Red Flames : où sont les Bruxelloises et les Wallonnes ?

Des 23 Belges reprises pour disputer l’Euro qui débute ce mercredi, une est Bruxelloise, une est Wallonne. Le reste est flamand.

Red Flames : où sont les Bruxelloises et les Wallonnes ?
©BELGA

Ce mercredi, l’Euro féminin débute en grandes pompes à Old Trafford, dans la ville de Manchester que les Flames rejoindront ce mercredi matin avant de mettre le cap sur Wigan où le groupe logera durant tout le tournoi.

Un groupe où la langue de Vondel est majoritairement parlée. Quand la sélection des 23 Flames pour l’Euro a été dévoilée, un constat est, en effet, très vite apparu : l’équipe a un gros accent néerlandophone. Seule Lisa Lichtfus (la 3e gardienne) est originaire du sud du pays. La Marchoise a tapé dans ses premiers ballons au FC Hargimont dans la province de Luxembourg. Pour trouver la trace d’une autre francophone, il faut se retourner sur Charlotte Tison. La défenseuse bruxelloise, parfaite bilingue, a toutefois pris sa toute première affiliation au FC Beigem, à Grimbergen.

Ce n’est pas neuf

Une situation linguistique qui n’est pas neuve pour autant au sommet du football féminin en Belgique. En 2017, à l’Euro néerlandais, la langue française était très légèrement plus présente avec trois francophones à l’époque. Capitaine, Aline Zeler avait été accompagnée par Maud Coutereels et Sara Yuceil. Cette dernière avait sauté dans l’avion en dernière minute, prenant la place de Missipo, mais n’avait pas eu voix au chapitre aux Pays-Bas.

Cette tendance, elle existe depuis plusieurs années d’ailleurs. Même depuis très longtemps. On est remonté jusqu’au 30 novembre 2015 pour trouver une présence francophone un peu plus fournie. Lors de Belgique - Serbie, elles étaient cinq sur la feuille de match : Zeler, Coutereels, Yuceil, De Gernier et Demoustier. Seule Coutereels est encore en activité.

Aujourd’hui, derrière la keeper Lichtfus et la défenseuse Tison, elles ne sont pas très nombreuses à pouvoir revendiquer (encore) une place même dans une sélection élargie. Reprise régulièrement dans le groupe étendu jusqu’il y a deux ans, la Hannutoise Lola Wajnblum (26 ans) a connu une grave blessure aux ligaments du genou la mettant sur la touche jusqu’à il y a quelques semaines encore où on l’a revue sur le terrain de OHL. Son aînée plus expérimentée, Maud Coutereels (35 ans) a vu la jeune garde Tysiak/Kees lui chiper sa place en défense après avoir connu une saison blanche à Lille (2019-2020) à cause du Covid, et ce, malgré son temps de jeu au Standard cette saison.

"J'avais espéré voir Lola au moins faire la préparation avec nous en étant dans la première présélection, confie Lisa Lichtfus, dont elle est très proche. Mais elle est jeune, il faudra compter avec elle encore l'avenir."

La Marchoise pratique du coup davantage le néerlandais lors des rassemblements même si Charlotte Tison est bilingue. "Pour moi, c'est avec les Flames que j'ai peut-être appris le plus le néerlandais. Je suis, en fait, en parfaite immersion. Je crois que les autres me considèrent comme bilingue d'ailleurs, car elles me parlent en néerlandais, même si ce n'est pas le cas (rires). Au quotidien, tous les briefings se font en néerlandais. Si Ives a besoin de me parler personnellement, là, on passe en français."

Une parité en U15

Le constat est dur mais la réalité est loin d’être communautaire, la sélection est avant tout représentative des forces en présence actuellement en Belgique. On a toutefois réussi à composer une équipe à plus fort accent wallon ou bruxellois vu le nombre d’éléments en Super League et à l’étranger : Lisa Lichtfus (Dijon/Fra) ; Constance Brackman (Standard), Maud Coutereels (Standard), Loredana Humartus (Standard), Maurane Marinucci (Standard) ; Charlotte Tison (Anderlecht), Sakina Ouzraoui Diki (Club Bruges), Lola Wajnblum (OHL), Léa Cordier (Lewes/Ang), Noémie Gelders (Standard), Welma Fon (Standard).

Composé de quelques internationales (Litchfuts, Brackman, Coutereels, Wajnblum), ce groupe ne ferait pas tache en Super League mais ne pourrait toutefois pas autant rivaliser sur la scène européenne que les Red Flames actuelles dont une grosse partie évolue à l’étranger.

Cette domination du nord du pays, même si elle est conforme à la cartographie du foot féminin actuel en Belgique, elle reste un peu difficile à avaler dans le sud du pays où on essaie de comprendre.

