Moteurs

Avec leur protégé sans volant à 10 jours de sa 1ère course, la filière de la fédé vient de perdre ce qui lui restait de crédibilité.

Trop is te veel ! On a beaucoup parlé des frasques de la fédération belge d’athlétisme mais cela ne va pas mieux du côté de notre fédé consacrée à l’automobile, le RACB. La voie de garage dans laquelle se trouve Denis Dupont, sans budget alors que son Audi RS3 LMS l’attend pour disputer la 1ère manche du TCR Europe dans 10 jours, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Résumons la situation : afin de permettre au Castelbrainois de 26 ans de disputer le TCR Europe aux côtés de Gilles Magnus, le RACB National Team, ne sort qu’un chèque de 10.000€ (et encore) sur les… 300.000€ requis pour couvrir une saison complète. C’est donc à Denis d’amener les deniers manquants. Sauf que Comtoyou Racing ne peut plus faire de cadeaux cette année et que les sponsors ne se bousculent pas au portillon. Et le RACB qui a pris le risque d'annoncer officiellement, en grande pompe et sans réserve, la participation de Denis au TCR Europe n’a aucun plan de sauvetage pour « son » pilote. Résultat, alors que la saison est sur le point de débuter, le lauréat du 1er Volant TCR se retrouve à pied.

La situation de Dupont est le crève-coeur de trop. Sympathique, travailleur, ayant une bonne image et policé, le gaillard n’a rien à se reprocher. D’autant que ses performances en WTCR étaient loin d’être ridicules avec le matériel mis à sa disposition, lui qui s’est battu pour les points puis pour le podium face à des pointures comme Tarquini, Muller ou Vernay. Après avoir éjecté sans raison valable Ulysse De Pauw en fin d’année dernière, le RNT vient de saborder son 2e meilleur pilote du cru 2018. On connaît peu de fédérations qui ont réussi pareille performance

Le RACB National Team ne ressortira pas grandi de cette situation et on peut se demander s’il a encore une raison d’être. Certes, il a permis l’éclosion de Thierry Neuville et Stoffel Vandoorne. Mais à côté de cela ? Benjamin Bailly, Gino Bux, Neal Van Vaerenbergh et Kevin Demaerschalk n’ont presque plus jamais touché un volant. Ulysse De Pauw a été miraculeusement sauvé des eaux par des soutiens privés et Dries Vanthoor et Sam Dejonghe ont claqué la porte de leur plein gré. Ce programme de détection est certes un formidable accélérateur mais aussi un frein implacable pour la carrière de pilote. Quand l’aventure s’arrête, comme dans le cas de Dupont et tant d’autres, c’est un véritable assassinat sportif.

Toutes disciplines confondues, quelle fédération sportive n'accorde que 3 % du budget total (voire moins) pour parrainer un de ses meilleurs représentants et en faire un des trois "porte-drapeaux" officiels de la fédé ? Comment se fait-il que le RACB, accessoirement soutenu par la Loterie Nationale et Uhoda Group, ne parvient pas à ficeler un budget digne de ce nom alors que cet organisme centenaire dispose d’une force de frappe indéniable et d’un budget presse pour s’assurer des retombées convenables dans plusieurs médias ? Les défaitistes diront que la Belgique est trop petite et n’a pas l’automobile dans son patrimoine. Toujours est-il que si des pères de familles modestes parviennent à rassembler 500.000€ pour faire courir leur progéniture en karting ou en monoplace, rien n’est impossible.

Et puis, quelle image risible le RACB National Team va-t-il encore se donner ? Alors que le programme de Dupont a été annoncé au mois de janvier lors de la traditionnelle conférence de presse, voir un des pilotes sur la touche à 10 jours du début de la saison ne fait pas sérieux pour une fédération. D’autant que le Lotto et Uhoda avaient signé pour avoir trois voitures à leurs couleurs cette année et non pas deux, dont une régulièrement dans les arbres.

Mais surtout, 10 jours, cela ne laisse aucun répit pour Denis pour trouver une bouée de sauvetage pour 2019. Tous les bons volants sont déjà pris et, mis à part les 24H du Nürburgring sur un Porsche Cayman GT4, le blondinet n’a rien à son menu pour cette année.

Une question nous brûle les lèvres : face à la gravité de la situation, le président du RACB François Cornélis va-t-il enfin siffler la fin de la partie ? L'opacité des Volants organisés, le manque de soutien ne fut-ce que promotionnel aux meilleurs licenciés belges mais surtout les nombreux pilotes-kleenex du RNT,… Il est temps qu’il y ait une prise de conscience à la Rue d’Arlon et que le ménage soit fait. Car la maison brûle et les flammes attaquent déjà le toit.

En sacrifiant Denis Dupont, la fédé vient de sacrifier ce qui lui restait de dignité. Regrettable pour un organisme dont le nom complet est, faut-il rappeler, Royal Automobile Club de Belgique…