Grégoire de Mevius part en tonneaux et boit donc le calice jusqu'à la lie...

DAKAR «Nous avions crevé et Grégoire nous avait repassé. Subitement, au loin, en tentant de doubler un concurrent, je l'ai vu s'envoler sur trois obstacles successifs. C'était impressionnant car nous roulions très vite. Arrivé à sa hauteur, la BMW X 5 était sur le toit, posée en travers de la piste. J'ai vu que son co-pilote était bloqué dans la voiture. De l'huile lui coulait dessus. On a commencé par le sortir avant de remettre la voiture sur ses quatre roues...»

Schlesser impressionné

Jean-Louis Schlesser n'est pas du genre émotif. Pourtant, lors de son arrivée dans le parc d'assistance dressé dans les jardins d'un des grands hôtels de la capitale sénégalaise, le double vainqueur de l'épreuve semblait encore impressionné de la scène qui s'était déroulée devant lui au kilomètre 137 de cette avant-dernière étape. «Je peux vous dire que la manière dont j'ai vu partir leur voiture m'a fait froid dans le dos. J'ai vraiment eu très peur pour eux...» Après deux journées de galères qui le virent perdre plus de trois heures et... deux places au général à la suite d'une succession d'ennuis mécaniques, Grégoire de Mevius ne songeait pourtant plus qu'à une seule chose: rallier la capitale sénégalaise. Franchir le podium, même en 7e place afin d'effacer le cuisant abandon qui l'avait frappé, l'an dernier, quelque part dans les dunes de Siwa, en Egypte, alors qu'il occupait la 3e place au classement général. Hier, sur cette avant-dernière étape 100% pilotage mais parcourue sans GPS, le principal instrument de navigation, notre compatriote voulait pourtant frapper un beau coup. Cette spéciale, il la connaissait bien. Voici deux ans, il l'avait d'ailleurs remportée au volant de son Pickup Nissan. Pointé en 4e position au premier contrôle de passage du jour, le Namurois semblait bien parti pour rééditer sa prestation et sauver ce Dakar bien mal embarqué, depuis ses gros soucis de moteur, voici tout juste huit jours à Nema. On comprend dès lors bien mieux son agacement lorsqu'un cameraman, descendu de l'hélicoptère, sur les lieux de l'accident, lui demanda si la situation était dure à avaler. «Non, ce n'est rien, tout va bien! répondit-il, sèchement. Nous doublions un concurrent. Dans sa poussière, je n'ai pas vu la succession de trois trous. La voiture s'est mise à rebondir de plus en plus fort. Et puis, j'en ai perdu le contrôle. Heureusement, personne n'est blessé. Mais nous devons absolument arriver à réparer la courroie de pompe à eau, c'est la seule chose qui nous empêche de poursuivre notre route...» Deux heures plus tard, notre compatriote était signalé comme ayant franchi la ligne d'arrivée. Et tandis que son équipier, Luc Alphand, deuxième hier d'une étape remportée par la VW Touareg de Jutta Kleinschmidt, se réjouissait déjà d'attaquer, ce dimanche, les quelques derniers kilomètres autour du Lac Rose, Grégoire de Mevius, lui, terminait d'avaler son pain noir et se lançait dans la longue liaison de 400 kms en direction de la capitale sénégalaise. Arrivant en fin de contrat avec le team X-raid, le Namurois savait très bien que cette course serait une des plus importantes de sa carrière. «Si nous terminions avec les deux voitures dans les cinq premiers, Sven Quandt nous avait dit que nous roulerions encore la saison prochaine. Le pire serait d'être contraint à l'abandon par ma faute, comme l'an dernier... nous avait-il confié voici quelques jours. Je crois que je ne le supporterais pas. Pas une deuxième fois d'affilée...»

On comprend mieux, dès lors, pourquoi, hier encore, il mit tant de ténacité à rejoindre l'arrivée de cette étape pour franchir, même en boitant, le podium d'arrivée de ce 26e Dakar...

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