Des joueuses démontent les clichés sur le football féminin: "Notre sport, c’est celui des mecs il y a 30 ans"

Le foot féminin prend de l’ampleur mais reste toujours la cible de détracteurs.

Des joueuses démontent les clichés sur le football féminin: "Notre sport, c’est celui des mecs il y a 30 ans"
©AP

À quelques jours de l’Euro féminin, on a voulu balayer les clichés concernant le foot féminin. Évidemment, toutes les joueuses vous le diront : il existe toujours des commentaires sexistes sur le fait qu’une fille n’est pas faite pour jouer au foot.

Nous avons toutefois sélectionné trois clichés régulièrement entendus après des matchs de haut niveau.

1.Les gardiennes sont petites

Si vous avez regardé la finale de la Ligue des championnes, vous avez certainement dû voir le but magnifique d’Amandine Henry. À la 5e, sa frappe atterrissait en pleine lucarne de Sandra Paños, la gardienne de Barcelone. Spectaculaire pour beaucoup, ce but a aussi reçu d’autres commentaires, notamment celui critiquant la taille de la gardienne (1m69) qui n’aurait de toute façon pas pu l’intercepter, laissant sous-entendre qu’il suffit de frapper de loin et en hauteur pour d’office marquer un but.

"Non, ce n'est pas vrai. J'ai déjà vu Justien Odeurs (NdlR : keeper d'Anderlecht) réaliser de superbes claquettes, lance d'emblée Noémie Gelders. Ce n'est en tout cas pas la consigne demandée avant de monter sur un terrain."

Alors oui, d'un point de vue physique, les filles sont généralement plus petites que les garçons et on n'est évidemment pas dans les mêmes standards que chez les messieurs. À titre de comparaison, la titulaire au goal chez les Flames, Nicky Evrard, mesure 1m76. Loin de Thibaut Courtois et ses 2 m. "Pourtant, ça n'empêche pas de jouer en Ligue des championnes si on fait moins d'1m70. Je m'inspire beaucoup de la gardienne du Real qui fait la même taille que moi", lance Joséphine Delvaux, qui va entamer sa 4e saison en Super League.

Du haut de son 1m67, elle a toutefois encaissé des buts avec Charleroi cette saison. "Mais c'est aussi une question d'équipe, affirme cette étudiante en droit. Si une joueuse peut frapper de loin, c'est aussi parce qu'on l'a laissée frapper. Chez nous, on prend en compte ma taille. On joue alors plus haut et moi, je joue beaucoup au pied. Après, il y a aussi des gardiennes qui maîtrisent mieux le jeu au sol."

À l'instar du volley et un filet fixé plus bas chez les femmes, diminuer la taille des goals, serait-ce une idée ? "Je ne pense pas que ce soit la solution, souffle la keeper. Les dimensions ont été déterminées. Si on change, alors il faut aussi modifier la taille du terrain mais dans ce cas, pour moi, ce ne serait plus le même sport. L'avantage est que chez les filles, on n'opère pas (encore ?) une sélection physique."

2.C’est plus/trop lent

Il y a cinq ans, la défaite des Américaines, considérées comme la meilleure équipe au monde, face aux U15 messieurs à Dallas a donné pas mal de biscuits aux détracteurs du foot féminin. Si, depuis, cette défaite a été nuancée et recontextualisée, elle met surtout en avant la différence physique qui existe, naturellement, entre les deux sexes. Du coup, après un match féminin, certains se plaignent souvent que le jeu est lent. "On n'est pas dans le même contexte physique, lance Aline Zeler. Le foot féminin comme on le connaît aujourd'hui, c'est le foot masculin d'il y a 30 ans. Il n'y avait pas autant de monstres physiques sur le terrain, ça ne courait pas autant. C'était plus technique."

De là à dire qu'on s'ennuie en tribunes ? "Évidemment, si on ne fait que se référer aux normes du foot masculin…, souffle Joséphine Delvaux. Si c'est évidemment plus rapide chez eux, nous sommes plus techniques et tactiques. On joue plus de manière réfléchie, on construit davantage. Je trouve que c'est d'autant plus beau à voir. Hommes-femmes, c'est le même sport mais nous le pratiquons peut-être différemment."

3.Les filles craquent plus facilement

Le 23 juin, les Red Flames battaient l'Irlande du Nord 4-1 avec trois derniers buts en fin de match. Un scénario que les Nord-Irlandaises ont déjà connu ces dernières semaines avec notamment des propos polémiques de Kenny Shiels, leur sélectionneur, en avril : "Les filles sont plus émotives ; elles réagissent moins bien."

Une phrase qui avait fait couler beaucoup d'encre mais qui n'avait pas empêché l'équipe de soutenir son coach. "Pour moi, oui, c'est vrai. On craque peut-être un peu plus facilement, réagit Noémie Gelders. Un footballeur va peut-être plus vite passer à autre chose. Mais il faut aussi tout remettre dans son contexte. Un joueur qui débarque dans le noyau A, il a plusieurs années d'encadrement élites. Chez les filles, ça n'existe pas. À 16 ans, quand on débarque en séniors, on découvre un tout nouveau monde."

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