Pichon marque le pas

MONTEVARCHI Le pari était audacieux, mais il a réussi et c'est le principal. D'aucun, à commencer par le premier intéressé lui-même, se posait la question de savoir si le challenge que lançait Stefan Everts tombait bien à propos. Pourquoi tenter l'aventure dans deux cylindrées différentes alors que le Belge avait déjà bien du mal à dominer sa grosse 450 de MXGP?

Mais c'est sans doute parce qu'il était un peu insensé que ce pari a réussi au-delà de toutes les espérances. Dès le départ de l'épreuve réservée aux 125cc, on comprit qu'Everts était dans un bon jour. Au guidon de sa Yamaha 250 quatre temps, il réussissait la meilleure envolée. Très vite, il s'isolait au commandement et ne souffrait d'aucune opposition. Malgré le peu d'entraînement réalisé sur cette machine, il allait signer un sans-faute impeccable quasi à la même moyenne horaire que quelques heures plus tard avec sa 450cc (52,3 km/h contre 52,8 km/h). C'est dire l'aisance de notre champion. Les ténors des petits cubes n'en revenaient pas et, s'ils livraient leur habituelle bataille, c'est loin derrière leur nouveau leader.

Pour avoir tenté de rattraper le terrain perdu, Mark De Reuver, la nouvelle coqueluche de nos voisins hollandais, se couchait devant les roues de Bartolini, Seguy, Ramon et Maschio. Conscient qu'il avait un beau coup à jouer et la possibilité de reprendre le leadership du Mondial, Steve Ramon mettait les bouchées doubles pour distancer Bartolini d'abord et ensuite faire entendre raison à la chasse française. L'attaque sur Seguy était digne d'une anthologie de motocross et, ensuite, la résistance au retour de Maschio, le champion en titre, fut de la même eau. Deuxième, derrière l'inabordable Everts, notre jeune compatriote se repositionne donc en tête du mondial et espère, après avoir si souvent joué les Poulidor de la cylindrée, que pour lui cette année sera enfin celle du titre.

Si cette première sortie d'Everts était de bon augure, on attendait avec impatience la suite, celle qui l'opposerait aux caïds du motocross. Après un départ bousculé par l'accrochage entre Gundersen et Bervoets, qui laissa notre compatriote au tapis, Everts ne permettait à Federici de mener que durant quelques hectomètres. Quasi au même instant, Pichon se faisait mettre en boîte par un Joël Smets un peu moins prompt à l'envolée. Après dix minutes de course, le clan belge jubilait et faisait des paris pour savoir qui de Everts ou de Smets, isolés au commandement, allait l'emporter. Car derrière, plus personne n'avait son mot à dire, ni Federici, ni Pichon, ni Beirer, ce dernier aux prises avec Aubert et un excellent Patrick Caps. Personne ne possédait les armes nécessaires pour résister au tempo de nos vedettes. Lancé dans une belle course poursuite, Smets se rapprochait dangereusement et chacun pensait que son rival allait payer les efforts consentis précédemment. C'était sans compter sur une petite erreur du rouquin de Dessel, qui glissait de l'avant à l'instant où il attaquait Stefan. Cette fois, la messe était dite, et Everts s'en allait conquérir sa 55e victoire en Grand Prix. Un succès excellent pour le moral et qui en raison de la quatrième place seulement de Pichon, battu par Smets et Federici, relance le championnat.

© Les Sports 2003