Accidents cardio-vasculaires, diabète, cholestérol, voire suicides: suivre le foot à la télé peut nuire gravement à la santé

BRUXELLES Lors du dernier Mondial, en 2006, un syndicat agricole italien avait estimé que regarder tous les matches à la télévision -soit 96h passées devant le petit écran- pouvait faire gagner cinq kilos. Il suggérait de consommer des pastèques ou des carottes et de boire des jus de fraise.

Pas de conseil de ce type pour l'Euro, qui totalise il est vrai à peu près deux fois moins de matches que le Mondial, ce qui réduit le risque d'augmenter les taux de diabète et de cholestérol.

Conscientes de la montée galopante de l'obésité en Europe, la commission européenne et l'UEFA ont profité de la Ligue des champions 2007/2008 pour diffuser dans 40 pays d'Europe, lors de la mi-temps des matches télévisés, une campagne sur le thème "allez, sors de ton fauteuil!", où des joueurs en surpoids tapaient dans le ballon du fond de leur siège.

Mais plus que les grignotages, ce sont le stress et l'émotion que provoque le match qui mettent à mal le système cardio-vasculaire.
Lors de la Coupe du monde 2006 en Allemagne, il y a eu 2,6 fois plus d'accidents cardiaques que la normale dans la région de Munich lors des matches impliquant l'équipe allemande. "Il est urgent de prendre des mesures préventives", soulignaient les auteurs de l'étude publiée en janvier 2008.

Pour la Société européenne de cardiologie, qui a suivi une femme souffrant de problèmes cardio-vasculaires pendant un match très disputé Allemagne-Argentine ainsi qu'un spectateur d'une demi-finale souffrant de diabète, tous deux ont subi du "stress psychologique" et une "énorme tension émotionnelle", ce qui est d'autant plus évident "quand l'équipe favorite perd le match".

Les compétitions font d'ailleurs des morts. Ainsi, le 22 juin 96 (victoire de la France sur les Pays-Bas aux tirs aux buts), on a compté aux Pays-Bas, où 60% de personnes suivaient le match, 14 morts de plus qu'à l'ordinaire de maladies cardio-vasculaires.

De même, lors du match Angleterre/Argentine du 30 juin 1998 (victoire de l'Argentine aux tirs aux buts), le nombre d'arrêts cardiaques avait augmenté de 25% en Angleterre.

Certains cardiologues se sont demandé sans rire s'il ne faudrait pas supprimer l'épreuve des tirs aux buts. Préventivement, en France, des défibrillateurs, qui délivrent des chocs électriques pour que le coeur reprenne son activité normale, sont mis en place pour tous les matches de Ligue 1 ou 2.

Surtout, "on conseille à nos patients de ne pas regarder des matches importants après un infarctus ou dans une situation à haut risque", note le Dr Hervé Douard, cardiologue au CHU de Bordeaux.

Les suicides ne sont pas rares non plus, comme celui de ce supporter qui en 1994 avait parié sur une victoire d'au moins deux buts de l'équipe néerlandaise. Comme elle n'avait gagné que par un but, il s'est donné la mort.

On pourrait imaginer aussi que l'Euro-2008 pèse sur les relations de couples: soirées de matches qui n'en finissent pas, alcool qui coule à flots... Pour Carole Damiani, psychologue, "il y a des violences conjugales parfois après des émissions télévisées, mais pas plus pour les émissions de sport".

Les supporteurs de salon éviteront en tout cas les risques du terrain: la rougeole, qui sévit dans les deux pays accueillant la compétition, l'Autriche et la Suisse, et les tiques susceptibles de transmettre des méningo-encéphalites, qui prolifèrent en été sur les pelouses suisses et autrichiennes.

© La Dernière Heure 2008