La nouvelle est tombée comme un couperet: Tito Vilanova n'entraînera pas Barcelone la saison prochaine. La faute à un cancer des glandes salivaires qui ne veut pas lâcher le successeur de Pep Guardiola. Le coach espagnol, 44 ans, s'en va donc avec un titre de champion d'Espagne, record de points à la clé, dans la besace. Mais ce succès ne masque pas l'évidence: il a repris une équipe en fin de cycle. En témoigne la raclée subie en demi-finale de la Ligue des Champions face au Bayern.

Pour reprendre sa place sur le banc du Camp Nou, les noms circulent déjà. Mais qui aura les reins assez solides pour reprendre une équipe qui doit partir à la reconquête d'une Europe maintenant tournée vers l'Allemagne ? Tentative de réponse.


Marcelo Bielsa, un fou en Catalogne

Marcelo Bielsa est un taulier. Respecté par ses pairs, l'Argentin de 55 ans en impose. Normal quand on est doté d'un tel charisme. Une qualité nécessaire pour gérer les egos surdimensionnés qui peuplent le vestiaire catalan. Cerise sur le gâteau, Bielsa est un fervent adepte du jeu tout en mouvement. Bref, il réunit toutes les qualités pour reprendre le poste laissé vacant par l'infortuné Vilanova. Le problème, c'est que Bielsa peut se montrer ingérable. Surnommé El Loco, le fou, l'ancien mentor de l'Athletic Bilbao ne se laissera pas faire par les pontes du Barça.

De plus, ses méthodes très personnelles ne manqueront pas de remuer les Blaugranas, habitués au calme olympien de Guardiola et son successeur. "A l’entraînement, on va faire 220 centres mais seulement 5 arriveront à destination. J’oblige quand même le joueur à tous aller les prendre parce que marquer un but c’est la vie pour nous. Si le joueur ne va pas sur un des 220 centres qu’on fait, je le tue. Je lui fais sentir que c’est comme s’il avait violé une femme "; déclarait-il du temps où il était à la tête de l'Athletic Bilbao. Chaud.

Mais le constat est là: partout où il est passé, il a réussi à imprimer sa griffe. En deux saisons aux Newell's Old Boys, son club de coeur, il collectionne les titres et atteint la finale de la Copa Libertadores. Le tout à moins de 40 ans. Il quitte son Argentine natale pour tenter sa chance au Mexique. Déjà, ses entraînements ressemblent à ceux prodigués en Europe: d'inlassables répétitions d'exercices (certains joueurs effectuent 200 têtes par séance). Malheureusement, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Lassé de voir ses clubs successifs se planter, il rentre au pays. Comme par magie, il renoue avec le succès, au Velez Sarsfield cette fois. Après une saison à Buenos Aires, il tente le grand saut et signe à l'Espanyol en 1998 (déjà, Barcelone...).

Coup de théâtre, après un petit mois passé sur le Montjuïc, il quitte le navire et prend les rênes de la sélection argentine. Bielsa alterne le bon et le moins à la tête de l' Albiceleste. Humiliée en 2002, l'Argentine atteint la finale de la Copa America et décroche la médaille d'or aux JO d'Athènes. Et puis plus rien, pendant 3 ans. Mais ce fou de foot n'en a pas pour autant terminé avec le ballon. Au contraire, il se sert de ce break pour encore enrichir son bagage tactique en dévorant des dizaines de vidéos, de schémas etc.

En 2007, il reprend du service avec l'équipe nationale du Chili. Huitièmes de finalistes, les Chiliens quittent la compétition la tête haute, avec un capital sympathie énorme. Le tout grâce à Bielsa, qui a redonné des couleurs à l'équipe, à coups de hurlements et de passes courtes. Et cela n'a pas échappé aux scouts de l'Athletic Bilbao. Ceux-ci recrutent le bouillant argentin en 2011.

Les débuts sont difficiles dans le pays basque. San Mamès, habitué à un jeu plus direct, plus britannique gronde alors que le nouveau venu peine à transformer ce kick and rush en un système plus latin. Mais petit à petit, son onze de base vient à bout de ce blocage et les victoires s’enchaînent. En Liga, le club termine à une faible 10e place. Mais los Leones atteignent la finale de l' Europa League en développant un jeu attrayant. Inconsolables après leur défaite face à l'Atletico Madrid, les Basques ne se remettront pas de cet échec. Ils terminent la saison suivante à la 12e place. Bielsa est déçu. Il ne renouvelle pas son contrat et quitte Bilbao en juin 2013. Aujourd'hui, il est libre, gratuit, prêt à faire virevolter les artistes du Barca. Mais toujours aussi cinglé.


Gerardo Martino, pour faire plaisir à Messi ?

Gerardo qui ? Ce n'est pas faire une injure à l'entraîneur de Newell's Old Boys que de dire que son nom n'évoque pas grand chose aux Européens. Il signe son plus beau coup d'éclat en 2010 en menant le Paraguay en quarts de finale du Mondial 2010. Larissa Riquelme n'était donc pas la seule révélation paraguayenne de cette Coupe du monde.

