A priori, on pourrait croire que Michel Preud’homme a du temps. Il est en stage à Genk pour deux semaines dans un endroit où les distractions ne sont pas vraiment nombreuses. Pourtant, il en a peu. Car il est toujours aussi pointilleux et il a dressé un programme très chargé pour ce stage d’avant-saison avec son équipe d’Al Shabab.

L’entraîneur à succès, qui entame sa troisième saison à la tête du club saoudien, a tout de même pris une heure de son temps pour se confier à la DH. Sa dernière apparition médiatique en Belgique datait d’il y a déjà… un an. Comme toujours, MPh a des choses à raconter.

Michel, comment s’est passée votre saison avec Al Shabab ?

"On a terminé troisième du championnat, on a perdu en finale de Coupe et on est qualifié pour les quarts de finale de Ligue des Champions. En fin de saison, mes joueurs étaient épuisés. Jamais je n’avais connu une saison avec autant d’entraînements et de matches. Nous avons été bons sur tous les fronts, mais nous n’avons pas gagné de trophée… Ce n’était donc pas une bonne saison dans l’ensemble. Maintenant, nous avons repris le travail avec comme premier objectif le quart de finale de Ligue des Champions asiatique contre une équipe japonaise, que nous jouerons en août."  

Avez-vous les moyens de gagner cette Ligue des Champions ?  

"Si on élimine les Japonais, oui. Mais ce sera dur : eux, ils sont déjà en pleine compétition. Si on les joue à Riyadh avec 40 degrés, on sera désavantagé. En demi, je pourrais d’ailleurs retrouver Lekhwiya, le club d’Eric Gerets."

Avez-vous l’impression que votre image a changé en Belgique ?  Ici, on n’a plus trop parlé de vous…  

"C’est normal : le championnat n’est pas attrayant pour le public belge. Pourtant, Al Shabab a le niveau d’une bonne équipe de D1 belge. En Arabie Saoudite, nous ne sommes pourtant pas encore un grand club : on n’a que 1.000 à 2.000 spectateurs alors que nos concurrents en ont jusqu’à 30.000. Ils ont aussi avec eux la presse. Vous savez ce que c’est… Donc, à Al Shabab, nous devons tout faire nous-mêmes. Pas comme au Standard, où le public peut parfois relancer l’équipe."

Le président d’Al Shabab vous avait demandé de travailler sur un plan pour restructurer le club, y compris la formation. Où en est-il ?  

"Je l’ai fait, mais il n’en est pas vraiment satisfait. Le problème de la formation là-bas, c’est la championnite . Pour un président, un titre en cadet ou en junior, c’est un titre sous sa présidence..."  

L’échec actuel pourrait-il influencer votre avenir ?  

"Non : ce n’est pas lié à ma fonction d’entraîneur. C’est sûr : je reste à Al Shabab, où il me reste trois ans de contrat."  

Un contrat en béton…  

"Mais le montant pour me racheter diminue chaque année !" (Rires)  

Al Shabab risque de devenir le club où vous serez resté le plus longtemps comme T1. C’est assez étonnant…

"C’est vrai. Chaque année, des clubs intéressés toquent à ma porte et je les renvoie vers Al Shabab. S’ils trouvent un accord, on peut discuter. Mais il n’y a jamais eu d’accord. Il s’agissait toujours de clubs qataris ou émiratis, pas belges ou européens."  

Voulez-vous revenir en Europe ?  

"Sincèrement, je ne me pose même pas la question. J’y réfléchirai le jour où je serai libre."  

Pourtant, la vie en Arabie Saoudite n’est pas des plus joyeuses. Il y a beaucoup de restrictions…

"Pour moi, ce n’est pas différent de ma vie à Gand, par exemple. Le matin, je pars à l’entraînement. L’après-midi, je fais des analyses au club et le soir, je rentre et je travaille ou j’ai un match à voir. Bien sûr, c’est une autre culture, mais dans le compound où je réside, les gens vivent à l’occidentale. Il y a aussi des avantages : à Riyadh, je vais faire les courses moi-même, ce que je n’avais jamais fait avant ! Certains locaux m’interpellent pour une photo, prise par leur femme complètement voilée. Ce n’est pas dérangeant. C’est vrai, il n’y a pas d’alcool… sauf chez l’ambassadeur belge."  

Pourquoi maintenez-vous sans cesse une telle exigence ?  

"Parce qu’en faisant tout et en prévoyant tout, je me préserve des problèmes. Je préfère faire cela 10 ou 15 ans que de faire mon job à moitié pendant 30 ans."

Pourquoi ne pas fonctionner dans un système où vous déléguez plus ?  

"C’est déjà le cas à Al Shabab ! Mais je suis fanatique et cela me demande toujours autant d’énergie. À la fin, je dois quand même prendre toutes les décisions. Cela dit, je suis très bien entouré. J’ai un spécialiste de la préparation physique (Renaat Philippaerts) , du scouting (Stan Van Den Buijs) et de l’entraînement (Emilio Ferrera) . Avec Emilio, on a tous les deux une réputation d’être très difficiles. Les gens pensaient qu’on ne s’entendrait pas. Alors qu’en fait, nous sommes très complémentaires. Lui et moi, on pourrait entraîner n’importe quelle grande équipe. Si tu me dis : ‘demain, tu vas entraîner le Real Madrid’ , tout seul j’hésiterais mais avec Emilio il n’y aurait pas de soucis. Ensemble, nous sommes dans les dix meilleurs duos d’entraîneurs du monde. Mes résultats sont aussi là grâce à mes adjoints. Le jour où je pars, j’essaierai de les garder tous avec moi."