Oubliés sur la piste, Johan Puype, Dirk Martens et Kris Bulens ont survécu, seuls durant une semaine!

TIDJIKJA L'orage est passé. Avec le retour du soleil, le vent se fait plus doux. Perdu entre sable et rochers, avec ce gigantesque oued qui l'éventre de part en part, Tidjikja change radicalement de visage. Pourtant, voici une semaine, tout ici n'était que souffrance, frisson et désolation. Mais comme le désert jaillit de mille et une splendeurs sous l'effet d'une simple goutte d'eau, ce patelin d'ordinaire austère et rugueux fleurit de ses atouts. Une fois n'est pas coutume, le Dakar revient sur ses pas. Mais huit jours de tempête ont effacé, en ces lieux, les stigmates de sa venue. Plus une trace. Rien. Seul témoin de son passage: un rescapé. Un de ses oubliés du désert, épuisé par trop d'épreuves et que la piste a bien fini par régurgiter à contresens d'un rallye finissant.

Abandonné, quelque part dans le désert, entre Atar et ici, Johan Puype a vu son rêve lui échapper, avant de découvrir l'envers du décor. L'envers du Dakar. Une tout au- tre épreuve. Plus question de chrono mais bien d'une course pour la vie. Pour sa survie...

«C'est le moteur. Il a lâché, s'excuse presque le motard brugeois. Je n'avais dormi que deux heures la veille. J'avais à peine eu le temps de changer mon filtre à air et j'étais reparti d'Atar. Il faisait nuit. J'étais seul. Deux voitures de l'organisation sont passées, je leur ai donné les coordonnées de ma position. On m'a dit que le camion-balai arrivait et qu'il me ramasserait. Mais je ne l'ai jamais vu. Après une journée d'attente, je n'avais presque plus d'eau. Personne n'était passé. Le lendemain, j'ai actionné ma balise de secours. Le lendemain, enfin, c'est l'armée mauritanienne qui est venue me chercher.»

Rapatrié, ici à Tidjikja, lundi dernier, il chercha immédiatement à contacter l'organisation. Mais en vain. Ce n'est que le lendemain qu'il reçut des nouvelles.

"Ils étaient heureux de m'avoir retrouvé mais ils m'ont annoncé que ma malle d'assistance était déjà repartie... à Paris. Or tout mon argent était dedans et je comptais là-dessus pour payer mon billet retour pour Bruxelles...»

Hier matin, encore déboussolé et certainement désabusé, Johan Puype a profité de l'avion ramenant Ari Vatanen et Juha Repo à Nouakchott. Ces deux-là venaient d'abandonner, voiture détruite, une heure trente plus tôt, à 500 kilomètres de là. Décidément, même dans le renoncement, certains sont plus égaux que d'autres.

Sans rancune... aucune, notre compatriote s'est ensuite rendu à l'antenne consulaire belge installée dans la capitale mauritanienne pour y obtenir un peu d'argent afin de s'offrir son billet retour. C'est la fin de l'histoire. Celle d'une histoire sans fin. Un cercle aussi vicieux qu'inexplicable, qui fait que, d'année en année, même perdu, chacun se sent toujours infiniment éperdu d'une aventure qui n'a vraiment plus rien d'humaine.

Celle que nous a contée Jurgen Daemen, le fidèle mécanicien et navigateur du team AD Sport de Koen Wauters et Albert Vanierschot, vaut également son pesant d'horreur. Perdus non loin d'ici, Dirk Martens et Kris Bulens (Toyota HDJ 100) ont dû patienter, eux aussi, quatre jours avant que leur camion d'assistance n'arrive à les retrouver. «Après plusieurs tentatives, nous y avons été avec trois jeeps, un guide et une chèvre. Quand nous les avons retrouvés, ils étaient épuisés. En trois jours, ils n'avaient avalé que quelques cacahuètes et un peu d'eau. Il nous a fallu deux jours pour les ramener à Atar. Tout le monde était sur les genoux. Ce qui nous a sauvés? Un couple de touristes italiens, se promenant avec un enfant... de deux ans. Ils avaient un livre qui reprenait toutes les coordonnées GPS de toutes les pistes tracées en Mauritanie. Sans cela, nous n'aurions jamais pu les retrouver. Et dire que cela fait un an que nous nous préparons pour cette course!"

Rendez-vous dans un an. CQFD.

© Les Sports 2004