MONACO Le tunnel est sans aucun doute l'endroit le plus enivrant pour les pilotes et les spectateurs privilégiés que nous sommes. Les meilleures monoplaces y déboulent à fond de 6e à 294km/h, ce qui fait de ce long virage à droite que vous n'oseriez pas passer à 120 km/h avec votre voiture de tous les jours le plus rapide de tout le championnat du monde.

L'obscurité, même s'il est éclairé, et le bruit infernal des V 10 lancés à pleine charge résonnant dans nos tympans rendent ce lieu magique. La visibilité en sortie de courbe est nulle. Les pilotes y foncent donc les yeux fermés, les commissaires de pistes réputés de Monaco y jouant un rôle vital. La moindre erreur de trajectoire à cette vitesse folle se paie cash, comme lors du violent crash de la Jordan de Frentzen heurtant le rail à la sortie du tunnel à près de 300 km/h et glissant jusqu'à l'entrée du port, heureusement sans trop de mal (l'Allemand, victime de maux de tête, loupa tout de même un Grand Prix avant d'être mis à pied par son employeur).

Le changement de luminosité (les visières empêchent les pilotes d'être trop éblouis, même si Raikkonen avouait mettre quelques tours pour s'y habituer), parfois d'adhérence en cas de pluie et la pente (une dénivellation insoupçonnable devant votre téléviseur) ajoutent à la difficulté d'un tout gros freinage pour une chicane négociée à à peine 80 km/h.

Pas de quoi perturber cependant le pilote d'essais Renault Allan McNish, résident monégasque que l'on vit uniquement à l'oeuvre lors des deux heures libres de jeudi matin. «Les barrières sont tellement hautes et nos monoplaces tellement basses que l'on a l'impression partout ici de piloter dans un tunnel. C'est vraiment comme dans un jeu vidéo.»

Sauf qu'en réalité, à la moindre erreur, on se retrouve généralement game over.

© Les Sports 2003