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Ils voulaient "rendre hommage" à un supporter du Spartak Moscou, tué par un tir de balle en caoutchouc lors d'une bagarre entre supporters et jeunes originaires du Caucase

MOSCOU Slogans racistes, saluts nazis et des dizaines de blessés: cinq mille supporteurs soutenus par des ultranationalistes se sont rassemblés samedi à Moscou, à deux pas du Kremlin, pour rendre hommage à l'un d'entre eux tué par des Caucasiens.

La manifestation n'était pas autorisée, ce qui n'a pas empêché les supporteurs d'inonder la place du Manège scandant "La Russie pour les Russes, Moscou pour les Moscovites" et faisant des saluts nazis, dix jours après que la Russie a été désignée par la Fifa pays organisateur du Mondial-2018 de football.
Malgré les appels de la police à "ne pas céder à la provocation", la manifestation a vite dégénéré, des participants jetant des fumigènes et des barres métalliques sur des policiers.

Un photographe de l'AFP a vu plusieurs dizaines de supporteurs tabassés par les policiers anti-émeutes et cinq Caucasiens violemment battus par des manifestants qui avaient le visage en sang. Soixante-cinq personnes ont été interpellées, selon la police.

Un cameraman de l'agence de presse publique Ria Novosti a été passé à tabac par les manifestants et sa caméra a été brisée, selon l'agence.
"Si les autorités ne changent pas de politique d'immigration, il y aura beaucoup de sang", a lancé devant une journaliste de l'AFP un manifestant, le visage dissimulé par un masque.

Cette manifestation faisait partie de plusieurs cérémonies à Moscou et à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) pour rendre hommage à Egor Sviridov, supporteur du club de football de l'élite russe Spartak Moscou, tué par un tir de balle en caoutchouc le 6 décembre lors d'une bagarre dans une rue de Moscou entre une dizaine de supporteurs et des jeunes originaires du Caucase.

Le chef de la police de Moscou, Vladimir Kolokoltsev, s'est déclaré sur place pour discuter avec les manifestants. Il a souligné que la police avait "minimisé" le recours à la force contre les supporteurs, ce qui a provoqué la colère des défenseurs des droits de l'homme.

Toute manifestation non autorisée de l'opposition en Russie est d'habitude dispersée sans ménagement par la police.

"Le pouvoir doit couper court à ce genre d'actions extrémistes où l'on entend des slogans nationalistes anticonstitutionnels", a déclaré Lev Ponomarev, de l'ONG Pour les droits de l'homme.

"La police s'est habituée aux manifestants civils qui sont pacifiques et croyait que les supporteurs seraient pareils", a pour sa part réagi la présidente du groupe Helsinki, Lioudmila Alexeïeva, jugeant que les auteurs des troubles devaient être "punis".

A Saint-Pétersbourg, près de 1.500 supporteurs se sont rassemblés samedi dans le centre-ville pour une manifestation non-autorisée pour rendre hommage à Sviridov. Une partie d'entre eux ont percé les cordons de police et ont brièvement bloqué la circulation sur plusieurs artères centrales.
Près de 60 personnes ont été interpellées, selon la police.

Le chef du comité d'enquête auprès du parquet russe, Alexandre Bastrykine, a annoncé qu'il allait rencontrer lundi les leaders des supporteurs pour leur rendre des comptes concernant l'enquête sur le meurtre de Sviridov.

Le suspect, Aslan Tcherkessov, originaire de Kabardino-Balkarie, une république du Caucase russe, a été interpellé et placé en détention provisoire par un tribunal. Il a déclaré avoir agi "en légitime défense" après avoir été menacé par des supporteurs.

En juillet, un autre supporteur du Spartak, Iouri Volkov, a été tué à coups de couteau par un ressortissant du Caucase dans un parc de Moscou. Le suspect, un Tchétchène, a été inculpé de meurtre. Plusieurs manifestations de supporteurs ont eu lieu par la suite.

© La Dernière Heure 2010