C'est un Philippe Sinault abattu par la décision des responsables de l'ACO de pénaliser à nouveau son bolide à 24h du départ du Mans que nous avons rencontré vendredi soir dans la structure d'accueil Alpine.

"Que voulez vous que je vous dise? Il y a un arbitre et nous nous devons de respecter sa décision même si elle est dure et que nous ne la comprenons pas."

Alpine est "toléré" depuis un an et demi avec un proto qui n'est pas une vraie Hypercar. En attendant son engagement réel, avec une voiture faite maison, une vraie Alpine LMH en 2024. Mais les voir gagner les 12H de Sebring en début d'année et mener le championnat avant le double tour d'horloge (car les Toyota ont manqué de fiabilité) en énerve certains. Toyota bien sûr, mais aussi Glickenhaus qui se verrait bien sur la dernière marche du podium dimanche à la place de la marque française. Du coup, on lui a coupé les ailes.

Alors qu'un bon équilibre semblait avoir été trouvé jeudi soir en Hyperpole, avec une Alpine à 4 dixièmes de la meilleure Toyota, intercalée entre les Japonaises et les Glickenhaus, le législateur a décidé de frapper.

"On nous reproche d'avoir caché notre jeu pour bénéficier d'un avantage, mais c'est faux," explique Philippe Sinault qui avait reçu des mains de Pierre Fillon l'an dernier le Trophée Spirit of Le Mans justement pour souligner son bon esprit sportif, sa passion pour l'endurance. "On ne s'est pas mis couteau lors de la journée tests et des essais libres. On n'a pas réussi à tout mettre ensemble. Mais Toyota non plus. En Hyperpole, Nicolas (Lapierre) a signé deux tours parfaits, sans trafic et en bénéficiant d'une super aspiration, ce qui n'a pas été le cas des Toyota ni des Glickenhaus. L'écart de quatre dixièmes sur un tour, signifiait déjà qu'on allait être à deux secondes au tour en course où l'on est moins forts..."

Mais là, après leur avoir donné 11 MJ supplémentaires jeudi midi, l'ACO leur en a retiré 32 vingt-quatre heures plus tard. Une décision aux allures de sanction. "On leur a apporté des données pour prouver notre bonne foi, mais leur décision était déjà prise," poursuit le boss de l'équipe Alpine. "Ce que je veux juste dire aux fans c'est que l'on n'a pas injurié le sport. Si on avait voulu cacher notre jeu, on n'aurait pas été assez stupides pour pousser lors de l'Hyperpole. On ne peut pas remettre notre honnêteté en cause."

Dans ces conditions, il sera désormais très dur de lutter pour la victoire voire même pour rééditer leur podium de 2021: "Il faudrait un miracle. On va être plus lents et on devra s'arrêter un tour voire deux plus tôt que les Toyota."

Ce qui permettra sans doute à Glickenhaus, en pole à Francorchamps rappelons-le, de passer devant et de lutter pour le podium derrière des Toyota plus que jamais grandes favorites pour leur propre succession. Et débarrassées d'un coup de tournevis du législateur de la menace française. Dommage pour l'intérêt du sport et pour les fans français. Mais le problème à la base n'est-il pas d'avoir accepté ce proto ex-LMP1 en Hypercar? Difficile ensuite de comparer et surtout de balancer des pommes et des poires.

Vivement 2023 que l'on arrête avec cette constante évolution de la Balance de Performances et que six ou sept constructeurs se battent à armes égales.

Pour Alpine dont l'A480 sera soudainement interdite, il faudra sans doute attendre 2024 et sa vraie Hypercar pour tenter de gagner à nouveau Le Mans après un centenaire fêté en 2023 avec un retour provisoire en LMP2.