Formule 1 Le Britannique dit se battre face à certains démons et ne veut pas songer aux 7 titres de Schumi.

Lewis Hamilton a décroché son sixième titre mondial dimanche aux Etats-Unis, deux GP avant le terme de la saison. On pourrait donc croire à une couronne facile. Il s'en défend, pour lui, 2019 aura été sa plus difficile saison en F1...

"Ce fut loin d'être un championnat tranquille. J'ai dû me battre comme jamais. Cela a sans doute été ma meilleure saison en tant que pilote. J'ai fait de très belles courses. J'ai souvent exploité 100% du potentiel le dimanche. Mais cela a d'abord été très difficile humainement car on a perdu Niki (Lauda), un des pivots de notre team, mais aussi un grand homme. Vous savez, c'est malheureusement souvent quand elle n'est plus là que l'on se rend compte comme on tenait à une personne. Jamais je n'aurais imaginé qu'il me manquerait autant. Je pense à lui souvent. On a aussi perdu un gamin à Spa. J'ai vu l'accident à la télé. C'était horrible. On ne fait pas ce sport pour mourir. Cela fait réfléchir...

Sportivement, cela a aussi été la saison la plus dure pour le team Mercedes. L'hiver a été compliqué et la deuxième partie de championnat aussi avec la montée en puissance de Ferrari qui nous a dominés sur pas mal de courses. Il a fallu se remettre en questions. Bosser encore plus pour pouvoir répliquer et gagner à nouveau. Je ne pense pas que l'on ait déjà connu une deuxième partie de saison aussi disputée depuis longtemps. Avec le retour de Ferrari mais aussi de Red Bull. Cela promet pour 2020... La W10 n'est pas une monoplace facile à piloter. D'ailleurs, je n'ai pas signé autant de poles que les années précédentes. Mais je ne vais pas me plaindre non plus. Je suis sacré et je suis très fier de mon team."

Vous avez posté sur les réseaux sociaux dimanche avant la course que tout le monde se battait face à des démons. Qu'avez vous voulu dire?

"Que rien n'est simple dans la vie. Tout le monde a quelque chose qui ne va pas dans son existence même si extérieurement tout a l'air de bien aller. Même moi, même les riches, même les personnes paraissant les plus heureuses traversent des périodes difficiles. Il y a une force qui essaie toujours de vous tirer vers le bas. Et j'essaie de lutter contre elle, d'être chaque jour un meilleur pilote mais surtout une meilleure personne. J'ai le privilège de pouvoir communiquer avec beaucoup de monde via les réseaux sociaux et j'essaie d'aider les gens, de positiver. Je sais que je n'ai pas le pouvoir de changer le monde, mais il m'importe de contribuer à un monde meilleur, à rendre les gens, ma famille heureux. Mes proches ont fait beaucoup de sacrifices pour moi. Cela me fait plaisir de les voir tous réunis ici autour de moi, mon père, ma mère, ma belle-mère. Je n'oublie pas d'où je viens. En fait, j'ai écris cela après la qualification, ma plus mauvaise de la saison. J'étais déçu de moi. Mais cela m'a donné la force de rebondir et de livrer aujourd'hui une de mes plus belles courses. Il faut toujours essayer de tourner le négatif en positif, ne jamais rien lâcher. Mon père m'a appris cela quand j'étais gamin et que je descendais voir les GP avec lui en dévorant un sandwich que me faisait ma grand-mère: il faut se battre jusqu'au bout, au dernier mètre."

On dit souvent que vous êtes champion car vous avez le meilleur team?

"C'est vrai que j'ai le meilleur team. Je suis entouré de personnes formidables, très brillantes. Je ne suis qu'un maillon de la chaîne. Mais tous les champions que je connais roulaient pour des bons teams. C'est pareil en tennis. Si vous êtes mal entouré cela ne peut pas fonctionner. Après, il faut savoir utiliser l'outil à votre disposition. Il ne suffit pas d'avoir la meilleure voiture. Et puis, pensez-vous qu'aujourd'hui Ferrari n'est pas revenu à notre niveau?"

Pensez-vous déjà à tout ce que vous avez accompli?

"Non, pas en ce moment. Vous savez, je suis tellement affamé de compétition que je ne vois pas plus loin que la prochaine course. Il reste deux GP que je veux gagner, deux poles que j'aimerais décrocher. Après, au début de l'hiver, je me mettrai dans mon fauteuil avec une bière et mes deux chiens et je prendrai un peu de recul: Je me dirai que c'est pas mal encore ce que l'on a fait, que l'année a été belle."

Vous songez déjà à la retraite?

"Non, j'aime trop ce que je fais actuellement. J'aime me battre et voir de plus en plus d'adversaires arriver, des jeunes comme Charles Leclerc ou Max Verstappen, me motive encore plus. Bien sûr, il y a pas mal d'autres choses que je voudrais faire dans la vie en dehors de la F1. Comme fonder ma famille. Mais cela viendra plus tard."

Et au record des sept titres de Michael Schumacher?

"Je ne cours pas après les records ni les statistiques. Lorsque j'ai décroché mon premier titre, cela me semblait si loin, inaccessible. Maintenant que je suis à six, c'est sûr sûr que je m'en rapproche mais cela me parait encore si loin. Schumi restera Schumi. Vous savez, la vérité est que vous ne savez jamais ce que vous réserve l'avenir. Il faut profiter du temps présent et ne pas trop tirer de plan sur la comète. Je ne sais pas où je serai fin 2020 ou 2021. Je ne veux pas me projeter. Je veux sourire autant que je peux et apprécier le long voyage que l'on appelle la vie."