Treizième manche du Championnat du Monde de Formule 1, le Grand Prix nocturne de Singapour apparu en 2008 est certainement l’un des plus extraordinaires du calendrier. C’est en effet le premier, et le seul à ce jour, à se disputer entièrement de nuit, à la lueur de 1.600 spots lumineux.

Avec le décalage de 6 heures avec l’Europe, les pilotes, membres de teams ou de la presse ont pris l’option de vivre durant cinq jours à un horaire complètement décalé : “Il est assez inhabituel de commencer la course à 20 h, de rentrer à l’hôtel à 2h ou 3h du matin et de se lever à midi”, confie le grand favori, Sebastian Vettel. “On prend le petit-déjeuner à 14 h, soit 8 heures en Suisse. C’est bizarre mais nous nous y sommes faits depuis quelques années.”

Sur ce Scalextric géant en forme de huit tracé dans la Marina et éclairé comme un stade de foot, il reste toutefois des zones obscures.

“Il y a l’ombre des poteaux, de certains bâtiments et donc de fréquents changements de luminosité, ce qui est fatiguant pour les yeux. On doit utiliser des visières spéciales”, explique Mark Webber. Car comme chacun sait, les F1 sont dépourvues de phares. “On peut aussi facilement être ébloui par certains flashes.”

Cette visibilité réduite, ce spectacle de sons (les V8 résonnant pour la dernière fois dans la cité État) et lumières, participent bien sûr à la magie de l’événement. Et corse encore un peu plus la difficulté de ce tracé urbain. “Ce circuit est le plus long en temps au tour (1:48). Il y a 26 virages. Ce n’est pas évident de le mémoriser et encore moins d’y effectuer le tour parfait, sur un fil, en sautant sur les trottoirs et en rasant les murs. En fait, c’est quasi deux fois plus dur qu’à Monaco. D’autant que le climat est chaud et humide et que la course est très longue. Physiquement, il faut être affûté pour pouvoir rester concentré d’un bout à l’autre”, explique le futur ex-pilote Ferrari Felipe Massa confirmant qu’il roulera désormais “pour lui” et attaquera “à chaque tour”. Les murs sont prévenus…

Malgré deux zones où les pilotes pourront utiliser leur aileron arrière ajustable (DRS) pour augmenter leur vitesse de pointe dans l’aspiration d’un adversaire, les dépassements, pas impossibles aux virages 7 et 8, s’avèrent délicats. C’est sans doute pour cette raison aussi que les crashes sont nombreux et la probabilité de l’entrée en piste d’une voiture de sécurité est la plus grande de l’année. Ce qui augmente bien sûr l’aspect stratégique.

“Mes victoires en 2011 et 2012 restent mes meilleurs souvenirs parce que c’est l’un des GP les plus difficiles de l’année”, confirme le triple champion de Red Bull bien décidé à encore augmenter son avantage de 53 points sur Fernando Alonso. “Alors, quand on gagne là-bas, on a vraiment l’impression de mériter son champagne. Dans la voiture, ces deux heures paraissent une éternité car on transpire de grosses gouttes et on n’a aucun droit à l’erreur.”

Après les premiers essais libres de ce vendredi soir, la qualification aura lieu demain à 21h (15h chez nous), le départ du GP étant programmé, comme à l’habitude, à 14h en Belgique.