Projection dans le futur et hypothèse sur le onze de base potentiel du Bayern version guardiolesque


MUNICH Le mercato estival débute seulement dans cinq mois, et pourtant, la question est déjà sur toutes les lèvres d'Europe, et fait plus souvent qu'à son tour la Une des quotidiens allemands, Bild en tête.

Chaque semaine, de nouveaux noms s'ajoutent à une liste d'acquisitions potentielles qui en devient presque interminable. Beaucoup de spéculation, pour aucune certitude, mis à part un chiffre. 278 millions d'euros. C'est la somme que le Bayern aurait mise à disposition du sorcier catalan pour encore renforcer une équipe qui fait déjà partie de l'élite européenne.

El Mundo Deportivo annonce même que la direction du FC Hollywood préparerait une réunion avec Pep Guardiola avant de se lancer sur les dossiers du prochain mercato. Tout ça pour mettre Pep dans des conditions optimales afin de griffer au plus vite de sa patte catalane le jeu des Bavarois. À ce stade, impossible d'être catégorique sur l'acquisition de l'un ou l'autre joueur. Il n'est par contre pas interdit de se prêter au jeu des suppositions, et de répondre à cette fameuse question: quel Bayern pour Pep Guardiola?

Indéboulonnable Neuer



Pas de raison d'enlever Manuel Neuer de sa place entre les bois. Le jeune teuton est impressionnant dans tous les secteurs et, plus indéniable quand on est le dernier rempart de la forteresse guardiolesque, son jeu au pied n'a rien à envier à celui de certains de ses défenseurs.

L'international allemand est également capable de jouer très haut, de dribbler sans peine un attaquant adverse qui rue vers lui tête baissée... Autant d'arguments qui font de lui le gardien idéal du Bayern sauce Pep, n'en déplaise aux fans de Victor Valdes, qui le voyaient rejoindre Guardiola sur les rives de l'Isar.

Défense en travaux



Dire que le quatre arrière est le talon d'Achille du Bayern, ce serait manquer de respect à une défense qui n'a été prise à défaut qu'à sept reprises en 21 rencontres de Bundesliga. De là à dire que les joueurs actuellement en place conviendront à la philosophie de jeu de Guardiola, il y a un gouffre que même une longue foulée de Marouane Fellaini ne suffirait pas à franchir.

Certes, Philipp Lahm et David Alaba ont un profil alvesien qui devrait séduire le Catalan: placement défensif intéressant, apport offensif redoutable, chevauchées incessantes dans les couloirs, et une capacité à jouer très haut et très large. Pas de raison d'aller pêcher du latéral ailleurs, donc.



Dans l'axe par contre, ce n'est pas la même histoire. Jouer arrière central dans l'équipe de Pep Guardiola implique une maitrise technique au-dessus de la moyenne, une capacité à défendre debout et une relance impeccable. Des critères auxquels ne répondent pas vraiment les Van Buyten, Boateng et autre Badstuber. Seul Dante pourrait correspondre au profil.

Il est sûr que Guardiola va donc prioritairement s'atteler à ce chantier qu'est la défense centrale. Les candidats sont évidemment nombreux. Ceux qui répondent aux critères le sont beaucoup moins. La piste Piqué semble invraisemblable, Shakiro n'étant déjà plus dans les petits papiers de Pep lors de ses derniers mois à Barcelone. David Luiz a le talent pour remplir les missions offensives, mais sa nonchalance et ses absences en cours de match en font un candidat peu sérieux, au propre comme au figuré.



Finalement, ce sont des joueurs moins connus, mais diablement efficaces qui auraient les faveurs du Catalan: un compatriote d'abord, en la personne d'Inigo Martinez. À 21 ans, il est le leader des défenses de la Sociedad et de la Rojita, dans un style purement espagnol qui ne peut que plaire au futur mentor du Bayern.

Deux autres joueurs présentent les mêmes caractéristiques que Martinez, et pourraient donc atterrir au coeur de la défense bavaroise. Des noms pas très bling bling, mais diablement efficaces malgré leur jeune âge.

