Formule 1

"C’est le virage le plus incroyable. C’est comme voler en rase-mottes et voir apparaître une montagne devant vous. Vous avez l’impression que vous entrez dans la route et soudain vous grimpez. C’est la plus belle sensation qu’un pilote puisse éprouver."

Sortie de la bouche de Michaël Schumacher il y a quelques années, cette déclaration témoigne bien de la magie de ce qui est, pour beaucoup, le plus beau virage du monde. Oui, le Raidillon fait toujours rêver ! Même si les pilotes de Formule 1 le passent aujourd’hui facilement - tout est relatif - à fond, l’endroit reste mythique. "On ressent des choses sensationnelles dans ce virage", renchérit Fernando Alonso. "D’abord la compression, puis le Raidillon proprement dit. On le négocie à fond et c’est une sensation incroyable. C’est dur à expliquer. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on ressent d’habitude dans la voiture."

Quand on connaît l’obsession actuelle pour la sécurité, il est difficile d’imaginer que c’est pour augmenter la vitesse moyenne du circuit de Spa-Francorchamps que le Raidillon fut construit en 1939. Durant les 18 années précédentes, le circuit utilisait le virage de l’ancienne douane, une longue épingle à droite qui ralentissait nettement les bolides alors que Francorchamps voulait se targuer d’être l’un des circuits les plus rapides.

Dès sa mise en œuvre, le Raidillon avait reçu les louanges des stars de l’époque, comme Tazio Nuvolari. "Ce nouveau virage rend le tracé encore bien plus sélectif car il met en exergue les qualités de tenue de route des voitures à un endroit où le public est toujours très nombreux…" Plus que les voitures, ce sont souvent les hommes qui y ont fait la différence alors que l’élargissement de la piste, notamment en 1970, rendait ce virage de plus en plus rapide. C’est toutefois en 1983, pour le retour de la Formule 1 à Francorchamps, que le Raidillon a connu sa plus grande métamorphose.

Le tracé fut en effet déplacé de 10 mètres sur la droite, ce qui a eu pour effet de diminuer l’angle de la courbe… Et d’encore augmenter la vitesse de passage ! À l’époque, le circuit n’était pas permanent et la route nationale passant par l’ancienne douane servait toujours pour la circulation normale, ce qui limitait les zones de dégagements. Les concurrents s’engouffraient donc dans un goulot entre deux rails de sécurité et ils n’avaient pas le droit à l’erreur. Le pauvre Stefan Bellof, qui y trouva la mort en 1985 lors des 1.000 Km de Spa après un contact avec Jacky Ickx, l’expérimenta bien malgré lui…

Si le tracé n’a plus changé depuis 30 ans, les exigences toujours plus importantes des responsables de la F1 ont conduit à la création d’énormes zones de dégagement, d’abord en gravier puis en asphalte. Le Raidillon est donc devenu moins dangereux, mais il n’en reste pas moins un morceau de bravoure. Le passer à fond, et plus encore y doubler un adversaire - comme Webber l’avait fait sur Alonso en 2011 - reste quelque chose qui, pour le commun des mortels, dépasse le raisonnable !