Boucles de Spa: il défendra âprement son titre

SPA Même si, à 42 ans, il a conservé son air d'éternel adolescent, si contrairement à certains de ses collègues il n'a pas mal vieilli et si ses deux enfants ne le considèrent pas encore comme un vieux con, Renaud Verreydt n'en reste pas moins, avec Bernard Munster, le dernier représentant d'une race en voie de disparition. Celle des Snijers, Duez, de Mevius, Van de Wauwer ou Gaban, tous absents au départ de Spa. Le dernier des Mohicans. Un Indien dans la ville d'eaux face à des jeunes roulant comme des cow-boys.
Est-ce vraiment un hasard si le seul à n'avoir jamais eu aucun plan de carrière, à ne jamais avoir attendu à côté de son téléphone la réponse d'un sponsor, est aujourd'hui le seul à être, une fois encore, retombé sur ses pattes?
A l'issue d'un dernier Rallye du Condroz loupé tant par la marque espagnole que par son pilote, peu croyaient encore dans le mariage Verreydt-Seat. On le crut d'abord cocufié par le jeune Tsjoen, sa bonne tête à faire vendre des Cordoba dans les deux parties du pays, son beau coup de volant, sa valise Elf-Vergokan et son manager Marc Duez. On l'enterra une deuxième fois définitivement pensait-on alors lorsque l'importateur surprit tout le monde en annonçant tardivement qu'il renonçait au programme rallye présenté deux mois auparavant. Mais sans être de ceux qui s'accrochent éternellement, Renaud voulait encore y croire. Doux rêveur ? Pas tant que cela puisque le poète reprendra finalement un dernier verre à Spa, là où voici douze mois il conquit le premier succès d'une Cordoba WRC. " Je ne suis pas encore mort ", se marre-t-il lorsqu'on lui fait remarquer que cette 44e édition tournera au conflit des générations. " Je peux difficilement affirmer le contraire. Mais le vieux renard n'a pas peur des jeunes loups..."

" Je veux surtout gagner en performances "

Surtout dans la célèbre forêt de la Clémentine, sur cette terre dont il raffole sans jamais y avoir été impérial. " Pour la première fois, je disposerai d'une vraie suspension terre, une version RAC, avec des essais préalables ", se réjouit le triple vainqueur de l'épreuve.
Des tests qui ont eu lieu mercredi et jeudi sur la commune de Ferrières et dans une base tenue secrète. " J'ai vendu notre participation spadoise comme un test grandeur nature, une répétition générale destinée à valider différentes solutions étudiées en essais avant que cette auto ne participe au championnat d'Allemagne aux mains de Mathias Kahle ", confie un Verreydt promu durant l'hiver pilote d'essai pour le compte de l'usine espagnole. " J'espère pouvoir démontrer qu'en travaillant sur les réglages de suspensions et de transmission, il y avait bien moyen de gagner une demi- seconde au kilomètre. "
Aux commandes de cette Seat officielle ex-Gardemeister (sans différentiel arrière ni joystick) assistée conjointement par l'usine et l'équipe d'Erwin Weber, Renaud n'aura qu'un objectif: rééditer son exploit de l'an dernier. " Je veux surtout gagner en performances, répète-t-il. Que mon travail soit reconnu et puisse servir à d'autres. Pour le reste, je n'ai aucune pression. Vous savez, que je m'impose ou non ne changera plus rien à ma carrière. "
Avant de jauger la concurrence. " D'après ce que j'ai entendu, Princen a beaucoup de pression. Il n'a pas intérêt à faire une flingue. Je crains plus Tsjoen, un pilote qui sait aller vite tout en restant propre. Si les prévisions météorologiques sont exactes, s'il fait froid et humide, voire mouillé, j'aurai toutefois l'avantage car j'aime la glisse et je disposerai des fameuses thermogommes de Pirelli, l'idéal quand il fait moins de cinq degrés. "
Reste le principal talon d'Achille de l'Evo3: la fiabilité. " Là aussi, les Espagnols ont bien travaillé pour gommer ce point faible. Normalement, l'ensemble est désormais fiable. Mais rien ne remplace la course. C'est pour cela que j'ai réussi à les convaincre à s'engager à Spa. "
Pour le plus grand bonheur des jeunes et des moins jeunes pour qui Renaud Verreydt sera LA référence.