Marquinhos, 18 ans à peine, est le patron de la défense de la Roma. Avec Zeman aux commandes, le jeune Brésilien a appris à défendre haut et se frotte avec succès à la rigueur du Calcio depuis plusieurs mois. Enfin, il y a Yaroslav Rakitsky. Un mètre quatre-vingts, 23 ans et un pied gauche plein de talent qui illumine la défense du Shakhtar de Lucescu. De quoi faire tomber Guardiola sous le charme, tout en restant prudent. Jurisprudence Chygrinsky oblige.

Entrejeu: la vie sans Busquets



À moins d'un miracle, Pep Guardiola devra organiser son entrejeu sans la pièce-maitresse de ses années barcelonaises, Sergio Busquets. La sentinelle des Blaugranas avait le profil parfait: intelligence tactique au-dessus de la moyenne pour organiser le pressing autour de la fameuse règle des cinq secondes chère au mentor catalan, jeu court sous-estimé mais excellent, un soupçon de malice, le tout saupoudré d'une frappe trop molle pour l'inciter aux montées en ligne qui avaient sonné le glas de l'aventure de Yaya Touré en Catalogne.

Faute de pouvoir attirer Busquets, dont la clause libératoire est tout de même fixée à 150 millions, Pep Guardiola pourrait (et devrait) se rabattre sur Javi Martinez. Mis en lumière par "El Loco" Bielsa, l'un des modèles de Guardiola, le transfert le plus cher de l'Histoire du Bayern semble équipé pour "faire du Busquets", et devrait donc occuper ce poste de 6 si capital dans le dispositif guardiolesque.

Devant lui, Bastian Schweinsteiger gardera très certainement une place dans le onze de base. Le baromètre de la Mannschaft devra devenir plus mobile pour adhérer aux préceptes de son nouvel entraineur, mais son sens de la dernière passe en fera sans aucun doute un pion indéboulonnable de l'entrejeu.



Pour compléter le trio, il faut un joueur capable de bouger entre les lignes, de se rendre disponible tout en gardant une certaine discipline tactique. Un homme de la dernière passe, qui surgit de la deuxième ligne de temps à autre pour marquer son petit but. Le rôle qui était dévolu à Cesc Fabregas à Barcelone, en somme. Le Bayern a déjà Toni Kroos, mais la direction voudrait un autre Allemand à cette place, en la personne de Mesut Özil. La grande liberté dans les déplacements du meneur germano-turc au regard panoramique plaira-t-elle à Guardiola?

Le Catalan préférerait son compatriote Isco. La pépite de Malaga quitterait l'Andalousie pour 40 millions d'euros au maximum, le montant de sa clause libératoire. Loin d'être insurmontable, vu l'enveloppe mise à disposition de Pep par le Bayern.

Du neuf avec la fin du neuf?



Devant, c'est le grand luxe. Le Bayern a Mario Gomez, Mario Mandzukic et Claudio Pizarro. Pourtant, les noms de Robert Lewandowski et de Radamel Falcao sont cités plus souvent qu'à leur tour en Bavière.

Autant d'attaquants qui semblent improbables si Guardiola envisage de jouer avec un faux neuf, comme c'était devenu la tradition en Catalogne. Dans ce cas, c'est Luis Suarez qui tiendrait la corde. L'Uruguayen pourrait quitter Liverpool pour une quarantaine de millions, et est l'un des rares attaquants à pouvoir remplir le même rôle que Messi à Barcelone: sens du but, dribbles vers l'avant, combinaisons courtes et appels bien sentis, la panoplie du numéro 7 des Reds n'a pas grand-chose à envier à celle de la Pulga.



Sur les flancs, Arjen Robben devrait connaitre le même sort que les Ronaldinho et Deco lors de l'arrivée de Guardiola à la tête des Blaugranas. Un aller simple pour l'étranger, et une place sur le flanc droit qui se libérerait pour Thomas Müller, joueur aussi banal que génial grâce à son sens du jeu hors du commun. L'Allemand pourrait recevoir la concurrence d'Iker Muniain, la perle basque de l'Athletic Bilbao qui avait charmé Guardiola lors de ses affrontements épiques avec Bielsa.

De l'autre côté, Kaiser Franck est indétrônable. Le Ch'ti devra sans doute épurer son jeu pour satisfaire les exigences de son entraineur, mais le niveau qu'il affiche cette saison le rend tout simplement intouchable. Difficile donc d'imaginer un Bayern sans Franck Ribéry l'an prochain.

© La Dernière Heure 2013