Dakar 2004 - «C'est vraiment de la folie!»

Moteurs

Ph. J.

Publié le

Dakar 2004 - <i>«C'est vraiment de la folie!»</i>
© Belga
Concurrents et assistances sont épuisés: Henrard a dû renoncer à son tour. De Mevius 2e au général!

TIDJIKJA Il est des petits déjeuners pas comme les autres. Complètement désertes la nuit précédente, les tentes de la restauration du bivouac d'Atar avaient pris des allures de refuges humanitaires, hier, au lever du jour. Libérant ses otages de fortune au compte-gouttes, l'étape de la veille, la plus longue du rallye, justifiait déjà sa page d'anthologie dans le livre d'or de l'épreuve. Au menu du jour, le poireau esquinté posé sur dune de sable fin, servi show avec son coulis de lamentations, avait la cote face aux caméras de cette grande production.

Parfaitement rodé dans le rôle de l'amateur démuni de tout, sauf d'un sens aigu de la formule, Ennio Cucurachi, notre motard carolo, joue la scène. Fidèle à lui-même. Comme il le fit, depuis plus d'une semaine, presque quotidiennement pour France Télévision. Visiblement en mal d'histoires croustillantes et à la recherche d'amateurs pouvant faire de l'audience, nos amis français ont trouvé en lui un excellent client...

Mais cette fois et, sans doute pour la première fois depuis le départ, ce n'est plus du chiqué. Car si l'ami Ennio a toujours le verbe haut, l'homme est loin de pouvoir prétendre à la succession de Peterhansel, et a donc donné de sa personne pour s'extirper de cet enfer.

«Cinquante fois je suis tombé sous la moto. Cinquante fois j'ai mis un quart d'heure à la soulever avant de pouvoir repartir pour quelques mètres, grimace-t-il en avalant un plat de pâtes arrosées de sauce tomate. C'est vraiment horrible ce qu'ils nous font cette année! Mais je me suis dit que je ne ferais pas un autre Paris- Atar, alors oui, je continue. J'ai changé ma stratégie. Ce Dakar se gagne sur le temps de sommeil..."

Henrard: buggy en feu!

Quelques heures plus tard, après avoir réparé ses amortisseurs flingués la veille, Stéphane Henrard fera demi-tour vers ce bivouac déjà délaissé. C'est l'abandon pour le buggy SMG du bruxellois, littéralement dépité et qui, au petit matin, arpentait les travées improvisées de cet endroit perdu à la recherche de ses mécaniciens. «Je suis tout de même reparti, mais après quelques kilomètres, l'huile de la direction assistée a coulé sur l'échappement, bou- tant le feu au buggy. J'ai réussi à le maîtriser, mais un peu plus loin c'est la boîte qui s'est mise à lâcher prise. J'ai préféré rebrousser chemin...»

«Des nuits de deux heures»

On laisse là les survivants et les désespérés de tout poil pour rejoindre Tidjikja, l'escale de cette étape marathon où toutes les prières et les supplications faites au tout-puissant dans la mosquée à trois nefs bâtie au XVIIe siècle n'ont pas suffi à faire taire le vent de sable qui balaie l'endroit. Arrivé sur place en avion, André Dessoude, chef des opérations pour le compte de Nissan France, fait son calcul. Relevant la tête, après avoir griffonné, tel un épicier, quelques chiffres sur bout de papier. «C'est vraiment de la folie! s'exclame le sexagénaire normand qui en est à son 23e Dakar. Avant de partir, j'avais calculé que sur les 15 jours d'Afrique, nos équipages d'assistance passeraient 180 heures au volant, 80 heures à travailler et bénéficieraient de 64 heures de sommeil. Soit une moyenne de 4 heures par nuit. Là, on en est à des nuitées de 2 heures! Cela devient vraiment dangereux. Les hommes s'endorment au volant de leurs camions!»

Arrivé à Tidjikja dans le peloton de tête, Grégoire de Mevius a conscience du problème. Troisième de l'étape, notre compatriote profite des ennuis de boîte de Masuoka pour s'emparer de la 2e place au classement général. Pourtant, le Namurois évite de s'emporter, il sait que ce Dakar sera encore très long et, surtout, très dur. Dès ce vendredi matin, ceux qui y croient encore vraiment s'élanceront sur les quelque 736 kilomètres de ce qui est présenté comme la plus longue mais surtout comme la plus difficile des étapes du rallye. Le coup d'assommoir, en quelque sorte...

Patrick Zaniroli n'avait donc pas menti!

© Les Sports 2004

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