"À mon époque, on aurait réglé cela dans mon bus"

Formule 1

Propos recueillis par Olivier de Wilde

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"À mon époque, on aurait réglé cela dans mon bus"
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Confidences de Bernie Ecclestone, grand manitou de la F1, à propos du conflit McLaren-Ferrari


Le classement avant le GP de Francorchamps


MONZA Multipliant les réunions le week-end dernier en Italie, Bernie Ecclestone a tenté d'encore trouver un arrangement à l'amiable pour régler cette malheureuse affaire d'espionnage opposant Ferrari à McLaren. Mais l'époque où Mister E faisait la pluie et le beau temps en F1 est révolue. Aujourd'hui, le président de la FIA Max Mosley a réuni un Conseil Mondial extraordinaire à Paris. Dont Ecclestone n'est qu'un des 26 membres. Toujours influent certes mais sans les pleins pouvoirs comme jadis. L'intégrité du sport aujourd'hui doit primer sur tout autre intérêt.

Monsieur Ecclestone, on vit actuellement un des championnats sportivement les plus passionnants de ces dernières années. La F1 s'est trouvé un nouveau demi-dieu, le digne successeur de Schumi, et les audiences sont en hausse avec une terrible bagarre à quatre. La F1 ne s'est jamais aussi bien portée mais le beau château de cartes pourrait s'écrouler ce jeudi. Quel sentiment cela vous inspire-t-il ?

"Naturellement, cela me préoccupe car cela fait du tort à la F1. Attendons de voir ce qu'il s'est réellement passé. Il y a beaucoup de spéculations dans cette affaire. Si quelqu'un ou un team a mal agi, a commis une entrave au sport, et que vous ne le sanctionnez pas fortement, c'est la porte ouverte à tous les abus, le chaos total. Et alors il n'y aurait plus de fin à ces histoires, plus aucune règle."

La crédibilité de la F1 va-t-elle survivre à cette affaire ? Tout ce que vous avez mis 35 ans à bâtir ne risque-t-il pas d'être détruit ?

"Je ne suis pas à l'origine de cette situation, vous savez. Si j'avais pu, j'aurais arrangé cette affaire comme au bon vieux temps, (NdlR : il agite ses mains en dessous de la table); je n'aurais jamais laissé cette histoire aller si loin. J'aurais réuni les dirigeants impliqués dans mon bus et on aurait trouvé une solution. Mais cette époque est hélas! révolue. Aujourd'hui, la FIA veille au respect des règlements, sans tenir compte des aspects commerciaux et autres. La règle c'est la règle et quand vous ne la respectez pas, cela se juge au tribunal."

"J'ai parlé à Ron Dennis.Il est très inquiet"

Pensez-vous que les pilotes McLaren, en lutte pour le titre mondial, pourraient être les dindons de cette mauvaise farce ?

"Il faut analyser cette affaire dans une perspective plus large que le simple conflit entre McLaren et Ferrari. Quelle serait votre réaction si vous appreniez aujourd'hui que BMW utilise depuis le début de la saison un moteur de 3,5 litres ? Les pilotes seraient-ils fautifs et punissables ? La question à se poser est de savoir si les pilotes ont été avantagés. Dans l'exemple que je viens de vous donner, la réponse est évidente. Ils n'auraient pas joué le jeu correctement."

Avant le premier jugement du Conseil Mondial, vous ne vous attendiez pas à ce que McLaren soit lourdement sanctionné. Leur participation au championnat n'était pas menacée. Mais cette fois, la situation est différente...

"Le problème est qu'à l'issue du 1er verdict, ils ont déjà annoncé que McLaren risquait d'être exclu des championnats 2007 et 2008 si de nouveaux éléments démontraient le fait d'avoir utilisé les connaissances et les éléments de Ferrari. Croyez-moi: j'ai longuement parlé à Ron Dennis le week-end dernier et il est sérieusement préoccupé, inquiet même."

Fernando Alonso a transféré un e-mail compromettant à la FIA. Que pensez-vous de son comportement ?

"Il n'avait pas le choix. La FIA savait déjà qu'il était en possession de ce mail. Si l'Espagnol n'avait pas collaboré, il se serait retrouvé dans une position très délicate."

Le verdict d'aujourd'hui peut-il anéantir ses chances de décrocher un 3e titre mondial cette année ?

"Attendez ce soir..."

Selon certaines rumeurs, McLaren pourrait, en cas de condamnation, décider de se retirer de la F1...

"Oui, j'ai entendu cela aussi. Si vous faites une grosse connerie et que vous êtes pris la main dans le sac, vous essayez toujours de vous en sortir d'une manière ou d'une autre. Mais moi, à la place de Ron, j'essayerais de trouver une autre solution. Je ne me retirerais pas. De toute manière, il n'est pas seul à décider. Il a des actionnaires."

"Personne n'est irremplaçable. Sauf Ferrari"

Pouvez-vous imaginer la F1 sans McLaren ?

"Difficilement. Mais personne n'est irremplaçable dans ce monde. Ni Senna, ni Schumacher, ni McLaren et encore moins Bernie Ecclestone. Il n'y a qu'un seul team sans lequel la F1 ne pourrait pas tourner : Ferrari."

Risquons-nous de perdre aujourd'hui deux candidats au titre ?

"Tout est possible."

Le fait que Lewis Hamilton, nouvelle star et leader du championnat, soit indirectement impliqué dans l'affaire en tant que pilote McLaren peut-il influencer le jugement de Paris ? Le jeune rookie britannique est devenu un symbole. Peut-on imaginer la fin de saison sans lui ?

"Écoutez, je crois qu'à ce stade tout le monde préférerait oublier toute cette histoire pour laisser la place au sport. Mais c'est devenu impossible. Maintenant, il faut aller jusqu'au bout des choses. Faire sortir la vérité. Si un team a triché, alors on doit déterminer si les pilotes en ont tiré un bénéfice suffisant pour qu'ils soient également pénalisés. Pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, peut-être qu'Hamilton disposait d'un moteur 3,5 litres et qu'il n'est finalement pas aussi bon que ce que tout le monde prétend ! (rires)"



© La Dernière Heure 2007

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