«Ici à Monaco, la Formule 1 fait quelque part du camping»

Formule 1

O. d.W.

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<i>«Ici à Monaco, la Formule 1 fait quelque part du camping»</i>
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Pour les teams, le paradis est aussi un enfer

MONACO Contrairement à la majorité des Belges privés de Francorchamps, notre compatriote Jacky Eeckelaert a encore la chance de posséder un Grand Prix à la maison. L'ingénieur de Sauber réside, en effet, dans le Parc Saint-Roman, un appartement situé à 800m du tunnel, côté italien, près des apparts de Boutsen, de Rosberg, de Berger et de Button. «Ici, je peux aller au circuit en scooter et dormir dans mon lit. C'est plus confortable qu'à l'hôtel», s'exclame l'Anversois.

Un des seuls avantages que procure ce tracé urbain au niveau logistique. Inutile, en effet, de demander aux mécaniciens de F 1 ce qu'ils pensent de Monaco, la décence nous empêcherait de publier leur réponse. Pour les travailleurs de l'ombre, ce paradis est un véritable enfer. «Le manque de place rend effectivement nos conditions de travail assez pénibles, confirme l'ingénieur belge de Frentzen et de Heidfeld. Durant cinq jours, la F 1 fait du camping. En attendant les nouveaux stands pour 2004 (les anciennes échoppes de marché datant de l'époque de Stewart seront abattues dès lundi et remplacées par des boxes à deux étages plus grands et plus modernes), on est toujours obligés de ramener les monoplaces derrière après chaque séance d'essais. Pour les mieux nantis, soit les quatre plus grandes écuries, cela signifie dans les paddocks situés sur le port, face au Star's and Bars. Les autres sont relégués à l'ombre du parking des Pêcheurs, à 500m de là. Deux fois par jour, on procède donc à un véritable déménagement, les F 1 rejoignant la piste par la route, tirées par des quads. Dans la pitlane très exiguë, on risque à chaque instant de se faire écraser. C'est dangereux! On doit se battre pour chaque centimètre carré. Et je ne vous raconte pas les problèmes liés à la télémétrie. Les radio- transmissions sont très mauvaises. Et puis, bien sûr, pas moyen de tirer un câble entre les stands et le camion. On doit donc recopier toutes les données avant de pouvoir les analyser. Heureusement, on roule le jeudi de l'Ascension, ce qui nous permet de souffler un peu le vendredi. Et souvent de réparer les premiers dégâts."

Malgré tous ces désagréments, Jacky Eeckelaert aime Monaco. «C'est tout de même très spécial, unique au monde, le dernier véritable GP en ville. L'atmosphère géniale nous fait oublier bien des tracas. Ce tracé ne pardonnant aucune erreur valorise le pilotage. Ici, les pilotes évoluent sur un fil. Entre les rails, le pilotage devient un art d'orfèvre et seuls les meilleurs s'imposent. Pas question de mordre dans l'herbe. La moindre faute est éliminatoire. C'est d'ailleurs la seule course où nous amenons deux voitures de réserve.»

Le plus court de la saison, ce Grand Prix est aussi le plus éprouvant. «Physiquement et nerveusement pour les hommes, déjà fort sollicités tout le week-end en dehors de leur monoplace, mais aussi mécaniquement pour les machines avec plus de 1.000 virages. Les boîtes de vitesses, les transmissions et surtout les pneus arrière souffrent beaucoup suite aux nombreuses accélérations. Si votre moteur est trop brutal, votre antipatinage mal réglé, vos gommes seront mortes après 20 tours.»

Enfin, la stratégie joue toujours un rôle prépondérant. «Compte tenu du temps perdu dans la pitlane et de l'impossibilité théorique de dépasser, on préconise généralement une tactique à un seul arrêt. Le nouveau système de qualifications va par contre encore compliquer les données. L'idéal à Monaco est de partir devant. Beaucoup risquent donc de jouer à quitte ou double en attaquant lors de leur unique tour lancé. Certains pourraient faire le pari de partir avec un minimum d'essence et de ravitailler très tôt. Au risque de se retrouver ensuite dans le trafic. D'autres opteront pour l'autre extrême en essayant de se qualifier au mieux avec un maximum d'essence afin de s'arrêter le plus tard possible. Chez nous, on optera sans doute pour deux tactiques différentes, comme en Autriche.»

© Les Sports 2003

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