"Je crois qu'on récolte un peu ce qu'on a très peu semé ces 20 dernières années. N'oublions pas que l'ACFF n'a été créée qu'en 2012. Avant cela, c'était à charge de l'Union belge de développer le foot féminin. On en tire la conclusion qu'on veut, affirme Xavier Donnay, aussi membre du staff des WU19 et manager du foot féminin à l'ACFF. Après, quand on voit la Super League, on est tout de même à quatre clubs sur 11 avec Charleroi, le Standard, le White Star et Anderlecht. On est plus ou moins dans la même proportion que le nombre d'affiliés."

Enthousiasme à l’ACFF

Consciente de son retard actuel, l'ACFF planche évidemment sur différents dossiers pour promouvoir le foot féminin et entend bien voir ses éléments jouer un rôle à l'avenir sous le maillot national. "On a du retard mais actuellement, on nage plus vite que le nord du pays", nous lance avec fierté une collaboratrice de l'ACFF.

Un enthousiasme partagé par l'homme fort du football féminin à l'ACFF : "Le meilleur est en effet à venir. En U15, on est à une proportion de 50 % ! Dans les autres catégories de jeunes, on a aussi des représentantes du sud du pays. L'espoir que ça s'équilibre davantage est bien présent pour les années à venir. Après, les Flamands continuent à très bien bosser aussi de leur côté. Réussir à composer une équipe nationale 100 % francophone ou wallonne reste utopique vu la petitesse du pays."

Les Yellow Flames en Flandre. Et l’ACFF ?

Le 1er décembre 2020, la Belgique décrochait sa qualification pour l’Euro 2022 en battant la Suisse 4-0 avec la jeune Eurlings pour terminer la partie. À 19 ans aujourd’hui, l’attaquante fera partie du voyage en Angleterre mais sa particularité ne s’arrête pas à sa précocité. Ce jour-là d’hiver 2020, la joueuse d’OHL devenait, à 17 ans, la première Yellow Flame à intégrer les Red Flames.

À l’image de ce que font le volley et le basket, la VV a développé depuis 2017-2018 sa Topsportschool à Louvain avec une équipe évoluant en championnat en équipes d’âges. Appelée Yellow Flames, cette équipe est composée d’élèves de secondaires (à partir du 2e degré) suivant un cursus scolaire adapté et des entraînements plus soutenus.

En Wallonie, l'équivalent existe déjà. À un détail près. "C'est ce qu'on appelle le foot-élites et il est basé à Liège, répond Xavier Donnay. La différence est que pour l'instant, le week-end, les joueuses rentrent chez elles et évoluent avec leur club. Nous n'avons donc pas encore d'ACFF Team. Le projet est dans les cartons et encore en réflexion mais il ne faut pas brûler les étapes. Nous voulons d'abord bien professionnaliser tout ce qu'il y a autour."

À l'image d'Hannah Eurlings, la Namuroise Constance Brackman peut se targuer d'être le premier produit "ACFF" à avoir reçu sa première cap. C'était avec l'équipe C des Red Flames qui avait battu le Luxembourg il y a un an alors que le staff devait se passer des Anderlechtoises pour cause de Covid. "Elle n'est pas la seule à faire partie de cette première génération à avoir bouclé le cycle de quatre ans et qui arpente parfois Tubize avec les U23. On y retrouve aussi Léa Cordier, Welma Fon alors que la germanophone Loredana Humartus est un des grands espoirs du foot belge à 17 ans (NdlR : Tessa Wullaert l'a d'ailleurs déjà encensée après la finale de la Coupe de Belgique) mais elle n'est pas la seule évidemment."

Si l'ACFF constate le retard par rapport à la VV, on ne cherche pas à mettre la charrue avant les bœufs. "Depuis sa création, l'ACFF a lancé plusieurs projets pour élargir la base. Contrairement à d'autres sports, nous avons plutôt misé sur la base en ciblant les jeunes pour développer ce volet féminin. L'idée est de partir du festifoot dans les écoles qui est mixte pour amener les jeunes filles à 'Foot4Girls' qui se tient dans plusieurs clubs et les inciter ensuite à rejoindre les clubs. Par la suite, il existe aussi des journées de détections pour les sélections provinciales. La machine est en tout cas en route. Mais dans tous les cas, on a besoin aussi de l'aide des clubs."

Charleroi, le mauvais élève

Et à ce niveau, l’envie de développer le foot féminin est plus ou moins grande en fonction des équipes. Anderlecht domine la Belgique depuis cinq ans, le Standard fait office de grosse locomotive dans la formation mais c’est tout.

"En matière de formation, clairement, le Sporting de Charleroi a envoyé un très mauvais message en délocalisant son académie à Auvelais. Pour nous, c'est dramatique. On y a cru et maintenant, ils font marche arrière, se plaint Xavier Donnay. Par contre, si on doit prendre un exemple, c'est celui de la RAAL. L'équipe première n'évolue qu'en P1 mais on sent que le club donne autant de considération aux messieurs qu'aux dames. J'espère que d'autres clubs suivront la tendance car clairement la progression est énorme en termes de retombées."

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