Football Il aura prolongé sa carrière le plus longtemps possible mais, là, ce n'était plus possible. À 40 ans, l'emblématique gardien américain Tim Howard a pris sa retraite depuis l'élimination dans la course aux playoffs des Colorado Rapids. Le Jersey Boy respecte ainsi la parole donnée avant le début de la saison...

La nouvelle n'en serait pas vraiment une sur le Vieux Continent si le néo-retraité ne présentait pas certaines particularités. Actif en 2003 à New York, dans le club qui est devenu les NY Red Bulls, Tim Howard est repéré par Sir Alex Ferguson himself. L'Ecossais veut en faire le successeur de Fabien Barthez. Howard ne refuse pas une telle opportunité. Évidemment. Il franchit donc l'Atlantique et ronge son frein pendant une saison avant d'être titularisé puis d'être prêté à Everton, Edwin van der Sar arrivant, avant d'y signer un contrat définitif.

"Je voulais juste jouer en Europe et quand l'opportunité de Manchester United s'est présentée, j'ai attrapé le stylo le plus proche pour signer le contrat", sourit le gardien, qui a cotoyé, chez les Toffees (pour le compte desquels il a joué 354 matchs de Premier League), Kevin Mirallas, Marouane Fellaini ou encore Romelu Lukaku. "Cela ne s'est pas bien passé pour moi à Manchester United. Il était temps de partir. La plus belle chose, après mes enfants, est arrivée: j'ai signé à Everton. J'y ai passé 10 ans et j'y ai laissé une partie de mon coeur."

"Sur le terrain, je n'étais jamais le Tim qui avait le syndrome de la Tourette"

Sa carrière, Tim Howard l'a menée contre attente, les esprits les plus chagrins lui prévoyant les pires difficultés. Et pour cause: l'Américain souffre du syndrome de Gilles de la Tourette, maladie qui se caractérise par des tics moteurs ou vocaux, depuis l'âge de six ans. "De neuf à quinze ans, c'était le chaos avec tous ces tics", a raconté le gardien. "Lorsque je commençais à comprendre comment l'un d'eux fonctionnait avec mon corps, six mois ou un an après, un autre tic survenait. Sur le terrain, je n'étais jamais le Tim qui avait le syndrome de la Tourette, j'étais le Tim qui marquait des buts, des paniers ou tapait des home-run au baseball..."

Si c'est déjà difficile de se démarquer et de parvenir à son but, devenir pro, quand "tout va bien", Tim Howard a rencontré encore plus de difficultés, ce qui a certainement forgé en partie son caractère en acier trempé. Comme l'étaient ses gants. "Lorsque je m'entraîne ou pendant un match, je peux développer une contraction de l'un de mes bras, de mon cou ou de mes yeux. C'est en général très soudain", racontait le gardien au Spiegel. "Dès que les choses deviennent sérieuses devant le but, je n'ai plus ces tics et mes muscles m'obéissent."

"Aucune idée du nombre d'interventions"

Mais ce pour quoi Tim Howard est le plus connu, c'est sans nul doute sa prestation cinq étoiles, voire même plus, le 1er juillet 2014, à Salvador, au Brésil. Les Diables Rouges affrontent les États-Unis avec, en vue, une qualification pour les quarts de finale du Mondial. Une partie de plaisir pour nos représentants selon les observateurs avant que le spectacle ne commence vraiment... Sauf que...Sauf que...Tim Howard décide de sortir LE match de sa vie, causant des sueurs froides aux supporters des Diables qui ne manqueront pas de détruire leur mobilier en l'observant sortir chaque ballon ayant le malheur de passer devant sa cage. Si les Belges ont tiré 39 fois au but (17 cadrés, 13 non cadrés, 9 bloqués), ils auront dû attendre leur 32e essai pour secouer les filets américains (2-1, buts de De Bruyne et Lukaku). Dans un véritable état de grâce, du bout du crâne, des doigts, du pied, du genou,...: Tim Howard empêchera 16 fois le ballon de franchir sa ligne...

