Entretien exclusif avec Bart Mampaey, patron du team RBM

MALINES A 38 ans, notre compatriote Bart Mampaey briguera, dimanche dans l'enfer de Macao, son 4e titre consécutif, le 3e de Champion du Monde de Tourisme en tant que team manager et patron de RBM, l'écurie 100 % belge alignant la BMW du Britannique Andy Priaulx. Fils de Julien Mampaey, le concessionnaire BMW qui créa le team Juma réputé dans notre pays fin des années 70- début des années 80 (avec un titre de champion de Belgique et quatre victoires et de nombreux accessits aux 24H de Francorchamps), Bart a été élevé à l'huile de rissin. Diplômé en sciences économiques appliquées, cet ingénieur industriel a fait mieux que perpétuer la tradition familiale puisque l'écurie portant ses initiales est la référence mondiale en matière de courses de Tourisme.

Bart, qu'est-ce qui distingue votre équipe des structures officielles Seat ou Chevrolet ?

"Avant, nous étions nettement moins nombreux qu'eux. C'est toujours le cas aujourd'hui, mais nous n'alignons qu'une auto. Seat et Chevrolet s'occupent de la construction et du design alors que nous nous contentons de l'exploitation."

Vous achetez donc une BMW prête à courir à l'usine ?

"Non, pas vraiment. Depuis deux ans, nous sommes reconnus comme team officiel BMW Motorsport. Nous possédons un contrat exclusif jusque fin 2008. Nous remettons un devis et nous envoyons des factures à l'usine qui nous met désormais à disposition Andy Priaulx. Je ne pourrais pas vous dire quel est le deal avec BMW Angleterre. La voiture reste la propriété du constructeur. Nous recevons le châssis et nous achetons le kit de base de 1.100 pièces pour une valeur de 200.000 euros. On construit ensuite l'auto de nos mains avec quelques secrets maison. On ne touche par contre pas au moteur. La seule différence aujourd'hui par rapport à Schnitzer est que l'écurie allemande est chargée de tout le développement pour le compte de l'usine."

Vous avez une formation d'ingénieur, mais ce n'est plus votre fonction sur les courses...

"Exact. J'officie uniquement en qualité de team manager. Je m'occupe de la stratégie et de l'analyse."

Posséder une seule voiture alors que les autres teams en alignent deux ou trois: avantage ou inconvénient ?

"Plutôt un désavantage car on évolue moins vite. On ne peut pas comparer les données à l'issue des essais. Et puis, on ne peut pas élaborer de stratégie d'équipe. D'un autre côté, on ne doit pas choisir qui est favorisé. Toute notre structure a été construite autour d'Andy Priaulx. "

Depuis trois ans, vous battez tout le monde. Qu'avez-vous donc de plus que les autres ?

"(Sourire) Des points en fin de saison ! Non, je ne sais pas. Peut-être notre mentalité. On va toujours de l'avant. On soigne chaque détail. Et surtout on veut gagner des courses plus que de l'argent."

Que feriez-vous si Mario Theissen vous demandait de venir mettre votre savoir-faire au service de son team de F1 ?

"Je ne répondrai pas à cette question qui ne se pose pas aujourd'hui. Je dirais simplement à propos de la F1 que votre esprit créatif peut plus facilement se développer car le règlement vous offre toujours la liberté de dessiner la différence. De construire une monoplace meil- leure que les autres. En WTCC, tout est fait pour que l'on se batte à armes égales. C'est pourquoi la stratégie est si importante."

Pourquoi n'êtes-vous pas plus reconnu dans votre pays ?

"Parce que la presse ne suit pas beaucoup ce championnat mondial. Et que je ne fais rien pour attirer les médias sur moi. Il n'y a plus de course de WTCC en Belgique et je ne fais pas rouler un pilote belge."

Patron d'un team en Mondial de Tourisme, cela nourrit bien son homme ?

"Je dirais normalement. Je n'aurai jamais d'hélicoptère ou de yacht sur la Côte d'Azur. Lorsque je pars en vacances avec ma femme et mes enfants, c'est souvent dans des gîtes pour faire des randonnées. Le matin, je mange deux tartines au jambon et au fromage. Et le dimanche, c'est le jour de l'américain préparé. Alors oui, cela me nourrit."



© La Dernière Heure 2007