Le pilote Peugeotà 4 spéciales d'un succès trop facile

YPRES L'enthousiasme des suiveurs au soir de la première étape de ce Westhoek Ypres Rallye n'aura duré qu'une nuit. Les rêves de lutte à trois voire même de beau duel s'estompèrent dès l'arrivée de la première spéciale, hier peu avant midi. A l'issue de cette 7e épreuve de Westouter où Tsjoen concédait 53 secondes suite à une crevaison et où Patrick Snijers se présentait avec un échappement cassé, le rallye était déjà sportivement terminé. En treize kilomètres porte-malheur pour beaucoup, le sort de cette 39e édition venait de se jouer. Et les amateurs de suspense pouvaient déjà rentrer à la maison. Navrant.

«Même si honnêtement je le craignais un peu, j'étais le premier déçu quand j'ai appris que Patrick Snijers avait abandonné dans la suivante», avouait très sincèrement Bruno Thiry, auteur samedi de sept meilleurs temps sur dix. «D'un coup, je me suis retrouvé avec 1.17 d'avance sur mon plus proche poursuivant et je me suis dit: M..., je vais déjà devoir lever le pied, faire plus attention dans les cordes pour ne pas risquer de crever, préserver un peu la mécanique. C'est dommage. Je rêvais d'un scénario plus attractif pour le public, une bagarre à coups de seconde comme en Pologne. Je n'ai pas choisi de réécrire l'histoire de l'an dernier même si je ne me promène tout de même pas puisque j'ai descendu tous mes chronos.»

Un bonheur n'arrivant pas seul, son rival dans la course au titre européen Miguel Campos avait lui aussi été victime de cette maudite spéciale 7, le Portugais perdant plus de 5' dans une sortie de route endommageant considérablement le flanc gauche de sa Peugeot 206 WRC. «Les spectateurs ont dû m'aider à sortir du trou», expliquait un Campos soulignant encore la difficulté de notre parcours et se plaignant de douleurs au cou. «C'est incroyable! Je n'ai jamais vu cela. Tout se ressemble, je ne reconnais rien, les virages sont cachés. Même Marcus Grönholm ne gagnerait pas ici la première fois.»

Profitant de la sortie dans l'ultime chrono du jour du Hollandais Bijvelds, Campos, pénalisé par la police (50'') avant de se fâcher en signant son premier scratch en Belgique était remonté du 19e au 3e rang. Mais ce ne sera pas suffisant pour conserver aujourd'hui la tête du championnat d'Europe face à un Bruno Thiry s'élançant ce matin pour les quatre ultimes tronçons chronométrés (65 km) avec un confortable coussin de 2.22. De quoi passer une bonne nuit. «Même si, en sport mécanique, la course n'est jamais finie avant le podium d'arrivée,» soulignait Eddy Chevaillier, l'équipier d'un Tsjoen continuant à attaquer pour prouver qu'il aurait pu embêter Thiry sans cette stupide crevaison. «Il devait y avoir une pierre dans cette corde que nous avons prise normalement 5 km après le départ. Cette crevaison a endommagé notre suspension et un cardan et dans la suivante on a encore perdu du temps. Mais on n'a jamais baissé les bras. Lors du premier passage sur la longue spéciale de Heuvelland, on a égalisé le record établi par Duval en 2002. Et dimanche on va continuer à un bon rythme. Thiry n'a pas toujours eu de la chance. On sait que sa Peugeot abandonne parfois.» Mais hier, alors que la Peugeot tournait comme une horloge suisse, c'est encore la Toyota Corolla qui était ralentie par un bris de cardan puis une crevaison.

Rien à côté des malheurs d'un Patrick Snijers dépité après avoir été contraint de maîtriser un début d'incendie provoqué par un bris d'échappement de sa Subaru, comme il y a deux ans. «L'échappement encaisse beaucoup sur ce parcours bosselé. La chaleur sortant par une fuite a mis le feu au câblage électrique et provoqué pas mal de dégâts. C'est vraiment dommage car je me sentais capable d'aller chercher Thiry», concluait un Snijers finalement aussi frustré que le public.

© Les Sports 2003