Après un apprentissage à la dure en Argentine, il remporte tout ce qu'il peut avec le Club Libertad et Cerro Porteño. Déjà, le Paraguay est une terre fertile pour Martino, qui s'offre une sacrée moisson de titres.

Fort de ces succès, il repart au pays plein de confiance et signe au Colón de Santa Fe. La chute est rude, étant donné qu'après 6 matches seulement, il est débarqué à cause de ses mauvais résultats. Comme un enfant qui retourne chez ses parents après s'être fait larguer par sa copine, il repart au Club Libertad. Miracle, il renoue avec la victoire et atteint même la demi-finale de la Copa Libertadores.

La même année, la fédération paraguayenne le supplie de diriger l'équipe nationale. En effet, en 2006, les Guaraní se sont fait sortir dès le premier tour. L'honneur est sauf, ils finissent tout de même devant Trinité-et-Tobago. Mais la fédé veut retrouver son lustre d'antan et fait appel à Martino.

A l'image de Bielsa et de son succès avec le Chili, un autre Argentin se révèle à la face de la planète foot. Avec son jeu léché et plein de peps, le Paraguay devient l'un des chouchous de la compétition. Et pas seulement grâce à ses plantureuses supportrices.

Après 4 ans passés à la tête de l'équipe nationale, il revient une nouvelle fois en Argentine. Mais cette fois, il preste toute la saison et s'offre le Tournoi final avec le Newell's Old Boy de Rosario. A 50 ans, Gerardo Martino a l'occasion de s'exporter pour la première fois hors du continent sud-américain. Au Barça, il possède un allié de taille (quoique): Lionel Messi. La Pulga est, comme son potentiel futur coach, un natif de Rosario. Autre cartouche dans son barillet: Jorge Messi, le père du quadruple Ballon d'Or, est un fan absolu de cet ancien médian. Enfin, son jeu qui fit merveille avec le Paraguay en 2010 convient parfaitement à la maison catalane. Trois excellentes raisons qui en font l'un des favoris à la succession de Vilanova, selon la presse espagnole.



Jupp Heynckes, le retour improbable


Jupp Heynckes, c'est 2 Ligues des Champions, 3 championnats d'Allemagne, une Coupe d'Allemagne et 3 Supercoupes nationales. Bref, un palmarès long comme le bras qui vaut tous les discours du monde. Oui, cet homme est fait pour le top absolu. Il vient d'ailleurs de quitter le Bayern Munich avec un triplé dans la poche. Mais voila, le toit du monde footballistique, il le connait, l'a apprécié à sa juste valeur et l'a laissé derrière lui, sans regrets. A 68 ans, le coach allemand a décidé d'arrêter sa carrière d'entraîneur. Mais ça, c'était avant la terrible nouvelle et le départ de Vilanova.

Une arrivée du T1 teuton en Catalogne fait saliver. Même si son style de jeu n'a rien à voir avec le tiki-taka "guardiolesque", Heynckes est résolument tourné vers l'avant. Avec son 4-2-3-1, il est certes plus réaliste que les deux derniers coaches barcelonais. Mais les 98 buts inscrits par ses joueurs en 34 rencontres de Bundesliga (soit une moyenne de 2,9 buts par match) doivent rassurer les socios: des buts, ils en fêteront à la pelle si le vieux lion débarque sur leurs terres.

Autre élément qui rendrait la nomination d'Heynckes encore plus savoureuse aux yeux des supporters du Barça, c'est son passé madrilène. L'idée d'avoir suffisamment d'arguments pour faire revenir l'Allemand sur sa décision a de quoi regonfler l'ego de ces derniers. Un ego mis à mal cette saison par... le Bayern.

Quelle serait la réaction de l'ancien attaquant, véritable dieu vivant au Borussia Monchengladbach, si un club du calibre du Barça l'approchait ? Sans doute le sage Jupp aurait-il les hormones en folie. Toutefois, un entretien accordé au journal Der Spiegel ferme la porte à un retour. "La fin de ma carrière ? Oui, on peut dire cela comme ça", a-t-il déclaré mi-juin. "J'ai eu une sortie digne". Un euphémisme lorsqu'on repense à la saison stratosphérique signé par son Bayern. Un rapide coup d’œil à son CV laisse toutefois un tout petit espoir de revirement: en 30 ans de carrière, l'homme a connu 9 clubs. Et si cet hyper-actif nous faisait une " Fergie" et décidait de post-poser sa retraite ?



Luis Enrique, comme une évidence

Et si Sandro Rosell faisait de nouveau confiance à un habitué des lieux ? Après avoir dirigé l'équipe B du Barça, Pep Guardiola avait pris les commandes du noyau A, avec le succès que l'on sait. Luis Enrique suivra-t-il la même destinée ? C'est lui qui serait actuellement en pole position pour reprendre le poste de Vilanova, selon des médias catalans.

