La seconde vague de la pandémie n'accable pas que l'Horeca. Le secteur du sport automobile est aussi durement touché. Un deuxième coup sur la tête plus dur à encaisser encore que le premier au moment où certains espéraient se relever.

Au lendemain des 24H de Spa qui se sont déroulées normalement, le fédéral a d'abord décidé que seul le sport professionnel pouvait encore se poursuivre, mais à huis clos. On a de suite pensé qu'il serait difficile dans ce contexte de maintenir les 12H30 VW Fun Cup (à la base 25h déjà réduites de moitié en raison de la crise) et les 14H 2CV (24H à l'origine). Car, qu'on le veuille ou non, même s'il s'agit bien d'un « championnat de Belgique » et même s'il faut une licence RACB pour participer à la Fun Cup, il est difficile de prétendre qu'il s'agit d'un sport professionnel. Même si, c'est vrai, l'organisateur Kronos Events est professionnel et en fait sa principale activité (on empêche donc une société de travailler et des aides doivent donc aussi leur être accordées) et il y a aussi parfois quelques pilotes « pros » prenant part aux courses. Tout comme quelques teams en vivent et devraient donc aussi recevoir une compensation financière pour ce manque à gagner pouvant mettre en péril des petites entreprises. C'est différent pour la « Deuche » où c'est moins commercial et il s'agit plus d'un loisir pour passionnés jamais devenu un véritable business comme la « Fun ».

Si l'on peut admettre l'interdiction, vu la situation en province de Liège, de ces deux épreuves « amateurs » en fin de semaine, il est beaucoup moins logique d'imposer au circuit de Francorchamps de cesser toute activité. D'abord car le circuit s'est imposé lui-même des règles très strictes (en rendant obligatoire par exemple un Q-R code pour l'accès) et qu'aucun cas de Covid-19 n'a jamais été détecté à Francorchamps. On ne voit donc vraiment pas pourquoi les « tracks days » de la semaine, avec mesures de précaution en nombre limité de participants comme depuis le mois de mai, ont de nouveau été interdits avec l'obligation de tout fermer jusqu'au 19 novembre. Rien ne justifie cette décision sachant qu'il serait très possible de multiplier les bulles de quatre personnes dans chaque box. C'est exagéré et injuste comparé à d'autres sociétés ou commerces qui eux peuvent continuer à travailler dans la même province. Le sport automobile est inutile ? Allez dire cela à ceux qui en vivent. Et en quoi les fleuristes ou les magasins de jouets, de déco ou de jardinage le seraient alors ?

La décision paraît d'autant plus injuste que de l'autre côté de la frontière... linguistique, cela continue à rouler. A Zolder, se déroule aujourd'hui un événement de « Drift » Sky Limit. Et demain jeudi, la piste sera ouverte pour les licenciés automobiles. A huis clos et en nombre limité bien sûr. De même, on nous annonce, bonne nouvelle, que la finale du Belcar réduite de 24H à 12h est pour l'instant bien maintenue le samedi 7 novembre. Mais là aussi sans spectateur, fête ni media.

Les dirigeants politiques flamands se sont réunis mardi soir et ont décidé que « le sport lié à une activité économique » pourrait continuer. Les Néerlandophones comprendraient-ils mieux que les Wallons que les teams automobiles belges sont aussi des petites sociétés dans lesquelles travaillent des personnes qui paient aussi des impôts et ont aussi des familles à nourrir ? Comme dans la restauration, certains s'apprêtent à devoir déposer le bilan...

La plus grande interrogation concerne, bien sûr, la manche mondiale de Ypres devant se dérouler dans un peu plus de trois semaines puisque le départ est programmé le vendredi 20 novembre. Dans le contexte actuel, après les récentes annulations des épreuves South Belgian Rally et Hemicuda, il paraît utopique de voir un rallye d'une telle envergure se tenir en Belgique. Mais les organisateurs ne baissent pas les bras et continuent à croire dans l'opportunité unique et historique créée par la pandémie. Cette même pandémie qui pourrait aujourd'hui ruiner des mois de travail.

