Le néo-Monégasque fait de plus en plus d’ombre à celui qui est un titulaire indéboulonnable chez les Diables depuis 2008.

Mois de juin 2013. Youri Tielemans, un gamin de seize ans, débarque en équipe première à Anderlecht. Il est encore inconnu du grand public et Jean Kindermans, directeur du centre de formation, ose la comparaison : "C’est une sorte d’Axel Witsel." Quatre ans plus tard, le plus grand concurrent d’Axel Witsel en équipe nationale s’appelle Youri Tielemans.

Si Witsel reste le grand favori pour occuper le poste vendredi en Estonie, Tielemans a réussi à installer un petit doute après sa très bonne mi-temps contre la Tchéquie lundi soir. Quarante-cinq minutes complimentées par Roberto Martinez en personne.

De quoi faire peur à Witsel ? "Non, je n’ai pas peur pour ma place , sourit-il. Il y a clairement de la concurrence, mais je ne suis pas le seul dans ce cas en équipe nationale. À tous les postes, il y a plusieurs prétendants."

Sauf qu’Axel Witsel, au même titre de Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld et Thibaut Courtois, est une certitude absolue depuis plusieurs années chez les Diables. Que ce soit avec Dick Advocaat, Georges Leekens, Marc Wilmots ou Roberto Martinez sur le banc.

Tielemans pourrait changer la donne à court ou à moyen terme. Quand on lui parle de la Coupe du monde en Russie qui débutera dans un an, presque jour pour jour, le joueur de l’AS Monaco ne tremble pas : "Bien sûr que je veux être titulaire au Mondial, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai signé à Monaco. Je veux progresser. Et, oui, j’espère débuter en Estonie vendredi."

Tielemans est tout de même conscient que Witsel conserve une longueur d’avance. "La concurrence est énorme à ma position. J’accepterai d’être sur le banc pour Axel. Ce n’est que la quatrième fois que je suis repris en équipe nationale et je dois être patient. Axel a beaucoup plus d’expérience."

Et un autre profil aussi. Tielemans n’apporte pas encore les mêmes garanties défensives que Witsel. "Il est plus un contrôleur. Il a aussi des qualités offensives, mais il est plus défensif que moi." Des caractéristiques que Tielemans compte bien développer en Ligue 1 et en Ligue des champions avec Monaco la saison prochaine.

La montée en puissance de Tielemans se conjugue avec le choix de carrière de Witsel. Comme si les deux joueurs se croisaient dans les escaliers. "Je reste performant en Chine" , contre le milieu de Tianjin Quanjian. "Je vais me battre, mais la concurrence fait partie du jeu. Youri évolue superbement bien et je suis très content de le voir à Monaco. Il a fait un très bon choix et va continuer à se développer. Je suis fan de son jeu depuis le début."

Witsel n’est pas le seul. Kompany, notamment, avait été élogieux lundi soir après la Tchéquie. "Je suis fier d’entendre ce que Kompany et les autres ont dit à mon sujet après le match. Quand Vincent dit que j’ai plus de talent que lui au même âge, c’est peut-être un peu exagéré, mais ça signifie beaucoup pour moi. Vincent est une icône."

Si Witsel devrait logiquement débuter vendredi en Estonie, il sera intéressant de suivre la bataille pour cette place au milieu la saison prochaine. D’autant que Witsel n’aura plus de matchs entre le mois de novembre et le mois de mars, la faute au championnat chinois qui prend sa pause durant tout l’hiver…


Alderweireld : "Youri a bien bossé derrière"

L’identité du numéro six a un impact immédiat sur les trois défenseurs centraux. Lundi, ils ont parfois semblé dépassés, ce qui n’était pas illogique au vu du nombre de joueurs offensifs alignés par Roberto Martinez. "Mais je trouve que Youri Tielemans a disputé une bonne rencontre face aux Tchèques. Il a donc bien accompli sa mission défensive", explique Toby Alderweireld. "C’est vrai qu’Axel (Witsel) et lui n’ont pas vraiment le même profil, dans le sens où Youri est un petit peu plus offensif. À mes yeux, nous devons pouvoir nous adapter à leurs deux profils. Parfois, c’est précieux de jouer avec davantage d’éléments offensifs, car nous devons affronter des adversaires regroupés. Chaque match est unique et il est donc important de pouvoir compter sur des profils différents."

