Real Madrid-FC Barcelone

Les deux attaquants les plus efficaces de la saison se retrouvent à nouveau face à face

MADRID Les deux meilleurs attaquants du moment ? Sans doute. Ceux qui pèsent le plus lourd dans leur équipe ? Probablement. En tout cas, les plus efficaces, les plus imprévisibles et les plus étourdissants dans les vingt derniers mètres. Cette saison, personne en Europe n’a marqué autant de buts que Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Toutes compétitions confondues, l’Argentin a désormais porté son compteur à 50 (en 49 matches). Le Portugais, lui, en est à 42 (en 48 matches).

Des stats stratosphériques presque d’une autre époque, et qui font dire à Pep Guardiola, le coach catalan : “Leo a réussi aujourd’hui à banaliser l’extraordinaire. Avec lui, plus rien désormais ne semble devoir nous surprendre.”

Et quand Leo change de braquet, Cristiano lui rend coup pour coup, comme lors de la finale de Coupe gagnée au forceps par le Real (1-0 a.p.).

Messi impliqué partout. Le jeu de Messi, pourtant, ne se réduit pas à celui d’un simple buteur et s’inscrit avant tout dans la démarche collective du Barça . A fortiori depuis que Guardiola l’a replacé dans l’axe, il y a un an, et lui a offert ainsi une liberté maximale sur le terrain pour pouvoir jouer encore plus juste, là où il faut, influer davantage et combiner encore mieux avec Xavi et Iniesta dans le cœur du jeu. Moralité ? Dans une équipe comme Barcelone positionnée toujours très haut, qui attaque autant et qui tient aussi bien le ballon, Messi est logiquement impliqué dans toutes les phases du processus de fabrication : la récupération, la préparation, la conservation, la fixation et la finition. S’il marque plus que Ronaldo, surtout lorsqu’on fait abstraction des coups de pied arrêtés, s’il cadre plus ses frappes (67,7 % contre 51,2) et si sa qualité de dribbles est supérieure (56 % de réussite contre 44,3), Messi possède ainsi un volume de jeu, une sûreté technique et une qualité de transmission que son rival n’a pas tout à fait. Plus de ballons touchés donc (97 en moyenne par match contre 67), plus de ballons joués dans la surface adverse (8,6 par match contre 7,3), plus de passes décisives, plus de passes, tout court (69 par match contre 39), et plus de passes réussies, notamment dans les trente derniers mètres (78,2 % contre 73,2).

Pas interchangeables. Ronaldo n’a pas la même mentalité de jeu. Il ne possède pas le même profil, ni technique ni physique. Et il n’évolue pas non plus dans le même univers, ni avec les mêmes partenaires. Son mode de fonctionnement à lui, connaissant sa qualité de contrôle et de prise de balle ? “Je prends, j’accélère, je frappe.” De son côté, l’Argentin raisonne d’abord “je prends, je donne” , du moins “je prends, je vois” . En clair, si Messi pourrait débarquer du jour au lendemain au Real, Ronaldo, souvent adepte de la solution individuelle, serait probablement une erreur de casting monumentale au Barça . En revanche, dans une équipe comme celle de José Mourinho, capable de traverser tout le terrain en trois passes et cinq secondes, de contrer mieux que quiconque et d’être efficace sans pour autant avoir le ballon ni construire énormément, le Portugais est l’attaquant idéal sur un côté, voire dans l’axe, pour prendre l’espace, déclencher rapidement dans la zone de vérité, provoquer balle au pied dans les un contre un (2,4 fautes provoquées par match contre 1,7 à Messi), répéter les courses et les efforts, et offrir à la fois vitesse, changement de rythme et profondeur. Son souci d’aller à l’essentiel — le but — et d’utiliser au mieux sa frappe, tantôt puissante, tantôt flottante, se traduit d’ailleurs dans les chiffres : avec une moyenne exceptionnelle de 7,3 tirs par match, il est le joueur qui prend le plus sa chance, aussi bien en Liga qu’en Ligue des champions. Peu importe, alors, qu’il y ait du déchet ou pas dans son dernier geste. La finale de Coupe de la semaine passée a d’ailleurs rappelé, également, à quel point sa magnifique qualité de jeu de tête pouvait créer des différences et constituait un vrai plus par rapport à Messi.

Ronaldo idéal pour le foot de Mourinho. Mais les stats savent, parfois aussi, lui rendre justice. Ronaldo a beau être réputé pour ne pas défendre beaucoup, il gagne plus de duels que Messi (53 % contre 50,4), il réussit plus de tacles (77,8 % contre 75) quand il y a besoin, et il récupère un peu plus de ballons également (4,3 en moyenne par match contre 3,8), ce que peuvent expliquer les pourcentages de possession souvent excessifs du Barça , les exigences du jeu du Real — différentes — dans ce domaine et son agressivité naturelle supérieure. Une certitude : si Guardiola n’échangerait Messi contre rien au monde, Ronaldo est probablement le joueur idéal pour la stratégie de Mourinho, son pragmatisme et sa recherche permanente d’efficacité. Celle qui vient de lui apporter déjà un premier titre.



© La Dernière Heure 2011