Pour gagner ici, il faut partir devant

Envoyé spécialen FRANCEOLIVIER DE WILDE

MONACO Il ne suffit pas d'être un excellent pilote pour s'imposer dans les rues de Monaco. On l'a encore constaté l'an dernier avec Michael Schumacher. Puni pour son comportement antisportif lors des dernières secondes de la qualification quand il simula l'accident à la Rascasse pour empêcher ses rivaux de lui voler la pole , rétrogradé en fond de grille, le quintuple lauréat de l'épreuve n'a pu faire mieux que remonter 5e lors du Grand Prix. Malgré le meilleur tour en course et une stratégie parfaite, le pilote Ferrari a terminé à 53 secondes de Fernando Alonso. On se souvient aussi de ces images de la McLaren du double vainqueur monégasque David Coulthard bloqué durant tout un relais derrière la modeste Arrows de Bernoldi, deux secondes plus lente que lui.

Sur un circuit urbain tortueux et étroit, une piste de bobsleigh bordée de glissières où doubler relève de la mission quasi impossible, il est donc impératif de partir devant. Plus que partout ailleurs, la première ligne s'impose pour les candidats à la victoire. Les statistiques à cet égard sont révélatrices. Ces trois dernières années, les lauriers monégasques sont revenus au poleman . Lors des dix dernières éditions, le pilote victorieux s'est élancé à huit reprises du premier rang. Seuls David Coulthard, en 2000, et Juan Pablo Montoya, en 2003, réussirent l'exploit de gagner en partant depuis la 2e ligne.

Sur les trente-cinq dernières années, l'as triomphant le dimanche est parti 25 fois aux premières loges, 14 fois en pole et 11 fois 2e. C'est dire si la qualification de cet après-midi sera primordiale. Une grande partie de la victoire à Monaco se jouera déjà à partir de 14 h.

Stratégie déterminante

Un exercice de style, d'équilibris- te. Du grand art où la moindre faute sera éliminatoire. Jeudi déjà, alors qu'il ne s'agissait que de séances libres, sans stress ni enjeu particulier, six ont déjà fini dans le rail.

La première mission lors des deux premières phases consistera à s'assurer une place dans le Top 10 final. Puis, il s'agira d'opter pour la meil- leure stratégie. De trouver le meil- leur compromis au niveau du carburant à embarquer. Ni trop, pour ne pas être recalé au-delà de la 2e ligne, ni trop peu, pour ne pas devoir effectuer son 1er ravitaillement trop tôt et être englué ensuite dans le peloton. L'idéal serait d'être le plus léger possible mais avec un maximum d'essence. Ce qui est impossible. Certaines écuries outsiders comme BMW, Toyota, Williams, Red Bull ou Renault prendront peut-être un peu plus de risques pour décrocher la pole la plus médiatique de l'année. Chez les favoris, Ferrari et McLaren, les quatre prétendants au titre joueront plus serré . Mieux vaut-il partir devant, en pneus tendres, et essayer de creuser d'emblée le trou, quitte à rentrer assez tôt, ou prendre le risque de partir derrière, avec plus d'essence, pour tenter de doubler en accélérant la cadence lors de la phase des ravitaillements ? Un vrai casse-tête... monégasque pour pilotes et ingénieurs dont les méninges ont phosphoré toute la journée d'hier.

Mais cet après-midi, en qualif , tout dépendra de l'adresse et de l'audace des pilotes qui n'auront qu'un mot d'ordre : trouver un tour clair, rester sur la piste et enfoncer le plus possible la pédale de droite...



© La Dernière Heure 2007