Sébastien Loeb a rejoint Peugeot pour conquérir un titre sur le Dakar.

Sébastien Loeb sur le Dakar , ce sera une réalité dans moins de deux jours, puisque le nonuple champion du monde WRC effectuera ses débuts avec Peugeot sur cette édition 2016. Mais ses premiers pas ne seront qu’une étape puisque Peugeot a confirmé que Loeb sera engagé à plein-temps en rallye-raid via la participation à l’ensemble des manches dont le Silk Way en Chine et le rallye du Maroc, ultime préparatif pour le Dakar 2017.

Sébastien, avec le recul, comprenez-vous la décision de Citroën de s’être séparé de vous ?

"Je comprends juste que ce n’est pas à moi de décider, sans doute que les gens qui décident ont leurs raisons. Après, comprendre ou pas, ce n’est pas le problème. Il y a sûrement de bonnes raisons, et si la raison c’est que je fais le Dakar chez Peugeot, c’est à vous de juger. C’est comme ça, il faut l’accepter et puis c’est tout. C’était surprenant, pour moi aussi. La page est tournée et je passe à autre chose. Je ne suis pas du genre à ressasser. Quand j’ai arrêté le rallye, ça ne m’a pas manqué car je me suis tourné vers autre chose qui m’intéressait et me motivait. Ça me permettait de regarder devant, et là c’est pareil."

Que restera-t-il de ces 15 années avec Citroën ?

"Toutes les histoires ont une fin, il n’y a aucun regret. Je suis content de ce qu’on a fait ensemble, et de l’avoir partagé avec cette équipe. Je ne balaie rien. On a fait de supers années avec Citroën, on a gagné des titres constructeurs (8), pilotes (9), on a fait du WTCC, on a fait plein de choses ensemble. La vie continue, ça ne sert à rien de regarder derrière. Je suis fier de ce qu’on a fait ensemble, et puis c’est tout."

Justement, comment se présente votre année 2016 ?

"Il y a déjà ce Dakar , avec un programme de rallye-raid derrière, aussi, même si je ne sais pas encore quelles seront les autres courses. Au début, le Dakar était secondaire, en parallèle du WTCC... Il devient désormais la priorité, et ça fait un objectif à plus long terme, car ça demande beaucoup de préparation. Après, j’ai d’autres idées, mais il est encore trop tôt pour en parler. Ça ne dépend pas forcément que de moi, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place."

Comment appréhendez-vous ce Dakar 2016 ?

"Le Dakar est très différent du type de courses auxquelles je me consacrais dernièrement. Ce sera très long, plus de deux semaines ! Et il me faudra de l’endurance pour gérer la voiture sur une telle distance. C’est une autre approche de la course. Je vais découvrir tout ça dans quelques jours."

Comment sentez-vous la voiture ?

"Lorsque j’ai essayé la Peugeot 2008 DKR en juin, elle m’a immédiatement impressionné. Et elle a encore beaucoup évolué depuis ! J’ai eu l’habitude de courir en me basant sur des notes très détaillées : en rallye-raid, il faut parfois trouver la bonne piste et improviser sa trajectoire. De plus, c’est aussi la première fois que je conduis une voiture à moteur diesel en compétition. Cela me fait beaucoup de choses à découvrir et je suis avide d’en apprendre bien d’autres encore !"

Combien de temps vous donnez-vous pour remporter votre premier Dakar ?

"Franchement, je n’en sais rien du tout. Je crois que j’aurai un premier élément de réponse à cette question au terme de cette première participation. Il y a tellement de facteurs à optimiser que je crois que nous allons apprendre énormément. J’espère faire des temps et être en bagarre devant jusqu’au bout. Si Daniel arrive à être au niveau, j’espère que je le serai aussi."

"Je suis inquiet de me perdre !"

Pour courir un Dakar dans une voiture de pointe, il s’agit d’avoir un regard qui porte loin tout en ne perdant jamais de vue son environnement immédiat. Un œil cherche le chemin tandis que le copilote en énonce vaguement les contours mais sans pouvoir le décrire en détails, virage après virage, obstacle après obstacle. Cette voix qui résonne comme un lointain murmure dans la tête du pilote lui sert tout au plus à confirmer ses impressions visuelles. Pendant qu’un œil s’efforce donc de trouver son chemin à travers les dunes, les arbres et les rivières, le deuxième scrute la surface à la recherche de pierres ou tout autre obstacle susceptible de mettre fin à l’aventure en un éclair, ou, dans le meilleur des cas, de crever un pneu, le tout lancé à 160 km/h, voire plus…

"C’est vraiment très éprouvant. Tu dois gérer trop d’informations en même temps", souligne Loeb. "La température extérieure est de 40 degrés, et dans la voiture, elle atteint 60 degrés, le cerveau fonctionne en permanence sur deux pistes parallèles. Et il suffit d’une erreur pour que tout s’arrête. C’est impossible de tout voir aussi vite."

En rallye-raid, la navigation est un élément clé. À ce titre, on peu s’étonner de voir que Sébastien Loeb a finalement choisi de s’élancer avec son complice de toujours, Daniel Elena.

"C’est vrai qu’au début, je pensais partir avec un navigateur plus expérimenté, mais tous les meilleurs étaient déjà pris. Donc, finalement, j’ai opté de partir avec Daniel. Je lui ai dit ‘On fait un essai, débrouille-toi pour apprendre les bases et puis tu montes dans la caisse’ . Au final, cela s’est plutôt bien passé. Sa précision d’annonce des notes est également très importante. L’avantage avec Daniel, c’est que je peux lui demander ce que je veux et le former à ma façon… En revanche, j’avoue avoir un peu peur de me perdre dans le désert. Il n’était effectivement pas le choix le plus logique, c’est vrai. Mais nous avons déjà traversé tellement d’épreuves ensemble que nous allons également y parvenir ici…"

Quant au parcours, Loeb l’estime à sa portée, même si les pièges l’inquiètent.

"Il est plus typé WRC, donc comme pilote de rallye, cela me convient. Les dunes, ce n’est pas notre point fort à Daniel et à moi. Par contre, notre voiture y est très forte. Vu qu’il n’y aura que très peu de hors-piste au début, je crois qu’ils vont nous corser les parties difficiles, notamment en navigation avec des changements de caps et de pistes. C’est exactement ce qui nous a posé problème au Maroc avec Daniel..."