"J’ai perdu 3 kg en ne mangeant pas… chinois"

Witsel nous explique sa méthode pour rester au top depuis la Chine.

Cet été, Axel Witsel recevra la visite de Roberto Martinez en Chine. Le sélectionneur veut voir en live les conditions de vie et de jeu de son milieu de terrain. En attendant, il s’informe via Jordi Garcia, le préparateur physique espagnol de Tianjin Quanjian.

Le coach fédéral peut être rassuré : Witsel bosse en Chine. "Il y a deux types de joueurs en Chine. Ceux qui viennent en vacances pour prendre l’argent et ceux qui veulent rester à leur meilleur niveau. Je suis dans la seconde catégorie."

Pour le prouver, Witsel peut avancer deux chiffres. D’abord le 9, comme son pourcentage de taux de graisse. "Au Zenit, j’étais entre 10,5 et 11" , précise-t-il.

Second chiffre, le 3. "C’est le nombre de kilos que j’ai perdus en Chine. Je travaille beaucoup avec le préparateur physique en plus des séances classiques. Je fais aussi attention à ce que je mange. J’adore ça mais je ne peux pas trop manger chinois, c’est assez gras en général."

Le résultat est visible à l’œil nu, Witsel semble affûté comme jamais. "J’arrive très en forme, bien plus qu’en mars lors du dernier rassemblement. On est au beau milieu de notre championnat. Après l’Estonie, tous les joueurs partiront en vacances sauf Laurent et moi."

À son retour en Chine, Witsel ajoutera une nouvelle corde à son arc : le mandarin. "J’ai trouvé une prof de chinois qui parle aussi français. Ce sera plus simple pour apprendre. Je ne compte pas devenir bilingue, mais apprendre les bases serait déjà une bonne chose."

"Ce sera difficile de quitter Bruxelles"

Tielemans a parlé pour la première fois depuis sa signature à l’AS Monaco.

Youri Tielemans ne s’était pas encore exprimé au sujet de Monaco, depuis qu’il y a signé, le 31 mai. "Monaco est le meilleur choix que je pouvais faire", explique Tielemans. "Le club me voulait depuis longtemps et me voulait vraiment. C’est un club ambitieux qui veut poursuivre sur sa lancée de cette saison-ci. Et il donne des chances aux jeunes de progresser."

Tielemans veut d’emblée être titulaire. "Si j’ai signé, c’est pour jouer. Non, je n’espère pas que certains éléments s’en aillent. Mais je suis ça de près. Je veux savoir avec qui je jouerai."

Quand il est allé à Monaco, Christophe Henrotay lui a déjà présenté la Principauté. Tielemans : "Mon agent habite Monaco, c’était donc pratique. Le deuxième jour, j’ai passé mes tests médicaux. C’était important d’avoir tout réglé avant mes congés. Je peux partir en vacances l’esprit libéré. J’ai même déjà un appartement. Oui, j’habiterai Monaco même."

Le milieu rapporte 25 millions à Anderlecht. "Tant mieux pour le Sporting. Avec cet argent, il pourra faire des transferts. Kums comme mon successeur est déjà un bon transfert. Mais moi, cette somme, elle ne me perturbe pas." Quand un journaliste lui a demandé si Monaco était un tremplin, Tielemans a souri. "Vous parlez déjà de mon départ, alors que je n’ai pas encore joué un match ?"

Après quatorze ans à Anderlecht, le Bruxellois s’en va. "Ce sera difficile de quitter la maison, après une si longue période. J’ai habité toute ma vie à Bruxelles. En tout cas, je me sens encore bruxellois."