L’ex-champion du monde critique les pneus et les circuits modernes

MONTRÉAL Rangé des voitures, l’ex-champion du monde 1997, Jacques Villeneuve, a toujours été un bon client à l’interview. Aussi franc dans son langage que dans son pilotage, le Québécois a gardé sa langue bien pendue. Et accepté un rôle de consultant sur les GP pour Canal+. À la veille de la course se disputant sur le circuit portant le nom de son père, le Canadien ne s’est pas gêné pour bien balancer sur la F1. Il s’en est d’abord pris aux tracés modernes. “À l’époque de mon père, la F1 était encore dangereuse. Si j’avais roulé dans les années 60 ou 70, je me serais d’ailleurs aussi tué en course . Dans les années 90, vous pouviez encore prendre des risques et vous faire mal. J’ai eu moi-même quelques solides cartons, notamment un mémorable à l’Eau Rouge avec la BAR. Si on sortait trop large dans certains virages, on prenait un talus, le bac à graviers et c’était fini. Aujourd’hui, tous les pilotes osent rester à fond comme sur Playstation. Si vous êtes trop rapide, ce n’est pas grave, parfois même pas pénalisant. Il y a des dégagements partout. On roulerait sur un parking, ce serait pareil.”

Heureusement le vieux circuit Gilles Villeneuve, un tracé à l’ancienne dessiné sur l’île Notre Dame a gardé son âme, ses rails et ses murs sanctionnant le moindre écart. “C’est pour cela que cela reste un des GP les plus intéressants de la saison, qu’il s’y passe toujours quelque chose” , s’exclame l’ex-pilote Williams. “Un excellent pilote peut encore y faire une petite différence.”

À condition de disposer des bons pneus, de ne pas trop les dégrader et de pouvoir attaquer… “Oh ! ne me parlez plus de ces gommes Pirelli. Ce ne sont pas des pneus de F1. À mon époque, on délaminait les pneumatiques tellement on les poussait à la limite, à force d’attaquer avec 800 chevaux. Désormais, ils partent en lambeaux après dix tours alors que vous tournez à six ou sept secondes des chronos des qualifications.”

Mais cela a tout même le mérite de donner des courses animées et indécises… “Le Championnat est génial car il est disputé entre quatre super pilotes, mais ne me dites pas que les courses sont superbes. C’est impossible à commenter. Une vraie nullité” , a-t-il ajouté dans le Figaro . “On assiste à un zapping de F1, les dépassements sont artificiels, trop faciles. Avant, il fallait se battre, résister, prendre des risques pour doubler en F1. Aujourd’hui, avec le KERS, le DRS et ces pneus, vous n’avez plus qu’à appuyer sur un bouton. On entend même des teams demander à leur pilote de laisser passer leur rival pour économiser leurs enveloppes. Alors oui, vous avez des dépassements, mais ils ne représentent plus rien. C’est un peu comme si on doublait la dimension des goals en foot et que, soudainement, on voyait des scores de 50 à 40. Un but n’aurait plus la même valeur. Eh! bien, c’est pareil pour la F1. À force d’écouter les fans, de vouloir plaire au téléspectateur, d’agrémenter le show, on détruit la F1 qui est loin de ce qu’elle devrait être. Mais bon, cela reste, et de loin, le sommet du sport automobile.”

Et le Canadien de conclure : “Je sais que certains vont encore dire que le Villeneuve est aigri, frustré et qu’il crache dans la soupe. Mais prétendre que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil n’a jamais été mon genre. Vous n’êtes pas crédible si vous caressez toujours dans le sens du poil.”



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