Pour l'instant, le team Hyundai poursuit ses essais comme si de rien n'était ce qui est plutôt bon signe. Car on sait que le team manager de l'écurie coréenne est aussi le patron de Club Superstage, l'organisateur de Ypres. Craig Breen, Ott Tanak et aujourd'hui Thierry Neuville du côté de Zonnebeke n'accumuleraient pas les kilomètres dans le Westhoek depuis trois jours si la cheville ouvrière de l'épreuve savait pertinemment bien que son épreuve n'aurait pas lieu. A l'heure actuelle, ce n'est pas gagné certes, mais tout espoir n'est pas perdu non plus. Car comme il s'agit du championnat du monde FIA il s'agit bien de sport professionnel même si 80% du plateau est composé d'équipages amateurs. Le gouverneur de la province de Flandre occidentale Car De Caluwe a déclaré qu'il serait « plus raisonnable de reporter l'épreuve à 2021 ». Sans savoir évidemment que l'opportunité n'existe à la base que pour 2020. Mais il n'y a à ce jour pas d'interdiction formelle. Et le couvre-feu et toutes les mesures fédérales n'ont à ce jour été prises que jusqu'au 19 novembre, soit la veille du départ.

Pour l'instant, les organisateurs continuent à travailler en s'adaptant. La partie française d'une spéciale a par exemple été supprimée. Une rumeur voudrait aussi que le bourgmestre de Westouter ne soit plus favorable au passage du rallye sur sa commune. Mais la majorité des bourgmestres de la région sont « pro rallye », bien conscients de l'incroyable vitrine sur le monde, la publicité qu'offrirait l'organisation d'une manche WRC pour leur région. Mais quid des bourgmestres ardennais où doit théoriquement se disputer la 3e et dernière journée ? Fermé jusqu'au 19, le circuit de Francorchamps sera-t-il autorisé à accueillir le WRC et le WRX (s'il a encore lieu, ce qui n'est plus certain du tout suite au retrait du promoteur et l'absence de public) le 22 ? Que décideront les bourgmestres de Stavelot et de Malmédy ? Et comment garantir un huis clos en rallye si le gouvernement l'impose ?

Alain Penasse a récemment déclaré à notre confrère Arnaud Boever qu'il serait difficile d'imaginer un Rallye d'Ypres sans public. Car leur modèle économique était basé sur 73 bulles de 400 personnes (soit 29.000 personnes). A 29 euros le ticket cela fait 846.800 euros. Même en comptant la moitié, qui va payer cet important manque à gagner ? Le promoteur du WRC, le RACB, la Région flamande comme le fait la Région Wallonne pour le GP de Belgique ?

Cette déclaration est sans doute destinée à mettre la pression. Sur les politiciens bien sûr, la fédération et la FIA aussi sans doute. Alain Penasse, l'homme aux multiples casquettes dans le monde du rallye, a le bras long. Lui aussi fait de la politique... dans les couloirs. Et est très fort pour obtenir ce qu'il veut. En coulisses, il négocierait l'organisation à tout prix, et même sans public, de son épreuve en échange de la garantie d'être au calendrier 2021. Sans doute à la place du Kenya fin juin. La Fédération mettra-t-elle aussi éventuellement la main au portefeuille ? Une chose est certaine : elle n'est pas sans moyens pour ce qu'elle veut bien.

Reste qu'il faut voir comment évolue la pandémie dans les trois prochaines semaines. Car pour garantir un huis clos cela nécessite un dispositif policier aussi important que s'il y en avait. Et chaque spéciale doit aussi avoir son ambulance, ses médecins. Difficile à justifier pour un événement sportif si les hôpitaux de la région manquent de personnel.

On navigue donc à vue pour l'instant. Les chances qu'une manche du championnat du monde se déroule encore dans notre pays existent encore. Mais elles sont aussi grandes que celles de voir le WRC en rester-là pour 2020. Car les organisateurs du Rallye de Monza, début décembre, seraient plus formels : sans les rentrées du public, impossible de mettre leur épreuve sur pied. Les pertes financières seraient trop grandes. On croise les doigts. Les chances de titre mondial de Thierry Neuville cette année ne dépendent clairement plus que de lui. Mais aussi d'Elfyn Evans, Sébastien Ogier, nos politiciens et surtout l'évolution du virus dans notre pays et en Italie dans les prochaines semaines...