Ennio Cucurachi est le dernier Belgeà être sorti de l'enferà Nema...

BOBO DIOULASSO Du soleil, de la chaleur, de la douceur et du repos. Au bout de cette deuxième liaison pas vraiment dangereuse, la deuxième ville du Burkina-Fasso a accueilli les rescapés de ce 26e Dakar sur un air de balafon. Capitale du vélo et du traitement du coton, Bobo a mis dans l'ouate les concurrents, épuisés par la traversée de la Mauritanie, afin de leur permettre de profiter, ce lundi, de la journée de repos pour panser leurs plaies.

Entre le ballet des avions déversant, tour à tour, les derniers survivants sortis de l'étape de Nema et les invités venus en droite ligne de Paris, ce bivouac, doux mélange de camp humanitaire retranché et de village touristique provisoire, offre un tableau bien contrasté. Sorti du petit bimoteur qui vient de le poser sur le tarmac, le visage noir de poussière, les yeux mi-clos et le regard vide, Ennio Cucurachi est le dernier Belge a s'être extirpé du piège mauritanien.

Au total... près de 40 heures de galère. Les caméras de France Télévision sont là pour accueillir leur mascotte. Notre motard carolo, qui n'en demande pas tant, s'en donne donc à coeur joie. Contrairement à tous les autres, il a eu la chance de rejoindre directement cette étape de repos, évitant, au passage, plus de 500 kilomètres de liaison. Après la douche réparatrice, nous le retrouvons pour un nouveau récit haut en couleur. «J'étais reparti très tard, vendredi matin, dans la spéciale, soupire-t-il. J'étais tout seul, entre les dernières voitures. Jusqu'au premier contrôle de passage, cela allait encore. Je n'étais tombé qu'une petite vingtaine de fois. C'est ensuite que cela s'est gâté. J'étais épuisé et la nuit tombait. Après une dizaine d'autres chutes, je m'endormais au guidon. J'essayais de suivre la Nissan de Paul Belmondo, mais subitement, j'ai chuté lourdement. J'étais K.-O.»

Lorsque, quelques instants plus tard, le camion-balai arrivera à sa hauteur, notre phénomène refusera pourtant catégoriquement de renoncer. «Il paraît que je leur ai dit que je préférais mourir là plutôt que d'embarquer avec eux, souligne-t-il. J'ai signé la décharge de sécurité avant de rencontrer un camion d'assistance Volkswagen. Je me suis glissé dessous et j'ai dormi deux heures.»

Au lever du jour, il reprit encore, loin de la moitié des quelque 736 kilomètres de l'étape, sa moto... et son courage à deux mains. «J'étais seul au monde. Il y avait le désert et moi. Je chutais tous les 10 kilomètres. C'était infernal. Après avoir été ravitaillé en eau par Jean- Paul Forthomme, je suis reparti comme je pouvais...»

Puis, subitement... il tomba sur les deux Pickup Nissan d'Ari Vatanen et de Colin McRae, toujours en panne sur la piste et attendant le camion d'assistance venu à leur rencontre. «Ils ont été charmants, vraiment. Pendant que Tina Thorner, l'équipière de McRae, m'expliquait que mon GPS était déréglé, que Vatanen m'annonçait que la course était neutralisée et que tous les espoirs étaient permis, Colin s'est agenouillé près de ma moto. Il a colmaté mon radiateur qui fuyait depuis des kilomètres, sorti mon ventilateur qui était bloqué et resserré tout ce qui bougeait. Je n'en croyais pas mes yeux. C'est un gars charmant...» Ce mirage, Ennio Cucurachi n'aurait même pas pu en rêver. La suite est tout aussi inattendue. «L'obscurité est tombée à 140 kilomètres de l'arrivée. Vingt bornes plus loin, j'ai été rejoint par l'un des camions d'assistance Dessoude avec Michel Targez. Ils m'ont éclairé pour toute la fin, me ramassant toutes les demi-heures, et ce, jusqu'à l'arrivée. Finalement, c'est également eux qui ont embarqué ma moto jusqu'ici...» Ph. J.

ENVOYÉ SPÉCIAL AU BURKINA-FASSO PHILIPPE JANSSENS

© Les Sports 2004