Un an après, Monique Palante, la veuve du motard belge, brise le silence…

Comme si le temps avait suspendu son vol. Comme si sa propre vie, elle aussi, s’était arrêtée net. En apprenant la disparition d’Eric, au matin du 10 janvier dernier, Monique, son épouse, a entamé… sa traversée du désert. Et l’approche du départ de l’édition 2015, le 4 janvier prochain, ne fait qu’accentuer le vide effroyable provoqué par le décès de son motard de mari. C’est pour lui rendre hommage que Monique Palante a choisi de sortir du silence, afin d’honnorer la mémoire de cet homme d’exception. Au nom de leur amour infini, au nom, aussi, de leurs cinq enfants qui tous, garderont de leur père ou beau-père, l’image d’un homme passionné, enthousiaste et courageux.

"Plus le départ de l’édition suivante approche, plus nous sentons la plaie s’ouvrir encore plus, souligne-t-elle. Ce départ est là pour nous rappeler qu’Eric ne repartira pas. Ne repartira plus… Et si, à notre requête, ASO a accepté de ne pas attribuer le n°122 cette année, je me demande, si ce n’est pas encore plus dur aujourd’hui… Il y a des échéances qui arrivent et qui me font peur. Le 9 janvier, date de sa disparition. Le 21 janvier, celle de son anniversaire… "

Car depuis plus de dix ans dans la famille Palante, l’approche de l’hiver et des fêtes de fin d’année avait une saveur particulière. "Après quelques raids en Afrique, Eric avait décidé de se lancer dans le grand bain du Dakar en 2003, reprend-t-elle . C’était son grand rêve de motard et de passionné d’Afrique. Il adorait l’aventure et le dépassement de soi… Eric était toujours partant, c’est ce qui faisait sa personnalité. Il adorait également aller vers les autres, découvrir de nouveaux horizons. Il m’a même dit un jour qu’il aimerait bien voyager sur Mars… "

Onze participations et autant de déchirements pour une épouse et une famille, suspendues aux bribes d’informations émanant des médias ou des organisateurs. "C’est une discipline dangereuse, mais Eric savait aussi que l’encadrement de ce type d’épreuve est plus sécurisant que celui des balades ou raids entre amis. En Afrique, je craignais surtout qu’il soit pris par la nuit. Un jour, il avait dû s’arrêter et passer la nuit dans le désert. Nous n’avions plus de nouvelles. J’étais très inquiète. Le lendemain, il m’a dit qu’il avait cru mourir. Ce sont des moments qui vous retournent littéralement. Je me souviens aussi qu’à l’époque nous pouvions envoyer des messages que l’organisation accrochait à leur moto. Je ne manquais jamais une occasion de lui écrire… "

Avec le déménagement de l’épreuve en Amérique du Sud, Monique se sentait plus rassurée : "Il n’y avait plus ce problème de nuit tombée et les communications étaient plus faciles, avoue-t-elle. E ric avait un portable sur lui, et il lui arrivait d’appeler dès qu’il avait fini l’étape… "

Et puis, surtout, son regard sur la course, sur sa course avait sensiblement changé…

"Avec les années, il se rendait compte du sacrifice qu’il imposait à ses proches, mais aussi que, physiquement, cela devenait de plus en plus compliqué. Il restait incroyablement exigeant avec lui-même… "

De polémique, il n’est jamais question dans le discours de Monique Palante : " À mes yeux, ce serait comme salir sa mémoire, car Eric acceptait les risques inhérents à cette discipline. Lorsqu’un motard était décédé en 2009 en Argentine, il m’avait dit que cela faisait partie de la course… Il en acceptait le danger et les risques, cela faisait partie d’un tout qui appartient à cette aventure hors du commun qui, avec le temps, était devenue un de ses challenges annuels… "


Lavigne : "Il incarnait toutes les valeurs de notre épreuve"

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"Eric a marqué chacun de ceux qui ont eu le privilège de croiser sa route."  Au début du mois de décembre, Etienne Lavigne a tenu à rencontrer la famille d’Eric Palante pour honorer la mémoire du motard belge.

"C’était une vraie figure du Dakar, dont il incarnait à merveille toutes les valeurs originelles : l’accessibilité, la camaraderie et la solidarité. Sur l’ensemble des éditions qu’il a couvertes, il a connu de nombreux moments difficiles, mais son courage et son sens de l’humour dans ces circonstances constituaient sa marque de fabrique. Il était un merveilleux ambassadeur de notre épreuve."

Si les circonstances exactes de la disparition du Liégeois conserveront toujours une part d’inconnu, Etienne Lavigne ne souhaite s’y attarder.

"Cela remue en moi des souvenirs trop pénibles. Mais je tiens à redire que la sécurité constitue une réelle obsession pour nous. Sur cette épreuve hors norme, le risque zéro n’existera jamais. La Dakar est l’épreuve sportive la plus sécurisée du monde mais la nature même de cette aventure est de demander un engagement physique de chaque concurrent dans le sens le plus premier du terme. Une forme de mise en danger en est indissociable comme cela peut aussi être le cas lors des courses en haute mer ou dans l’alpinisme. Notre travail est aussi de bien vérifier que chacun des participants a pleinement mesuré cette dimension avant de prendre le départ de la première spéciale."


Cucurachi: "Une course façon Mad Max !"

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À peine sorti des entrailles du bateau qui vient d’accoster au port de Nador et après une liaison d’une soixantaine de kilomètres, il fut, ce matin, l’ultime concurrent auto à s’élancer pour la première étape de cette Africa Eco Race. Et pour cause, Enio Cucurachi a opté pour son numéro fétiche Quatre-vingt-huit à moto… 288 en voiture.

