Colin McRae et Ari Vatanen ont rejoint le rallye après trois jours de galère: ils veulent rallier Dakar!

BOBO DIOULASSO «Au fait, quel jour sommes nous?« Descendu de son Pickup Nissan, noyé sous une forêt de micros et de caméras, après avoir transmis, en priorité une check-list en dix points à ses mécaniciens, Colin McRae est passé à table pour nous conter son histoire. Le visage enjoué, fraîchement rasé, mais l'accent encore plus rocailleux qu'avant le départ, l'Ecossais, champion du monde des rallyes en 1995, n'a même pas l'air éprouvé par les trois jours de galère qu'il vient de vivre pour sortir de Mauritanie et rallier le Burkina Fasso avec une boîte de vitesses endommagée. «Pour nous, ce ne fut pas aussi difficile que pour les mécaniciens, lance-t-il. Lorsque le camion d'assistance (NDLR: celui piloté par notre compatriote Joseph Petit) est arrivé en tractant déjà Ari, je me suis demandé comment on allait faire. Puis ils m'ont accroché derrière l'autre Pickup et nous sommes partis comme cela! Lorsque vous roulez à 20km/h et que vous savez qu'il vous reste 350km à parcourir pour sortir de la spéciale, il vaut mieux penser à autre chose...»

Mais lorsque Gilles Martineau, le directeur sportif de l'écurie, décida de rappeler d'urgence son camion afin de lui éviter une éventuelle mise hors course, les deux anciens champions du monde durent patienter quelques heures avant de voir l'autre camion du team Nissan et une voiture d'assistance, venus à leur rencontre. «Ils devaient arriver samedi vers midi, finalement, ils ont débarqué à huit heures du soir! C'est comme cela dans le désert, un petit problème peut prendre des proportions insoupçonnées. On en a profité pour aider certains concurrents, dont un motard belge duquel j'ai réparé le radiateur...»

Le vent, les dunes, la poussière, la fatigue: nos confrères anglais fraîchement débarqués des rives de la Tamise s'étonnent de le voir supporter ces conditions difficiles. »Le Dakar c'est une relation d'amour-haine. À certains moments, on voudrait tout balancer par la fenêtre, mais finalement, on a pas le choix et il faut poursuivre. Nous avons tout fait pour arriver et il clair que sans ces deux journées de neutralisation, nous n'aurions jamais été là pour vous en parler. Mais l'essentiel est d'être toujours dans la course...»

Sur le rythme adopté depuis le début de l'épreuve, l'Ecossais tient son explication. »Les Mitsubishi ont cherché à nous imposer une cadence infernale. Nous avons suivi, avec les risques que cela comporte. À certains moments nous atteignons un rythme de Safari-rallye, mais la grande différence avec le WRC, c'est que parfois nous nous arrêtons. La plus grande difficulté c'est de trouver la route et de franchir les obstacles tout en ménageant la mécanique... Mais après cette péripétie, je peux vous dire que, plus que jamais, je suis déterminé d'arriver à Dakar!»

"Il fallait aider le petit Colin"

Avec à la clé, il l'espère, une victoire d'étape qui finirait de le convaincre du bien-fondé de son choix. «Oui, gagner une étape me plairait. mais il faut tout d'abord que je me replace au classement d'une spéciale avant de pouvoir espérer tenter un coup pareil...»

Avant de prendre congé, c'est lui qui a une question à poser... «Et Ari, il arrive bientôt, car s'il ne s'était pas arrêté pour nous aider, il n'aurait sans doute pas grillé son embrayage... »

Quelques minutes plus tard, McRae à la réponse à sa question, poussé par un véhicule d'assistance piloté par Gilles Martineau, Vatanen, fait à son tour son entrée triomphale au bivouac. «Il fallait bien que j'aide le petit Colin, lance le vétéran finlandais qui, visiblement, n'a pas encore eu le loisir de prendre une douche depuis trois jours lorsqu'il serre la main de l'Ecossais, visiblement un peu embarrassé par la situation. Mais que voulez-vous, cela fait partie du rallye. Lorsque nous sommes restés sur la piste, j'ai rencontré deux jeunes berbères qui ont encore enrichi mon approche de la vie. Comme quoi, vous voyez, tout a toujours un sens...»

© Les Sports 2004