Arrivé au milieu des années 90 en provenance du... Real Madrid, l'ancien médian a entamé sa carrière de coach en dirigeant l'effectif B du Barça. Mais contrairement à son compère, il ne jure pas fidélité au club. Pris d'une folle envie d'ailleurs, il quitte l'Espagne en 2011 et rejoint l'AS Rome. La Ville éternelle promet d'être le berceau d'un nouveau coach de génie. Normal, il a le même parcours que Pep...

Las, l'expérience tourne court. Avec la Louve, il termine le championnat à la 7e place. Une position indigne du club de la capitale, qui voit l'Europe lui filer sous le nez. Incapable d'imposer sa patte, il s'enlise au fur et à mesure que la saison avance. Contrairement à Bielsa à Bilbao, il ne parvient pas à faire évoluer la philosophie de jeu de la Roma. Amoureux du jeu "à la Pep", il ne comprend pas que ses schémas ne sont pas adaptés à la Serie A. Et l'on ne dompte pas une telle rigueur tactique en misant tout sur le beau jeu. Mais il s'entête, à tort. Résultat, il fait ses valises avec un goût amer dans la bouche, après avoir suscité une déception équivalente aux espoirs placés en lui. "Je n’ai pas réussi à donner 100 %, à imposer mes idées", reconnait-il au moment de partir. "Je n’arrive pas à vous entraîner comme je le voudrais. Je m’excuse auprès des joueurs que j’ai moins fait jouer, ceux que je n’ai pas su mettre en valeur, mais je devais faire des choix et j’ai toujours agi pour le bien de l’équipe. La Roma est un grand club et je vous demande de toujours donner le meilleur". Au début de l'été 2013, il signe au Celta Vigo.

Ce contrat constitue-t-il un obstacle à un retour au Camp Nou ? Pas sûr. En effet, le contrat d'Enrique comporte une clause qui pourrait lui offrir sa chance dans le club de son cœur, annonce TV3. Le club galicien devrait lâcher son coach si le Barça lui versait 3 millions d'euros. Une somme que les dirigeants catalans seraient prêts à verser.

Aujourd'hui âgé de 43 ans, le natif de Gijon possède un atout de poids: il connaît parfaitement les lieux et les joueurs. Après onze année passées au club, il a le Barça dans la peau et sait ce qu'il lui reste à faire en cas de de retour au Camp Nou: gagner, gagner et encore gagner.


Michael Laudrup, la surprise du chef

Le nom de Michael Laudrup fait ronronner de plaisir les amateurs de football. Milieu de terrain porté vers l'avant, le Viking du grand Barça de Johan Cruyff est l'un des outsiders dans la course au banc catalan. Après avoir tout raflé en tant que joueur avec le club, l'ex-médian rêve sans doute de faire de même en tant que coach.

Après avoir raccroché les crampons en 1998, Laudrup fourbit ses armes en tant qu'adjoint de l'équipe nationale. Aux côtés de l'ancien anderlechtois Morten Olsen, il apprend patiemment son nouveau métier. Après deux ans dans l'ombre, il prend son destin en mains et devient T1 à Brondby. En 2005, il ouvre son palmarès en devenant champion du Danemark. Amoureux fou de l'Espagne, il quitte son nord natal pour Getafe. Il se maintient avec le petit club de la banlieue de Madrid. Une jolie performance qui lui permet de signer un contrat très lucratif au Spartak Moscou. C'est le flop. La sauce ne prend pas dans la capitale russe et il est viré en avril 2009, juste après une piteuse élimination en Coupe.

Il revient dans sa patrie d'adoption, à Majorque cette fois. Mais le charme est rompu. L'équipe des Baléares évite de peu la descente en 2e division et Laudrup balance sa frustration dans la presse. Son président, Lorenzo Serra Ferrer est la principale victime de ce coup de sang. Manque d'ambition, de renforts, le Danois fulmine. Il préfère mettre fin à son contrat et quitter le pays. Il rejoint une autre île, située plus au nord.

Surprise pour les fans de Swansea au début de la saison 2012-2013: ils voient arriver un entraîneur au passé glorieux, mais qui sort de 2 expériences foireuses. Dix mois plus tard, Laudrup est une légende dans le coeur des fans gallois. Il est le premier homme à offrir un trophée de prestige au club. Bien aidé par les buts de Michu, la révélation de la défunte Premier League, Swansea obtient une belle 9e place, mais remporte surtout la League Cup contre Bradford. Un succès qui ouvre les portes de l' Europa League aux Swans.

A 49 ans, le Danois devient l'un des coaches les plus hypes d'Europe. La preuve ? Le PSG met le paquet pour l'engager, après le départ de Carlo Ancelotti. Mais il reste ferme et prolonge à Swansea. " Je l’ai répété à de nombreuses reprises ces trois derniers mois : mon intention est de rester à Swansea", déclarait-il récemment au South Wales Evening Post. Qu'en sera-t-il en cas d'approche de son cher Barça ?


Aurélie Herman