Dakar 2004 - Le sacre des rois maudits

Moteurs

Ph. J.

Publié le

Dakar 2004 - Le sacre des rois maudits
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Premières pour Peterhansel et pour Roma. Destins croisés et malédictions vaincues...

ENVOYÉ SPÉCIAL AU SÉNÉGAL PHILIPPE JANSSENS

DAKAR C'est l'histoire de deux pilotes hors normes. De deux champions affirmés mais non encore confirmés. C'est aussi l'histoire d'une malédiction qui, depuis plusieurs mois voire quelques années, s'abattait sur eux sans concession. C'est l'histoire de deux destins croisés qui finirent par se confondre au terme de ce 26e Dakar. Hier, sur le podium coloré, dressé dans les jardins d'un grand hôtel de la capitale sénégalaise, Stéphane Peterhansel et Joan Roma se sont retrouvés. Sacre, champagne et soulagement.

Inutile de vous dérouler le palmarès de Peterhansel. Mais depuis plus de quatre ans, le sextuple vainqueur moto courait derrière sa première victoire en voiture. En 2000, au volant du proto Mega, il la frôla une première fois. Passé chez Mitsubishi l'an dernier, il domina le rallye de la tête et des épaules avant de tout perdre à la veille et... à 40 kilomètres de l'arrivée à Sharm-El-Sheik. La malédiction semblait s'être abattue sur lui: abandon lors de l'ultime spéciale de la Baja italienne; idem, avec une voiture en feu, lors de l'ultime étape du Rallye de Tunisie...

«Lors de mon passage à l'auto, je voulais tourner la page, raconte-t-il. A l'époque de la moto, j'étais superstitieux et courais avec le même bandana autour du cou. Je l'avais lors de mes six succès. Après la Tunisie, j'ai décidé de le ressortir de l'armoire...»

Après sa victoire à Dubaï, en novembre dernier, Peter avait repris le chemin du succès. Et dès le début de ce 26e Dakar, il paraissait évident qu'il se présentait comme principal candidat à la victoire. Pourtant, à l'arrivée à Ouarzazate, la transmission du Pajero Evo 2 faillit bien tout lui faire perdre. «Vous n'allez pas le croire mais j'avais mis mon bandana dans la poche, avoue-t-il. Je l'ai très vite renoué autour de mon cou...»

Confirmant, jour après jour, le potentiel incroyable de sa voiture et la précision de son coup de volant, Peter survola les difficultés pour apparaître un peu comme un extraterrestre. «J'ai eu peur une seule fois. Entre Tidjikja et Nouakchott, nous sommes partis hors-piste sur les traces des motos dans des dunes trop molles. On aurait très bien pu y rester!»

Des grigris plein les poches

En descendant le podium, hier, à Dakar, il nous sourit en fouillant ses poches. «J'avais d'autres porte-bonheur! Le 31 décembre dernier, à minuit, une personne qui m'est chère m'a offert deux petits cochons protecteurs. Un pour moi, l'autre pour la voiture. De plus, la veille, un enfant de quatre ans m'avait offert un dessin représentant le désert. Je ne m'en suis jamais séparé... J'ai eu raison, cela a marché! Aujourd'hui, j'égale le record d'Hubert Auriol mais je voudrais qu'il sache qu'il nous a manqué...»

Stéphane Peterhansel lance un regard au loin. Là-bas, Nani Roma n'en finit plus d'étaler sa joie. «Sa victoire me fait vraiment plaisir, nous glisse Peter. J'étais en plein boom lorsqu'il débutait sa carrière. C'était le pilote que je craignais le plus. Cette année, il a su contenir la pression...»

Deux jours plus tôt, à l'arrivée de l'étape de Nouakchott, Joan Roma s'était laissé aller. Arrivé dans le sillage de Meoni qui venait de le sauver d'un bon quart d'heure d'errance, l'Espagnol était resté immobile, casque sur la tête. «J'ai pleuré pendant 5 minutes, raconte-t-il. Comme si je venais de vaincre enfin le signe indien. En huit participations, je n'avais jamais atteint Dakar. C'est une joie énorme.»

Elevé en fierté nationale, le géant catalan omet pourtant de nous dire que... alors qu'il n'était qu'un jeune débutant sans budget, lors des Six Jours d'Assen, en 1993, il subtilisa le tee-shirt et les chaussettes de Peterhansel alors que ce dernier s'était rendu sous la douche... Et si le destin de ces deux rois maudits était étroitement lié depuis ce jour-là?


de Mévius: «Pas de regrets»

DAKAR «J'avais décidé de prendre quelques risques pour tenter de remporter cette étape que j'avais déjà gagnée voici deux ans. Mais en dépassant un concurrent, nous sommes partis en tonneaux. Heureusement, nous avons pu réparer et rejoindre Dakar. Je me devais d'essayer. Je n'ai donc pas de regrets. Nous avons encore prouvé cette année que les BMW X 5 et le team X-raid étaient des beaux projets privés qui méritaient de survivre dans cette discipline. Je crois que, sans nos ennuis mécaniques, le podium était largement à notre portée. Nous nous rendons comp- te qu'il faudra de longues années avant d'atteindre le niveau de nos adversaires. Pour ce qui est de mon avenir, je ne peux pas encore dire s'il restera lié à X-raid. J'en saurai plus dans les prochains mois. Mais je crois que des opportunités existent. Et puis, quoi qu'il arrive, j'ai envie de rester dans cette discipline que j'aime.»



Lurquin: «Imbattables!»

«Je suis heureux car ce podium constitue mon meilleur résultat sur 14 participations. J'avais terminé à la 4e place à deux reprises avec Jose Maria Servia. Le résultat est d'autant plus probant que ce rallye n'était pas dessiné pour notre buggy Ford 2 roues motrices. Les 4x4 étaient avantagées sur ce parcours très difficile. De plus, je crois que Mitsubishi était imbattable à la régulière. Nous n'avons jamais concédé de trop gros écarts. Il fallait faire un rallye défensif sans quoi les ennuis commençaient. L'important était de rester devant les BMW et les Volks- wagen qui étaient d'autres candidats au podium. Maintenant, il me reste à essayer de progresser encore. Je crois plutôt que c'est mon fils Fabian qui le fera pour moi. Il a disputé son premier Dakar comme copilote d'un camion d'assistance et s'en est bien sorti. Bientôt on devrait le retrouver dans une voiture de pointe!»

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