Même sur quatre roues, on ne le change pas. À 53 balais et une bonne dizaine de participations à moto, notre Carolo pure souche a donc choisi de ne plus trop défier les lois de la gravité. Au volant d’un buggy Predator loué chez Bugg’Afrique, Enio repart en solitaire, comme à l’époque de la moto…

"Pour moi, le numéro 88, c’est plus un symbole à multiple signification. C’est tout d’abord l’âge que ma grand-mère s’était fixé pour mourir en paix, puis c’est aussi mon numéro des 24H du Mans moto, là où je levais les bras dans les lignes droites, pour que personne ne prenne mon aspiration, puisque j’étais 20km/h moins vite que tout le monde ! Le 88, c’est aussi le double huit qui, une fois couché, représente l’infini, mais aussi le tracé des sorties ou accès d’autoroutes sur lesquels les motards prennent leur pied ! Enfin, 88 kilos, c’est mon poids de forme…"

Autant dire que ce sacré Enio aurait dû perdre encore 5 kilos avant le départ de cette 7e édition de l’Africa Eco Race.  "Mais je m’y suis pris trop tard ," lance-t-il.  "Je me suis inscrit officiellement voici quinze jours. Cela me démangeait trop. J’étais passé à Marrakech voir Jean-Antoine Sabatier, j’avais testé son buggy et j’ai eu le feu vert de mes sponsors très tardivement…"

Il n’empêche, partir seul, même au volant d’un buggy, cela n’a rien de rassurant.  "La seule chose qui m’inquiète, c’est la mécanique,  poursuit-il . "J’espère que la machine va tenir et qu’elle ne va pas me lâcher en plein milieu des dunes, car là ce serait vraiment la Bérézina !"

Parce qu’on le sait, l’homme, lui, ne donne jamais l’impression de douter de quoi que ce soit. Même lorsqu’il s’engage en solitaire sur un buggy sans pare-brise…  "C’est la toute première course sur quatre roues de ma vie. L’important, c’est de connaître son niveau et d’en avoir conscience tout au long du parcours. Je ne vais pas rouler sur un rythme infernal. Mais si j’arrive, je crois que je peux viser le Top 10 au Lac Rose. Pour cela il faudra que je ne m’arrête quasi jamais… Je le répète, si je n’ai pas de soucis mécaniques, je crois que je vais vivre une grande course. Car, entre nous, il n’y a pas photo avec la moto. La voiture c’est vraiment pour les gonzesses !"


Didier Fourny : "Eric sera avec moi…"

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Seul motard belge engagé sur l’édition 2015 du Dakar, Didier Fourny a le regard qui se brouille à l’évocation de son ami.  "Nous nous étions rencontrés il y a plusieurs années déjà lors de la présentation de sa moto chez un sponsor,  se souvient le pilote issu de la province du Luxembourg.  Dans le discours d’Eric, chaque mot était empreint de la passion qui l’animait pour le rallye-raid. Il me poussait d’ailleurs à me lancer sur cette grande aventure que constitue le Dakar mais mon projet n’était alors pas encore totalement ficelé. Avant son départ pour l’Argentine l’année dernière, je lui avais envoyé un SMS d’encouragement juste avant que son avion ne décolle. Nous nous étions alors promis d’être tous les deux au départ cette année. Ce ne sera malheureusement pas le cas, mais Eric sera présent avec moi en pensée, j’en suis certain. Et j’espère que, d’où il est, il pourra être fier de moi."


Un édito de Philippe Janssens: des questions demeurent…

Le 10 janvier dernier, un communiqué laconique d’ASO nous apprenait la disparition tragique d’Eric Palante, motard belge n°122, sur la piste du Dakar, aux alentours du kilomètre 150, quelque part entre Chilecito et Tucuman sur l’étape de la veille. Près d’un an plus tard, des questions demeurent… 

On le sait, une vague de chaleur frappait la région et l’organisation avait mis en place un plan d’urgence afin d’approvisionner les motards en eau. Comme l’ensemble des autres concurrents, notre compatriote eut droit, lui aussi, à cette ration supplémentaire apportée par hélicoptère aux différents points de passage obligatoires. 

Hélas, quelques dizaines de kilomètres plus loin, aux alentours de midi, la moto n°122 s’immobilisait… définitivement. Équipée d’un système de géolocalisation  Iritrack , obligatoire pour tous les concurrents en course, la moto d’Eric Palante était donc bien visible sur les  radars  de l’organisation. Et ce, tant au PC course en Argentine, qu’au bureau parisien d’ASO d’où sont également dispatchés les secours… 

Qu’une moto reste immobile, même debout, durant près de 24 heures est une chose. Mais qu’en période de crise, avec de nombreux cas de détresse à traiter, personne ne songe à contacter (via le mode communication de l’Iritrack) ou, le cas échéant, à rechercher le pilote de cette même moto durant près d’un jour, en est une autre… Nous continuons donc à croire qu’il aurait été vraiment préférable que notre compatriote soit secouru par l’équipe médicale, plutôt que découvert, le lendemain, par l’équipage du camion balai, chargé de récupérer sa moto… Après le décès en 2009 du motard français Pascal Terry, également disparu des  écrans radars  d’ASO et retrouvé mort, deux jours plus tard, assis contre un arbre, les circonstances de la disparition d’Eric Palante restent des plus interpellantes…