Sebastian n’avait pas encore six ans et demi lorsqu’il assista devant sa télévision, dans sa modeste demeure d’Heppenheim, près du circuit d’Hockenheim, au quatrième titre mondial d’Alain Prost qu’il a rejoint hier au palmarès. À cette époque, ce fils de charpentier s’amusait déjà en karting. Des posters de Michael Schumacher, jeune idole nationale, ornaient sa chambre.

S’il a été marqué par l’ascension puis la mort tragique d’Ayrton Senna, c’est le Français qui lui a donné envie de F1 : "Prost ne faisait pas toujours l’unanimité, mais il a su rester lui-même. Sans jamais déroger à ses principes. C’est ce qui m’épatait en lui."

Un modèle pour un Vettel pas le plus brillant lors des classes inférieures à l’école du sport auto : en dix ans de karting et de monoplace entre 1997 et 2007, il ne remporta qu’un seul titre, en 2004, en Formula ADAC BMW. En F3, il fut par exemple battu par Lewis Hamilton, Adrian Sutil et Paul Di Resta.

Le constructeur allemand l’avait repéré et fut le premier à lui donner sa chance. D’abord lors d’un premier test en F1 à Jerez au volant d’une Williams en 2005 où il tourna trois secondes moins vite que Mark Webber le jour même. "Je me suis chié dessus (sic !) pendant les deux premiers tours, et je me suis dit que la F1 c’était pour les vrais hommes, pas pour moi", rappelle-t-il. "Ensuite je me suis habitué et évidement, j’en voulais plus."

Moins de deux ans plus tard, il débutait en GP, aux États-Unis, en remplacement de Robert Kubica, et devenait, à 19 ans à peine, le plus jeune pilote à marquer un point en F1. Tout s’enchaîna ensuite très vite : première pole et victoire sous la pluie avec Toro Rosso à Monza, premier titre de vice-champion en 2009 avec Red Bull et puis ces quatre couronnes successives.

Incroyable destin que celui de ce gamin issu d’une famille nombreuse (il a deux grandes sœurs Stéfanie et Mélanie et un jeune frère, Fabian) qui se voyait plutôt devenir un Adrian Newey qu’un Schumi. Mais il est arrivé au bon moment pour triompher avec l’écurie Red Bull dont il est le poulain et devenu la figure de proue, sans pour autant perdre son âme.

Adulé par certains, mais aussi détesté pour sa suprématie actuelle, Vettel a su rester lui-même. Un jeune gamin de 26 ans au regard espiègle, un farceur qui n’a pas attrapé le melon qui fête chacune de ses victoires en hurlant sa joie comme si c’était la première, avec un index provocateur à l’adresse des caméras.

"Rien n’a changé : je suis toujours nerveux quand je me lève le dimanche, toujours excité quand je marche sur la grille et tendu en attendant la course avec impatience, en écoutant généralement la musique de Rocky pour me préparer au combat."

Un des secrets de ce champion du contre-la-montre ? Peut-être sa vie décalée : alors qu’Hamilton, Button ou Alonso s’affichent sur les circuits aux bras de mannequins, Sebastian file depuis des années un amour discret avec la mystérieuse Hanna Prater, rencontrée au lycée, qu’on ne voit quasi jamais dans le paddock. "Vous ne venez pas non plus en reportage avec votre femme", nous avait-il rétorqué un jour.

Vettel qui vit en Suisse ne fait pas la une des magazines people. Pas de poudre aux yeux ni d’excès avec les millions (5 de plus depuis hier) : pas de yacht ni de jet privé, pas de propriété luxueuse à 30 millions, comme son ami Kimi Raikkonen…

En dehors du monde de la F1, Sebastian a une vie bien rangée, quasi normale. "Je suis fier d’être Allemand, d’ailleurs je n’oublie jamais mes chaussettes blanches dans ma valise", se marre-t-il. "Je suis supporter de l’équipe de foot de Francfort et quand je vais voir un match, ce n’est pas dans une loge. Je préfère la tribune, il y a plus d’ambiance et à la mi-temps je peux manger une saucisse et boire une bière avec les fans."

À force de voyages à travers la planète, vivant en Suisse (pour les impôts), membre d’une équipe anglaise collaborant avec un motoriste français, il se sent "citoyen du monde".

Et n’essayez pas de devenir ami avec lui sur Facebook ou de le suivre sur Twitter, le quadruple champion ignore les réseaux sociaux : "Peut-être parce que je n’ai rien d’intéressant à raconter. Je trouve que la vie privée doit le rester. Je ne vois pas la nécessité de tout commenter, de me dévoiler plus."

Son truc à lui, ce sont plutôt les randonnées, à pied ou en vélo, au milieu de la nature, la restauration de vieilles voitures comme ce coupé 635 CSi qu’il n’a jamais vu rouler en course, se repasser pour la énième fois La Vie de Brian, son film culte des Monthy Python, et écouter des 33 tours sur son vieux tourne-disques. "J’aime le bruit du craquement de l’aiguille dans les sillons. J’ai une collection de 500 vinyles…"

Lors d’une vente aux enchères, le quadruple champion s’est payé une folie : "3.000 € pour un vinyle dédicacé par les quatre membres des Beatles."

C’est sûr, Vettel n’est vraiment pas un pilote comme les autres.