général, les gens me comprennent mieux quand j’utilise cette image-là. (sourire).  

Avant que Gulf Dynamic Challenges (investisseur propriétaire du Royal White Star Bruxelles) ne vienne vous chercher, vous avez un instant pensé à quitter le monde du football ?  

"Non. Après vingt-cinq ans au barreau, je me voyais mal y retourner. Mon respect pour la profession me pousse à croire que je n’aurais pas réussi à y retravailler correctement si ce n’est comme rabatteur de clientèle, un rôle que je me voyais mal jouer. Avec l’expérience du Standard, c’était dans le secteur du football que mon apport pouvait être le plus concret."

Il n’empêche que votre rôle est très différent aujourd’hui ?

"Totalement. En arrivant au Standard, j’embarquais sur un paquebot qui avait certes besoin d’un capitaine mais qui était lancé. Ici, tout était à refaire. Il y a un mois, je n’aurais même pas pu vous faire une photocopie ou vous proposer un café. On est reparti de zéro en abattant un travail colossal depuis le 18 avril au soir. Depuis le combat pour la licence obtenue grâce au travail de Maître Laurent Denis jusqu’aux nombreuses réunions tenues avec la commune et aboutissant aujourd’hui à une situation apaisée, personne n’a chômé. Aujoud’hui, on se retrouve avec un contrôle de la commission des licences qui n’a strictement rien à ajouter: ni commentaire, ni réserve. Et c’est vrai que je me retrouve à toucher à des choses que je ne faisais jamais comme la comptabilité ou la logistique. Mais l’ambition est claire : retrouver une place en division 1 dès la saison prochaine. Je le dis une fois pour toutes et je n’en parlerai plus au cours des prochains mois. Il faudra se taire, être modeste et boulotter."