Alessio Picariello, c’est l’histoire d’un come-back gagnant. Dans l’impasse en monoplace malgré un titre en F4 allemande en 2013, le natif de Gosselies a fait le pari de mettre le cap sur l’Asie et disputer les championnats GT locaux. En Extrême-Orient, Pica s’est fait remarquer, que ça soit sur Audi ou Mercedes. Bombardé pilote officiel Porsche Asie Pacifique au cours de l’hiver, il est revenu avec fracas en Europe pour décrocher le titre en European Le Mans Series… et effectuer ses débuts en WEC ce week-end, toujours sur une 911 RSR. Et ce ne sont pas les projets internationaux qui manquent pour Alessio en 2021…

Alessio, quand vous avez débuté votre exil en Asie, imaginiez-vous vous retrouver au départ d’une course du championnat du monde d’endurance cinq ans plus tard ?

« Courir un jour en WEC a été dans un coin de ma tête à partir du moment où j’ai décidé de converger vers le GT. Quand j’ai choisi de mettre de côté ma carrière en monoplace, j’avais pour objectif de courir dans les championnats les plus prestigieux et les plus réputés. Je m’étais juré que ça allait arriver tôt ou tard, et même avant 2020. »

Comment cette opportunité de disputer les 8 Heures de Bahreïn s’est-elle présentée ?

« Ce week-end est très chargé pour le monde du GT car il y a en même le WEC, les 12 Heures de Sebring et le GT World Challenge. Plusieurs pilotes ont dû faire des choix et des baquets se sont libérés. J’avais plusieurs options sur la table, dont une au sein d’un autre team Porsche en GTE-Am. Finalement, un accord a été trouvé avec Gulf Racing pour que je puisse remplacer Andy Watson, retenu au Castellet. Il est évident que mon titre en ELMS à Portimao, où cette équipe était présente, a donné un beau coup de pouce. »

Ça directement matché entre vous et la Porsche 911 RSR. Pourquoi ?

« Une GTE procure énormément de plaisir à un pilote. Même si elle n’est pas beaucoup plus rapide qu’une GT3, c’est une voiture qui offre beaucoup de sensations et de feedback. Elle a beaucoup d’aéro et le fait que nous n’avons pas d’ABS est très sympa. L’ABS, qui est présent sur les GT3, fausse beaucoup le feeling, notamment sous la pluie. Il ne manque juste que quelques chevaux supplémentaires. »

Venons-en à votre titre en ELMS. Être sacré champion était totalement inespéré pour vous ?

« Oui et non. C’est vrai que ça s’est joué à pas grand-chose mais nous étions assez confiants car nous avions prouvé notre performance tout au long de la saison. Nous n’avons pas été vernis à Spa et à Monza. Nous savions que ça allait être serré la Ferrari du Kessel Racing et nous. A Portimao, nous n’avons rien lâché et l’écurie, Proton Competition, a fait un travail extraordinaire. »

© Porsche

Ce programme européen était-il prévu en début d’année ?

« Il était initialement prévu que je fasse le GT World Challenge Asia vu que je suis soutenu par la branche Asie-Pacifique de Porsche Motorsport. Mais nous étions déjà en contacts avant le début du 1er confinement pour que je puisse courir en ELMS avec Proton. »

Comment êtes-vous devenu pilote officiel Porsche Asie-Pacifique ?

« C’est grâce à Absolute Racing, l’équipe pour laquelle j’ai couru sur Audi, que les contacts se sont créés. Au cours de l’inter-saison, Porsche est revenu vers moi. J’ai accepté de passer chez eux, à la seule condition de disposer d’un vrai statut. Je voulais absolument avoir un premier pied à Stuttgart. Ça s’est concrétisé et je peux en plus compter sur les conseil de Sascha Maassen qui est un grand pilote de la maison. Je suis comblé ! »

Reviendrez-vous en Asie l’an prochain ou comptez-vous rester en Europe ?

« Porsche Asie Pacifique est très ouvert et pousse un maximum pour que je puisse disposer des meilleures opportunités pour ma carrière. Ils aimeraient que je poursuive en GTE l’an prochain, avec quelques courses en Asie sur une GT3 si la situation sanitaire le permet. Je rempilerai en ELMS ou passerai en WEC. Ce serait génial si je peux disputer en plus les 24 Heures du Mans en 2021. Nous sommes en train d’analyser les différentes options envisageables. »

Conseillez-vous aux pilotes belges plus jeunes de suivre votre exemple, à savoir s’exiler à l’autre bout du monde pour ensuite revenir plus fort en Europe ?

« L’Asie n’est pas si différente de l’Europe. Il est vrai qu’aller rouler là-bas peut offrir pas mal d’opportunités car des pilotes amateurs locaux sont prêts à payer pour vous avoir à leurs côtés. Mais ça signifie que c’est du Pro-Am, donc on ne joue pas souvent devant au scratch. Il faut aussi avoir conscience de la mentalité asiatique : vous devez d’abord prouver que vous êtes bon et après cela, tout va bien. Il ne faut pas oublier non plus que, dès qu’on y va, c’est très compliqué d’en sortir et de faire parler de soi en Europe. On peut faire une belle carrière en Asie et être peu ou pas connu dans son pays natal. »

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