GP Melbourne: `J'aurais arrêté la course´

Philippe Janssens

Roland Bruynseraede n'a pas compris le choix du directeur de course du Grand Prix d'Australie

MELBOURNE Trois cents mètres, puis le carnage. Une Williams, celle de Ralf Schumacher, qui s'envole sur le dos de la Ferrari de Barrichello, et provoque l'hécatombe. Six autres voitures restent sur le carreau dans un nuage de débris. Depuis le carambolage spectaculaire de Spa-Francorchamps en 1998, la Formule 1 n'avait plus connu un accident d'une pareille ampleur.

Alors, on s'interroge. On se demande pourquoi le directeur de course permanent, l'Anglais Charlie Whiting, n'a pas sauté à pieds joints sur le bouton rouge ordonnant à tous les commissaires de brandir le drapeau de la même couleur pour arrêter les bolides et reprendre toute la procédure de départ. On s'interroge sur les véritables motivations de ne faire entrer en piste que la voiture de sécurité, condamnant d'emblée près de la moitié du plateau.

Directeur de course attitré pour la Formule 1 durant dix ans, notre compatriote Roland Bruynseraede était, lui aussi, devant son petit écran, dans la nuit de samedi à dimanche. Lui non plus n'a pas compris la décision prise par son successeur. `Il est toujours difficile de juger lorsqu'on n'est pas sur place car on ne possède pas tous les éléments´, souligne prudemment celui qui officiera cette année encore en DTM, Formule 3 allemande et Porsche Cup ainsi que dans le cadre des épreuves néerlandaises de Tourisme. `Mais pour ce que j'ai vu, si j'avais été aux commandes, j'aurais arrêté la course. Cela se justifiait, sportivement. Il existe des règles mais chaque cas est laissé à la libre interprétation du directeur de course. Lorsqu'on prend une décision, il y a toujours matière à interprétation, c'est un peu comme l'arbitre en football. Il y aura toujours des contestations possibles. Généralement, c'est 50% pour, 50% contre. Dans le cas présent, pour le premier départ de la saison et vu l'ampleur de l'accident, je crois qu'il était essentiel de sortir le drapeau rouge. On m'a assez reproché de ne pas l'avoir fait le jour de l'accident de Senna, en 1994, à Imola. Depuis, la sécurité a beaucoup changé en Formule 1.´

Souvenez-vous d'Hockenheim

Huit voitures sur le carreau au premier virage, parmi lesquelles quelques ténors; dix voitures qui passent le premier tour sur la piste; huit voitures à l'arrivée: aussi spectaculaire soit-il, ce premier Grand Prix de la saison méritait qu'on laisse des chances égales à tout le monde. On peut se rappeler que l'été dernier, à Hockenheim, lorsque la Prost de Burti s'envola sur la Ferrari de Michael Schumacher au départ du Grand Prix d'Allemagne, la course fut arrêtée après un tour de voiture de sécurité... Mais certains vous diront que là, il s'agissait de Michael Schumacher.

`La sécurité reste la priorité, explique Bruynseraede. Mais il est certain que d'autres impératifs entrent en ligne de compte. La retransmission télévisée, entre autres...´

D'autres spécialistes de la sécurité sur les circuits vous dirontqu'aujourd'hui les impératifs télé poussent à ne plus arrêter les courses automobiles. Il n'empêche, nous aurions aimé voir un nouveau départ et une sanction envers Rubens Barrichello, principal responsable de tout ceci...

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