De 1 à 16, le compte était bon pour Tim Howard... © D.R.

"J'étais nerveux avant d'affronter la Belgique. Mais au fil des minutes, j'ai oublié combien d'arrêts j'avais réalisés", a raconté Tim Howard après son exploit. "Tout ce qui m'intéressait, c'était d'être prêt pour la prochaine attaque, le prochain tireur. Je devais organiser ma défense. Je n'avais aucune idée du nombre d'interventions. Pendant que je participais au contrôle antidopage, quelqu'un en a parlé. Seize ? Ça ne me disait rien. Je ne me souvenais pas avoir été autant sollicité. Après le match, il y a toutes ces émotions, la colère, la tristesse… La déception surtout, car de telles opportunités ne se présentent pas tous les jours. Dans le meilleur des cas, il faut attendre quatre ans. Mais de retour aux États-Unis après la Coupe du Monde, j'avais le sourire. Partout où nous allions, les gens nous félicitaient. On croisait des personnes de tous les milieux : des vieux, des jeunes, des femmes… J'avais l'impression que tout le pays s'était pris au jeu et ça, pour moi, c'était vraiment bien."

Lukaku et De Bruyne, buteurs face à Tim Howard
Lukaku et De Bruyne, buteurs face à Tim Howard © BELGA

Divock Origi, Eden Hazard, Kevin De Bruyne, Dries Mertens, Romelu Lukaku: il en aura fallu des essais de nos Diables pour tromper la vigilance du Superman du 1er juillet 2014. "Ils n'ont pas eu beaucoup d'occasions alors que nous, oui, mais leur gardien a tout arrêté", admirait son Thibaut Courtois, son vis-à-vis. Eden Hazard ne pouvait que constater: "On s’est créé plus de trente occasions mais on est tombé sur un super bon gardien de but. S’il n’avait pas été là, ce match aurait connu une autre histoire."

Lukaku: "Tim, l'un des meilleurs gardiens"

Vincent Kompany rigolait. Après coup seulement. "Tim Howard était effrayant par moments. On se disait que ça ne rentrerait pas avec lui. Assez souvent, quand on a autant d’occasions de but et que le gardien adverse sort un match pareil, on finit par perdre ce match..."

Buteur, après être monté au jeu, et ex-équipier de Tim Howard, Romelu Lukaku lui avait rendu hommage sur Instagram. "Quel résultat ! Quel match ! Tellement heureux pour mon pays! Cela fait du bien d'être à notre place: sortir l'équipe américaine. Ce sont vraiment de bons compétiteurs et seront encore plus forts dans les années à venir. Par ailleurs, @timhow1, tu es l'un des meilleurs équipiers que j'ai eu. Tu es vraiment là-haut ! Aujourd'hui, tu as montré, comme toujours, pourquoi tu es l'un des meilleurs gardiens sur terre. Merci pour ton maillot et que Dieu te bénisse."

Obama: ""Tim, je ne sais pas comment tu vas survivre quand vous allez rentrer"

Ce huitième de finale de Coupe du Monde a fait de Tim Howard une légende aux USA, dans la lignée des Brad Friedel et Tony Meola. Cela lui a même valu le surnom de Ministre de la Défense et les félicitations des plus hautes autorités. "Tim, je ne sais pas comment tu vas survivre quand vous allez rentrer. Tu devrais te couper la barbe pour passer inaperçu", a même plaisanté le président américain de l'époque, Barack Obama.

Tim Howard tentera de transmettre sa passion dans les deux clubs où il a pris des parts: le Memphis 901 FC (USL Championship) et Dagenham&Redbridge, en Angleterre. Mais aussi sur antenne, lui qui est consultant pour une chaine de télévision sur les matchs de Ligue des Champions. "Je ne serai jamais trop loin du stade des Colorado Rapids", promet Tim Howard, qui y aura passé 3,5 ans. "C'est un endroit très important pour moi et j'ai hâte d'y croiser les supporters..."